‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 170 sur 328 · EXPOSITION DU SACRE · texte numérisé non relu

EXPOSITION DU SACRE

Sa Majesté daigna témoigner en ma personne l'estime honorable qu’il faisait de cet art. L'Empereur me renouvela de nouveau sa satisfaction, puis, portant la main à son chapeau et découvrant son front, il daigna m’honorer d’un salut.

« Sire, lui répondis-je, ce salut de Votre Majesté appartient tout à l'art: combien je » dois me trouver honoré que Sa Majesté ait daigné faire choix de moi, pour le rendre » reversible à fous ceux qui l'exercent avec distinction. »

» L’Impératrice avait les yeux mouillés d’attendrissement et, par les signes qu’elle m'adressait, elle me témoignait combien elle partageait les sentiments de l'Empereur. Les courtisans ne manquèrent pas de m'assurer ensuite de leur ravis ement. »

Cette visite de Napoléon fut bientôt connue du public. Quelques jours après, le Moniteur en publiait une relation qui diffère peu de celle que nous a laissée David. L'Empereur y remarque davantage sa mère et les personnes de sa suite, et quand il reconnait dans une des tribunes, « le bon M. Vien », David lui répond : « Oui, Sire, j'ai voulu rendre hommage à mon maitre, en le plaçant dans un tableau qui sera, par son objet, le plus important de mes ouvrages. »

Cet article se termine par ces lignes qui indiquent bien le but de Napoléon, en faisant cette visite avec tant d'apparat.

« Les amis des arts n'apprendront pas sans intérèt les détails d'une scène qui doit confirmer leurs légitimes espérances. Quelque satisfaction que M. David puisse éprouver de la visite que son souverain lui a faite, ce sentiment sera sans doute partagé par tous les artistes. Cette visite du prince, la pompe dont Sa Majesté s’est environnée, en se transportant dans l'atelier de son premier Peintre, les témoignages de bonté dont elle l'a honoré, deviend'ont, et pour les élèves et pour les émules de cet habile maître, un juste sujet d’orgueil et d'encouragement. L'honneur accordé à l'artiste, auquel la peinture doit parmi nous tant de succès, rejaillit sur notre école tout entière. Bientôt nous en reconnaitrons les salutaires effets aux chefs-d’œuvre qui seront enfantés de toutes parts.

» C'est par de tels moyens que le génie d'Alexandre enflammait le génie de Lysippe et d'Apelle; c’est ainsi que Charles-Quint et Louis XIV honoraient le Titien et Lebrun dans

les ateliers mêmes de ces grands peintres, et que François I®* témoignait à Léonard de Vinci son estime et sa bienveillance. L'Empereur a droit d'attendre des effets encore plus grands des artistes qu'il sait si bien honorer et auxquels les merveilles de son règne offrent de si nobles travaux. »

Aussitôt cette preuve éclatante de satisfaction donnée par l'Empereur à David, son atelier fut assiégé d’une foule impatiente de voir cette nouvelle œuvre. Toutes les notabilités politiques et artistiques tenaient à le féliciter de ce nouveau succès et, parmi elles, Le roi de Wurtemberg se fit remarquer par la manière délicate avec laquelle il exprima ses sentiments d'admiration. L'Empereur, pour satisfaire l'impatience du public, ordonna, que ce tableau, orné d’une riche bordure, fût transporté au Louvre et exposé dans le grand salon du Musée.

On se porta avec empressement à cette exposition. A l'entrée se vendait l'article du

Moniteur rendant compte de la visite impériale, et donnant l'explication du tableau.

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« Ce tableau, disait la notice, a trente pieds de large et dix-neuf pieds de haut. On y voit plus de deux cents figures grandes comme nature.

» Voulant, autant qu'il était possible, représenter dans une seule action le couronnement de l'Empereur et celui de lImpératrice, qui, lors de la cérémonie n’eurent lieu que successivement, l'artiste a choisi le moment où l'Empereur, après avoir lui-mème posé sur son front, l'une après l’autre, deux couronnes, vient d'y reprendre la seconde et où, l'élevant dans ses deux mains, il s'apprête à la placer sur la tète de son auguste épouse. »

Nous ne pouvons donner ici la description de cet immense tableau, aujourd'hui bien connu et par son exposition dans les galeries de Versailles et par la gravure, ni la nomenclature de tous les personnages qui y figurent.

Rappelons que Napoléon y appa rait, entouré de toutes les illustrations de son règne dont les noms, dans l’histoire, seront toujours liés au sien.

Des témoignages de sympathie et d'admiration pour son talent, des lettres flatteuses, des pièces de vers à sa louange arrivèrent de toutes parts à David. Mais, parmi toutes ces marques d'estime, celle qu’il goûta le plus fut la démarche que firent auprès de lui les élèves des différents ateliers de peinture. Ils vinrent le complimenter de son tableau au pied duquel ils déposèrent des couronnes, pendant que de leurs camarades garnissaient de palmes et de fleurs la salle de l'exposition. Enfin Boilly sollicita de David la permission de perpétuer, de son pinceau fin et délicat, le souvenir de ce succès artistique, en peignant la foule devant le tableau du Sacre.

David lui répondit ainsi :

« David est venu rendre verbalement sa réponse à M. Boilly : elle lui sera favorable, comme il avait tout lieu d'attendre d’une personne qui a toujours fait cas de son talent, surtout voulant traiter un sujet qui ne peut que le flatter infiniment. Il lui observe que, pour le moment, son tableau est encore roulé depuis qu'il est de retour du Salon; mais aussitôt que M. Boilly en aura besoin, c’est-à-dire d'ici à quelques jours, il sera maitre de venir à mon atelier, place de la Sorbonne, el là, il fera tout ce qu'il pourra lui être nécessaire pour son tableau, dont l'idée est charmante et qui ne pourra qu y gagner tout, traitée par lui.

» Déjà je l'avais observé, et nous verrons si nous l'avons senti tous les deux également.

» DAVID

« P. 18.— Cela n’empèche pas que d'ici à ce temps nous ne puissions causer ensemble,

soit à mon logement, rue de Seine, 10, ou à mon atelier. Si c’est à mon logement, il ne faut

pas passer onze heures. »

L'exposition du Sucre fut suspendue dans le courant de mars. Le Journal des Arts annonça que David allait en faire une copie pour des Américains. Il était plutôt question

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