‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 174 sur 328 · ARLEQUIN · texte numérisé non relu

ARLEQUIN

Air: De la fanfare de Saint-Cloud.

Ce n’est point une sottise; Vraiment David a raison

De peindre dans une église Tous les gens du même 40 :

Oui, l'on doit peindre de même Peuple, princes et héros,

Aux yeux de l'Être suprême Tous les hommes sont égaux.

L’AMATEUR. — Le groupe de ces princesses ne me séduit p

as, et cependant il prêtait à faire quelque chose de gracieux.

ARLEQUIN. — Oh ciel! que dites-vous? La pose de chacune est simple et presque

la même, la coiffure à peu près la même, la parure absolument la même ;

même ton dans

la figure, même couleur dans les vêtements, même espace entre elles, enfin harmonie

complète; point de ces contrastes, de ces oppositions qui font qu'une figure se détache de celle qui l’avoisine; non, rien de tout cela : unité d'intention et d'action; en un mot, de

la simplicité, beaucoup de simplicité, extrèmement de simplicité.

L'AMATEUR

Air: Aussitôt que la lumière.

Mais plus loin le mal empire, Et je gémis en voyant

Ces maréchaux de l'Empire N'avoir aucun mouvement; Ce groupe est digne de blâme; Il n'offre aucune vigueur;

Ah ! doit-on peindre sans âme

Ces guerriers remplis de cœur?

ARLEQUIN. — Vous vous trompez encore : le peintre a dû conserver les habitudes de ces guerriers accoutumés à marcher en colonnes serrées, et toujours prêtes à enfoncer les

rangs ennemis ; c’est ce qu'il a fait; au surplus, ce n'est que quand ils sont au feu de

l'ennemi que les braves guerriers déploient toute leur énergie, et l’on sait qu'ils ne sont pas au feu dans le tableau de David.

L'AMATEUR. — Savez-vous que je ne suis pas content non plus de la manière dont on

a placé et ajusté notre archevèque de Paris?

Air: Un jour Guillot trouva Liselle.

Ce cardinal, que l'on regrette,

Me paraît assez mal rendu ;

En arrière faut-il qu'on mette

Ce bel exemple de vertu ?

Sur ce cardinal je m'emporte; (Bis.) Il méritait un meilleur sort,

Et c'est d'être peint de la sorte

Qu'on dit que ce prélat est mort.

ARLEQUIN.— Ce que vous blâmez ici est encore une idée heureuse de M. David, et qu'il à parfaitement rendue.

M. Dubelloy n’aimait pas l'éclat; M. David ne lui en a point donné; il aimait à vivre loin des honneurs qu'il méritait à juste titre; M. David l’a placé loin du trône, malgré que son rang devait l'ex rapprocher : il aimait à vivre sans faste, M. David l’a placé dans l'obscurité.

Que de génie M. David a déployé dans cette seule figure!!!

L'AMATEUR. — Comment défendez-vous ces tribunes, qui manquent d'effet, de lumière et de perspective? On dit cependant que le peintre y a retouché; j'en doute, au surplus.

Air : Eh, ma mère, est c'que j'sais ça?

Si de nouveau l’on découvre Que ce coin-là ne vaut rien,

Le rideau bleu qui le couvre

Au peintre offre un bon moyen :

Je n’exige pas qu’on ôte

Ce coin, non pas des plus beaux ; Mais David sur cette faute

Devrait tirer les rideaux.

; point de perspective ; vous eussiez voulu que M. David fit dans cette grande machine

que Paul Véronèse à fait dans son grand diable de tableau, autour de tout, où les figures

ARLEQUIN. — Ah! vous voilà bien, pauvres petits amateurs; point d'air, point d'efut,

ce où l’on voit tout, où l'on tourne se détachent de l'architecture, l'architecture du ciel, et où ce ciel fuit et n’offre à l'œil que l’espace. Quelle erreur est la vôtr

e! Apprenez qu’il y a d'heureux sacrifices à faire en peinture ; M. David en a fait d'immenses pour donner de la vie au groupe du maître-autel. Je l'approuve. Je n'aime pas d’ailleurs ces écrivains ni ces peintres qui vous disent {out ; j'aime qu’on laisse toujours quelque chose à désirer, et c’est en cela que M. David a parfaitement réus

L'AMATEUR. — Je trouve encore que tous ces personnages-là ne prenne

nt pas assez de art à l’action princi ale ; P Ü

peu la regardent, quelques-uns regardent le publie, d'autres regardent en l'air, et beaucoup ne regardent rien.

M. David devrait laisser ces regards perdus et insignifiants à nos petits faiseurs de portraits, qui ne savent presque jamais donner une intention à leurs figures.

ARLEQUIN. — Ah! Monsieur l’Amaleur, que de sotlis

S vous venez de dire en peu de mots ! D'abord, les regards jetés çà et là prouvent la facilité du peintre à faire re

garder à gauche et à droile; secondement,

voyez quelle monotonie eût résulté de voir tous ces regards dirigés sur la scène qui se passe; enfin M. David

a pensé que toutes ces personnes-là, en examinant avec trop d'

attention ce que fait le monarque, eussent commis une trop grande indiscrétion, et auprès des rois, il n’en faut p

Mais en voilà assez sur le tableau du Couronnement. Vous voyez, Monsieur l’Amateur, que, sans le secours d’une très forte logique, j sur ce tableau.

as commettre.

ai combattu victorieusement votre opinion

L'AMATEUR — Cependant, Arlequin, je n'ai pas encore tout dit.

Air: Ne m'en demandez pas davantage.

Mais terminons tous nos débats, Souvent se taire est le plus sage :

Je pourrais bien, n'en doutez pas, Critiquer encore cet ouvrage :

Hélas ! à quoi bon?

D'ailleurs, pour raison.

Je n'en dirai pas davantage, (Bis.)

ra ra

Parmi toutes ces plaisante il faut, comme le disait le Journal de Paris, relever seulement ces quelques mots qui sont le véritable éloge du Couronnement.

« J'avouerai que le groupe qui environne le maitre-autel est rempli de mouvement, etc., etc.

» Car dans les critiques où un calembour détruit tout raisonnement, il ne faut pas compter les mots, mais les peser. »

Quant au portrait de l'Empereur, Arlequin terminait ainsi son numéro sur le Sucre.

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