‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 173 sur 328 · ARLEQUIN AU MUSÉUM · texte numérisé non relu

ARLEQUIN AU MUSÉUM

OU CRITIQUE EN VAUDEVILLE DES TABLEAUX DU SALON (Douzième année, n° 2)

DAVID. — No 144. — ZE COURONNEMENT

ARLEQUIN. — Plus j'examine ce tableau du Sucre, et moins je me sens disposé à en faire sa critique; je suis même tenté d’y renoncer. UN AMATEUR. — Comment donc, Arlequin, vous renonceriez à relever les fautes dont

ce tableau fourmille ?

ARLEQUIN. — Vraiment oui; car les beautés qu'il renferme sont en si grand nombre,

que je n'ose.

L’AMATEUR. — A votre place, je n'aurais pas les mèmes serupules, et si vous vouliez, je me permettrais bien de faire ici quelques observations critiques.

ARLEQUIN. — J'y consens volontiers ; mais surtout prenez garde ; car je suis tellement enthousiasmé de ce tableau, que je repousserai avec force les objections qui ne me paraitront

pas justes. Allons, commencez.

L'AMATEUR

Air : Courant d'la bruue à la blonde.

Je vais ne vous en déplaise, Cher Arlequin, en chantant Critiquer tout à mon aise Ce tableau sans #0ouvement.

Que l'artiste jure ou sacre Contre mes malins propos; Mon talent, je vous le consacre Et je ris des défauts Des maréchaux, Des manteaux, Des chapeaux, Des rideaux, Des carreaux, Des flambeaux, Des bedeaux Que je vois dans le Sucre.

ARLEQUIN. — Je vous arrête dès votre début. Ce tableau est sans mouvement, ditesvous: eh! tant mieux! Ce repos, cette tranquillité de chaque personnage prouvent l'attention

que l’on porte à cette auguste cérémonie; et j'aime mieux voir {outes les jambes droites et”

tous les bras perdants, que d’apercevoir des groupes animés; de cette façon, du moins, les lignes ne sont point interrompues.

Air: Réveillez-vous, belle endormie.

Vous voyez bien que l'on s'empresse

Pour voir ce chef-d'œuvre nouveau.

L'AMATEUR

Oui, l'on s’étouffe et l'on se presse, Mais, monsieur, c'est dans le tableau.

ARLEQUIN. — Halte-là, Monsieur l’Amateur!

Ce que vous prenez pour un défaut mérite un grand éloge ; car il est de

fait que le jour du Sacre, au moment même du couronnement, on étouffait dans l'église Notre-Dame.

1 faut donc savoir gré à M. David de n'avoir pas mis plus d'air dans son tableau qu'il n’y en avait dans l’église.

L’AMATEUR. — J'avouerai que le groupe qui environne le maitre-

autel est rempli de mouvement, vrai d'expression, brillant de lumière; mais tout le r

este est par trop négligé.

ARLEQUIN. —Sous cette négligence apparente ne découvrez-vous done pas cette vieille vérité que David a voulu nous rappeler, « que le clergé ne vit Jamais qu'aux dépens du peuple ».

L'AMATEUR. — Un défaut que je ne passerai pas sous silence, c’est que les princes,

les princesses, les personnes qui les entourent et celle

s des tribunes sont tous de la méme couleur.

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