DAVID OFFICIER DE LA LÉGION D'HONNEUR
son Couronnement, il forma le projet de construire une galerie où ces quatre toiles, entourées des œuvres du maitre, seraient exposées. L’entretenant un jour de ses intentions, il lui dit : « Comment nommerons-nous cette galerie ?
— La Galerie du Sacre, Sire.
— Non, répondit-il, la Galerie de David ; on dit bien la Galerie de Rubens.
— Mais, Sire, il y ici une notable différence: Rubens était plus grand peintre que Marie de Médicis n'était grande reine, tandis que l'Empereur Napoléon est bien plus grand que
le peintre David. Laissez faire au temps, il la nommera la Galerie Napoléon. »
Poursuivant sa première pensée, il faisait avec David la nomenclature de ses ouvrages. L'artiste lui fit observer que quelques-uns étaient chez des particuliers, entre autres le Socrate. L'Empereur lui demanda pour qui il l'avait fait.
« Je lui répondis, nous raconte David, que je l'avais fait pour M. de Trudaine qui y avait toujours mis un grand prix ; qu'il l'avait toujours conservé avec un soin extrème ; qu'il était passé à sa mort à M. de Courbeton, son beau-frère, qui y attachait également un grand intérêt; que c'était un homme aisé ; qu’il estimait ce tableau plus que de l'argent et que je doutais qu’il voulût s’en défaire ; qu'au surplus je lui en ferais la demande. L'Empereur m'autorisa à lui en offrir 50,000 francs ; enfin à lui donner le prix qu’il en exigerait.
» J’allai à cet effet chez M. de Courbeton, je lui fis part du désir de Sa Majesté, et que si le prix de 50,000 francs pouvait le satisfaire, j'avais ordre de le lui offrir ; que si cette somme ne suffisait pas, il pouvait dire librement le prix qu'il y mettait, que l'Empereur en passerait par tout où il voudrait. M. de Courbeton me répondit après un petit moment de réflexion :
« Monsieur David, je suis bien aise que Sa Majesté ait la même opinion que moi de » cet ouvrage. Dites-lui, je vous prie, que tout l'argent qu'il pourrait m'offrir ne me dédom- » magerait pas du prix que je mets à ce tableau; mais puisqu'il le désire, il est à lui, vous » pouvez l'envoyer prendre.
» … Je rendis sa réponse à l'Empereur : « Cela est clair, dit-il, il veut le garder; n’en » parlons plus. ».
On peut supposer que cette première difficulté à réunir les œuvres de l'artiste qu'il préférait, détourna l'Empereur de l’idée qu'il avait eue d’en formèr une galerie et lui fit abandonner l'intention d’abord annoncée d'acquérir le tableau des Sabines.
En accompagnant, à la distribution du Salon de 1808, la remise de la croix d'officier de la Légion d'honneur, de paroles si flatteuses, Napoléon tenait à montrer à David qu'il ne partageait nullement certaines préventions qu’on avait témoignées à son égard. Il voulait sans doute le relever de l'oubli injuste où l'avait laissé le rapport de l’Institut, sur {a siluation des Artsen France depuis 1789.
Au mois d'août 1807, les présidents et les secrétaires des quatre classes de l’Institut, s'étaient assemblés en vertu de l’arrêté pris dans la séance générale du 7 juillet 1807. Ils étaient convenus : que le rapport demandé à l’Institut serait donné en cinq discours ou traités dont un pour les beaux-arts ; que ces discours censés adressés personnellement à
PEmpereur seraient historiques et suffisamment détaillés pour que Sa Majesté pût y prendre
Re cena rraneer x
me
une idée nette des progrès de chaque ordre de connaissances et des travaux qui avaient contribué à ce progrès; que chaque Classe terminerait son rapport particulier en donnant, ainsi que l'Empereur le demandait, son avis sur les moyens d'encourager les sciences ou les arts dont elle s'occupait ; enfin, que lorsque les rapports auraient été lus et approuvés par les bureaux des Classes particulières, on les communiquerait aux quatre bureaux assemblés.
Ce travail fut terminé au commencement de 1808. Cuvier et Delambre avaient rédigé les rapports sur les sciences mathématiques, et Chénier composé celui sur la situation des lettres.
La Classe des beaux-arts présenta le sien le 5 mars 1808 : œuvre de son secrétaire Lebreton.
« Sa Majesté étant en son Conseil d'État, une députation de la Classe des beaux-arts de l’Institut à été présentée par Son Excellence le Ministre de l'Intérieur et admise à la barre du Conseil.
» La députation était composée de MM. Bervic, président; Vincent, vice-président, J. Lebreton, secrétaire perpétuel; Vien, sénateur; Moitte, Heurtier, Gossec, Jouffroy, Grandmenil, Visconti, Dufourny, Peyre et Chaudet. »
Le président Bervic adressa à l'Empereur le discours suivant :
« Sire,
» Le décret impérial, qui ordonne de vous présenter l'état des arts en France depuis vingt ans, nous à d’abord paru d'une exécution très difficile, en ce qu'il nous oblige d’apprécier nos propres travaux. Mais, plus pénétrés des intentions de Votre Majesté, nous n'avons considéré que le noble but qu’elle se propose : l'honneur national et l'avantage des arts eux-mêmes; nous avons senti combien cette idée, grande en elle-même, a plus de grandeur encore dans les résultats. Cest le caractère de toutes les conceptions de Votre Majesté.
» Vous prenez, Sire, vous-même la défense des talents français contre leurs détracteurs. Qui osera désormais les calomnier ! Quand l’Europe verra ce que les sciences, les lettres et les arts ont produit depuis 1789, elle dira que la France est la première nation en tout ; et si l’époque lui rappelle que ces Français, terribles pour leurs ennemis, l’étaient alors pour eux-mêmes, elle dira comme la postérité, comme les hommes justes : qu’elle eut le malheur d'éprouver l'effet des passions violentes, nées de circonstances inouïes, mais qu'alors mème elle méritait encore l'estime due aux talents dans tous les genres. Votre Majesté verra par le rapport que nous lui soumeltons que les beaux-arts ont quelques droits pour espérer cette justice. »
Après Bervic, Lebreton prit la parole et donna lecture de son rapport.
Ce travail dont nous analyserons seulement les parties qui se rattachent à cette étude, commençait par une introduction donnant un aperçu de l'état des arts sous la monarchie.
On s’y appliquait à faire ressortir les causes qui avaient en France entravé leur
or.
RAPPORT DE L'INSTITUT SUR L'ÉTAT DES BEAUX-ARTS « La France, disait Lebreton, est après l'Italie la nation qui a cultivé les beaux-arts avec le plus de succès. Sans avoir produit des Raphaël, des Michel-Ang pas de rivales depuis trois siècles.
e, elle ne connaissait
» Les arts se perfectionnent par l'étude de la natur l'élévation et le choix des pensées, et par la vérité d
où un homme doué de falent s'éloigne de 1
e et le sentiment du beau, par
e lexpression. Mais un moment arrive à nature en voulant sesingulariser. La nouveauté à bientôt des imitateurs : d'autres cherchent à leur tour des routes non fr mème bruit, la mème fortune, et l'art qui avait commencé tion, franchit rapidement l'intervalle au delà duquel se r
ayées pour faire le à déchoir à la première dérivaencontre ce bizarre qui remplace la barbarie. Cette éclipse dure jusqu'à ce qu'un artiste estimé de la nature et y ramène. »
Représentant les beaux-arts brillants de jeune gradant pendant les guerres de religion, Lebr Louis XIII et Richelieu.
revienne à la belle imitation
SS
sous les premiers Valois, puis rétroeton les montrait se relevant enfin sous
Après avoir reconnu la haute protection que Louis XIV leur accorda à ses débuts, rapporteur ajoutait :
le « Il n’en est pas moins vrai qu’on commit sous son règne deux f.
autes graves dans la direction des arts. La première en leur inspirant plus de faste que de véri-
table grandeur; la seconde, beaucoup plus préjudiciable, fut de les assujettir à l'empire de Lebrun, qui, comme peintre éminent et comme homme éclairé,
semblait réunir tous les droits à la confiance, mais qui ne sépar
ant point son goût particulier, son ambition d'artiste,
de ses fonctions d’arbitre et d’ordonnateur, soumit tous les travaux, tous les talents, à sa
manière de voir et de faire, à un système exclusif, à une suprématie d'orgueil intolérable dans les arts de la part d'un homme qui les exerce.
» On ne fit qu'exécuter les programmes prescrits par Lebr
un. Girardon lui-même recevail les dessins des statues et des groupes qu'il ét
aif chargé d'exécuter; aussi, depuis les plafonds de Versailles jusqu'aux serrures, depuis les marbres sculptés jusqu'aux ornements
d'architecture, jusqu'aux tapis et ameublements, on ne remarque dans les applications des
arts du dessin, qu’une physionomie, celle du talent de Lebrun... …
DES Cependant, avec quel luxe de talents ce beau siècle av lieu! Si Le Poussin, Lesueur, Philippe de Champ Girardon, etc.,
ait commencé sous Richeagne, Lebrun, Mignard, Puget, Coysevox, avaient été chargés chacun d'un monument partie
ulier, ou d’une portion de monument, avec assez d'indépendance, les résult
ats seraient bien plus riches...
+ Mais que devait-il arriver quand un
(Vouet), réussissait à faire abandonner par Phili
hommes, que celui-ci avait commencée sous le
premier Peintre presque oublié aujourd'hui ppe de Champagne la galerie des grands
cardinal de Richelieu, et s’en emparait; quand le même Vouet et le premier Architecte Lemercier s'uniss
aient pour donner tant de dégoût à Poussin, que non seulement il renonçai
à décorer la galerie du Louvre, mais àla France, à sa patrie, pour retrouver la tranquillité qu'il avait laissée
à Rome ; quand le sculpse confinait à Marseille, pour n'être pas soumis à des dépendances trop dures pour son génie! Ildev. causes, que ce siècle verrait briller quelques beaux !{
teur moderne qui a le mieux su animer le marbre, Pujet,
ait résulter de pareilles
alents qu’une grande époque fait
éclore, mais que beaucoup ne brilleraient pas de tout leur éclat; qu'un plus grand nombre ne pourrait pas se développer, qu’il ne s’en produirait que de moindres. Toutes ces circonstances se sont rencontrées dans l’ordre où nous les retraçons, depuis le commencement du xvrre siècle, en s’aggravant toujours depuis la mort de Colbert, cest l'échelle de la décadence des arts.
» On a le droit de s'étonner que cette fausse direction et ses effets aient échappé à Colbert, qui savait si bien discerner et appliquer les vrais principes d'administration. Comme ami de la gloire de Louis XIV, il s'était attaché à la consacrer par les arts; mais il aurait encore mieux atteint le but, s’il s'était fait le centre des plus habiles artistes, au lieu de voir par les yeux du seul Lebrun. Ce grand ministre fut séduit sans doute par son admiration pour un peintre justement célèbre; car loin de l’accuser d’indifférence pour les arts, nous savons, par les détails de son administration, qu'il s'en occupait avec prédilection et sollicitude. »
Ces remarques auxquelles le rapport donnait une extension qu'elles ne comportaient pas, étaient un avertissement à l'Empereur des dangers qu'auraient couru la liberté et la
prospérité des arts, si on confiait leur direction à un seul homme, fût-il doué du plus grand
talent. Il était facile de saisir qui désignaient ces craintes si peu déguisées, quand on songe à la position de David et à l'émotion qu'avait provoquée son prétendu désir d’aspirer à la dictature des arts.
Encore Lebrun et Colbert étaient excusables ; ils avaient fondé cette Académie royale que David n'avait renversée que pour la voir remplacée par cette classe de l'Institut qui en reprenait les errements et qui, par l'organe de son secrétaire, signalait au souverain l'écueil sur lequel sa haute estime pour un artiste éminent allait faire échouer les beaux-arts.
« Au reste, continuait Lebreton, quelques justes que fussent les reproches faits à Lebrun et à l'excès d'autorité que lui laissa le ministre, l’un et l'autre préparèrent des remèdes, en créant des institutions pour les arts. C'est à eux qu'on doit les Écoles de Paris et de Rome.
» On a dit dans un temps de délire, et lorsque cetle opinion pouvait ètre dangereuse pour les établissements de Colbert, que les Grecs et les Romains n'avaient point eu d'écoles, et que les arts ne brillèrent jamais avec autant d'éclat ; que c’est personnellement à Raphaël, aux Carraches qu'on a dû leurs habiles élèves etnon à une école nationale. Sila conséquence qu'on en voulait tirer était encore à craindre, il serait aisé de prouver d’abord que les Grecs avaient des institutions publiques et des mœurs toutes puissantes en faveur des beaux-arts. »
Le rapporteur cite alors l'exemple du Poussin trouvant, cinq ans après leur mort, les préceptes des Carraches déjà oubliés en Italie, tandis que ce pays eût encore lenu le sceptre des arts, s'il avait possédé des institutions qui conservent et régénèrent les traditions. Aussi les écoles créées par Colbert et Lebrun sont-elles un grand bienfait du règne de Louis XIV.
Après cette défense des Académies renversées, « dans un temps de délire, et par des passions où plutôt des intérêts personnels », après un nouvel appel à la sollicitude d’un souverain jaloux de son autorité et de sa gloire, auquel il cite l'exemple de Louis XIV
supportant avec peine Mignard et Mansard, Lebreton, cependant, en poursuivant son
RAPPORT DE L'INSTITUT SUR L'ÉTAT DES BEAUX-ARTS 419
travail, ne peut s'empêcher de constater l'état déplorable où les arts étaient tombés sous
la Régence et Louis XV « quand le désordre des finances, un luxe sans délicatesse et la
dépravation des mœurs eurent tari la source des sentiments et des idées dont s’inspirent
les beaux-arts ». Mais il attribue leur régénération à Vien, et l'éloge qu’il fait de son carac-
tère est la plus vive critique de celui qu’on prêtait à David. « Boucher et son école fixent la dernière période de la décadence, dit Lebreton.
Sous prétexte d’obéir au génie, on fuyait avant tout le naturel et la simplicité. Cepen-
dant lorganisation des beaux-arts était restée la mème, mais il fallait nécessairement se concilier les maîtres, le premier Peintre, le premier Architecte, et l'administrateur
suprème, le Directeur général, pour obtenir des prix dans les écoles, une part dans les travaux du gouvernement et le rang d’académicien. On Y parvenail en imitant leur
manière, en adoptant leurs goûts, leurs aversions, en n'osant rien au delà de ce qu'ils savaient et surtout en respectant leurs habitudes.
les arts et leurs Académies.
Telle était la loi commune qui régissait
» Lesarts vivaient sous la honteuse servitude de deux ou trois artistes qui ne pouvaient
enseigner qu'à être plus médiocre qu'eux-mêmes; mais ils étaient les distributeurs des travaux et de l'opinion du prince.
» Ge fut à ce degré de décadence que M. Vien sortit des rangs pour régénérer les arts.
Il avait osé prendre pour guide l'étude de la nature et de l'antique, regardée comme un
préjugé dangereux par tous les chefs d'école ; mais il eut la sag
se de ne point s’annoncer
comme réformateur, de ne heurter aucun amour-propre, de ne montrer aucune ambition
personnelle. Content des succès d'estime plutôt que d'enthousiasme qui fondaie réputation, il la vit croitre sans impatience.
nt sa belle
» L’ordonnance simple de ses ouvrages, continue le rapport, l'espèce de conviction
attachée aux vérités fondamentales presque toujours faciles à s
sir, éclairèrent les jeunes artistes qui avaient le plus de disposition. MM. Vincent, Ménageot, David, Re tous les peintres qui ont marqué à leur suite, devinrent ou ses élèves ou les disciples de ses exemples. Ils ont transmis et développé cette saine doctrine, en sorte arts voit maintenant les petits-fils de son école se placer
gnault et
que le patriarche de nos avec honneur au rang des maîtres.
» Gette heureuse révolution, ajoutait-on, avait aussi été enfantée par
l'esprit du siècle.
Les salons de Diderot avaient excité la curios
ité publique. Les gens du monde s’atta- , et quelques écrivains publièrent des critiques pleines de lumière et de bonne foi, au lieu de louanges mendiées qui se prodiguaient auparavant. L'administration elle-même subit cette influence :
chèrent à mieux observer les expositions
les travaux furent régulièrement ordonnés, on mit plus de justice dans leur répartition, plus de circonspection
dans la faveur, on permit plus de dignité aux artistes. Aussi, en 1789, la France était rentrée dans l'antique héritage des beaux-arts transmis par François Ier, »
Ici, l'orateur évite de parler de la Révolution « dont les effets sont si connus, récents, l'influence si universelle, qu'on n’a pas besoin de l'expliquer », introduction par ces mots :
si et il termine son
€ En 1789, la peinture était complètement régénérée par M. Vien et son école, Le
premier est toujours l'objet de notre vénération, et ses élèves prouvent que leur talent est encore dans toute sa force. On leur doit une génération nouvelle de peintres de divers wenres et dignes dans tout de leurs maitres. La peinture est donc non seulement florissante, mais elle ne le fut jamais davantage. »
Après un nouveau préambule, qui attribue à Vien et surtout à M. D’Angiviller l’état prospère de l’école française en 1789, le rapport rappelle et juge, dans un ordre chronologique, les principaux tableaux peints avant celte époque.
Il cite le Saint-Denis, de Vien; le Hiracle des Ardents, de Doyen, tous deux encore dans l'église Saint-Roch ; un Président Molé etun Paralytique à la Piscine, de Vincent; la Mort de Léonard de Vineï, de Ménageot. « M. David annonçait, dit-il, sa supériorité par les tableaux de la Mort de Socrate et de Bélisaire. » Passant à Regnault, il lui attribue dans L'Æducation d'Achille, la « première application régulière qu'on ait faite dans l’école des formes de l'antique et d’une pureté de traits non moins nouvelle alors ».
Arrivé au Serment des Horaces, qu'il place par erreur après le Socrate, cité plus haut comme Je premier tableau de David, il dit « qu'il vint ensuite confirmer M. David au premier rang et couronner en quelque sorte l'école. On y admira, plus encore que dans les autres compositions de ce peintre, ce genre de simplicité qui caractérise les ouvrages antiques, qu'il à beaucoup consultés, et l'union très difficile de l'idéal dont ces ouvrages sont empreints avec la vérité de nature, surtout une g ande supériorité de dessin qui forme la principale qualité de ce chef d'école ».
Après avoir rappelé quelques autres noms d'artistes avec leurs principales productions, après avoir dit, à propos des peintres de portrait, que Latour pour ses pastels était supérieur aux peintres d'histoire de son temps, il ajoute :
« Les mêmes peintres que nous avons vus appliquer avec éclat les principes de M. Vien, et qui jouissaient de la faveur de l'opinion publique, MM Vincent et David firent de très beaux portraits. L'art leur doit encore ce service. Ceux de leurs élèves qui obtiennent tant de succès dans ce genre, n’ont point eu l'exemple à donner. »
L'exposition de 1791 fournit au rapporteur une occasion pour arrèter ses études ; avec
elle, la politique s’introduisit dans les arts, et sépara d'une facon distincte les artis d'avant la Révolution.
Ce n’est pas l'apparition de la politique qui fait de l'Exposition de 1791 une époque mémorable dans l’histoire des arts, mais la chute du régime académique et la conquête de la liberté pour les artistes. Nous avons raconté les luttes qui précédèrent le Salon pour obtenir que les artistes qui n'étaient pas académiciens aient la faculté d’y exposer leurs ouvrages ; David se signala par son zèle pour l’affranchissement de ses collègues. Son nom et sa pétition furent invoqués par Quatremère-Quincy et M. de Beauharnais, quand ils prirent dans l'Assemblée législative la défense des artistes non privilégiés.
Lébreton ne dit rien de cette véritable révolution accomplie par l'Exposition de 1791. Il laisse de côté ce premier jury élu par les artistes pour la distribution des encouragements volés par l'Assemblée. En effet, il aurait été dans la nécessité de rappeler le désin-—
téressement de David en cette circonstance, et de signaler sa conduite, tout opposée à
RAPPORT DE L'INSTITUT SUR L'ÉTAT DES BEAUX-ARTS
celle qu'il lui prête quand il affecte de redouter de sa par
Lebrun.
t une tyrannie égale à celle de
Réparons donc cette omission volontaire en rappelant quel'E
xposition de 1791 commence
la série de celles où la liberté dont jouissent actuellement les ar
ts fut définitivement acquise.
L'Académie, sous Lebrun, avait brisé, pour les artistes du Roi, les
privilèges des jurandes
et des corporations; mais, petit à petit, elle s'était laissé aller à les ré souffle de 89, David débarre un droit égal
tablir en sa faveur.
issa les arts de toutes ces entraves et proclama pour les artistes
à la protection de l'État. C’est sous ce régime que les arts fleurissent encore
dans notre patrie. Mais, nous le répétons, retracer
ses efforts et son succès en 1791 était
détruire d'avance les soupçons et les craintes qu'on voulait éveiller d
Napoléon.
ans l'esprit de
Le rapporteur se contenta de voir, dans ce S qu'il représenta entouré de trois tableaux de David, le Socrate, les
alon, un nouveau triomphe pour Vien,
oraces et le Brutus,
et présidant aux succès d’une seconde génération issue de son école, heureusement avec la Mort d’Abel, de Fabre. On oubliait s émule sortait de l’atelier de David.
qui s’annonçait
eulement de dire que ce nouvel
L’Exposition de 1793, avec les craintes, les privations et les malheur. sur les artistes, ne peut servir, dit Lebrelon, à caractériser l’état des
$ qui pesaient
arts à cette époque.
poq
« En l'an Il, poursuit-il, quelques hommes d’un esprit libéral et qui av l'influence dans les Comités d'instruction et de salut public de la (
Convention, s'en
servirent pour proclamer un grand concours en peinture
, Sculpture et architecture. »
Après avoir décrit la nature des travaux demandés
aux artistes, les encouragements
qui leur furent accordés, et cité les noms de ceux qui les obtinrent, il « Cet encouragement ne produisit pa
S sans doute tout ce qu'on avait bien voulu en
attendre; mais, au moins, il rendit l'espérance et redonna de l’activité
aux arts {rès décou-
ragés et très souffrants. Il s’y déploya beaucoup de mérite, et l’on put se flatter que la tempête politique serait calmée, vigueur et d'éclat qu'avant la Révolution.
» On a droit de
besoin. »
qu'aussitôt les beaux-arts se montreraient avec plus de
s’étonner et de regretter que les administrations qui se sont succédées n'aient rien conservé des projets de monuments exposés à ce grand concours, ainsi qu'à plusieurs autres qui ont eu lieu depuis. Certes, il y en avait qui tenaient
et dont nous sommes bien loin de regretter l'inexécution ; mais il y
aux circons{ances eut aussi des projets de temples, d'édifices, de fontaines publiques, d’arcs de triomphe, qu'on aurait pu réaliser depuis si l’on avait eu soin de conserver les plans les mieux conçus pour s'en servir au L’orateur continue en montrant la Convention succombant sous ses propres excès, et abandonnant enfin la direction des arts à des hommes qui les aimaient. Il signale les
| rations apportées au Musée quand il cessa d’être gouverné par la Terreur ou un zèle trop désordonné ; il cite les encouragements de l'administration aux artistes en leur
des logements, des ateliers et des travaux.
C'est sous ces auspices que la jeune école ouvre l'Exposition de 1795, qui fut le commen-
cement de ses triomphes. On y admira avec une sorte d'enthousiasme le premier portrait de femme qu'ait peint Gérard.
« Le plus grand ouvrage qu'eût encore entrepris M. David, ajoute-t-il, son tableau des
Subines, date aussi de ce temps. L'administration des arts eut le mérite d'encourager cel
artiste à ressaisir sa palette et lui procura un atelier convenable.
» La peinture était donc très riche en talents au sortir de l'époque la plus orageuse de a Révolution. »
Ici, par une habile transition, le rapporteur, sans s'arrèter sur les ouvrages de David qui lui ont assuré la première place dans l’école française, passe à cette phalange de jeunes eintres qui n’ont marqué que depuis 1789. « C'est à elle, dit-il, qu'il appartiendra plus sarticulièrement de soutenir l’art pendant le règne de Votre Majesté. Ses maîtres n’ont pas
cessé de mériter, dans l'intervalle que nous allons parcourir, les suffrages qu'ils étaient en
osition de recueillir; mais nous aurions à répéter à peu près les mèmes éloges qui leur
avaient été précédemment décernés, et puisque nous avons établi leurs titres sur les ouvrages
qui ont créé leur réputation, il ne reste qu'à observer qu'ils méritent, en outre, la recon-
naissance publique pour avoir fait éclore les talents que nous allons caractériser.
» Les principaux peintres qui ont dirigé ces écoles fécondes sont, en suivant toujours l'ordre chronologique, MM. Vien, Vincent, Ménageot, David, Regnault, Valenciennes, Van Spaendonck. Ils ont droit de prélever un premier hommage sur les succès dont il nous reste à rendre compte. »
Puis en note : « Les ouvrages les plus remarquables exécutés par les premiers chefs de l'école depuis dix ans sont : le grand carton de /& Bataille des Pyramides, par M. Vincent : le tableau des Sabines et celui du Cowronnement, par M. David ; le tableau allégorique de l'Apothéose de l'Empereur, par M. Regnault. »
Le moyen était ingénieux pour laisser dans l'ombre les œuvres capitales d’un artiste dont le talent et la renommée inquiétaient ses rivaux. Le contraste en est encore plus sensible quand on compare cette courte note sur les tableaux du maître, avec les louanges argement distribuées sur ceux des élèves qui ont l'heureuse fortune de plaire à M. le rapporteur. A ceux-ci on ne marchande pas l’espace.
gi deux lignes suffisent pour le peintre des Sabines et du Couronnement, ce sont des ages que l'on consacre aux descriptions des œuvres de Girodet, de Guérin et de Gérard. Pour Girodet, Lebreton ne fait qu'amplifier une lettre que nous retrouvons dans les œuvres ittéraires de cetartiste. Le rapporteur s'étend sur le Songe voluplueux d'Endymion, sur ‘Hippocrate, et touche seulement quelques mots du tableau d'Ossian ; mais il semble révoir que le Déluge pourra un jour ètre jugé comme le plus bel ouvrage de école
française.
«Ce fut à l'Exposition de 1806 qu’on vit le tableau le plus marquant qu’ait encore exécuté M. Girodet. Il représente une Scère de déluge où d'inondation subite, car rien n’indique qu'il ait voulu peindre le déluge universel que Carrache et le Poussin ont traité dans deux tableaux qui sont au Musée Napoléon.
» … Dans cette scène, il a développé une science profonde et un beau caractère de
RAPPORT DE L'INSTITUT SUR L'ÉTAT DES BEAUX-ARTS
dessin, une rare fermeté d'exécution réunie à beaucoup de fini. Le sujet a paru trop terrible aux uns, quelques idées accessoires ont été critiquées par d’autres; mais lorsqu'il s’agit de juger du mérite d'un ouvrage d’un grand caractère, c’est la puissance et le développement des moyens de l’art qu'on doit apprécier. Sous ce rapport, le tableau que nous dé
gnons offre tout ce qui constitue un peintre de premier ordre. »
Après avoir donné à Gros quelques éloges mélangés de critiques, Lebreton arrive à Gérard, pour lequel il a réservé l'enthousiasme d’un ami: il lui avait acheté, de moitié avec Percier, son tableau de l'Amour et Psyché. Nous verrons en quels termes il parle de cet ouvrage.
« Avant de passer au portrait, dit-il, il nous reste à rendre compte d’un peintre d'histoire très distingué, M. Gérard. Comme il a obtenu d’éclatants succès dans les deux plus beaux domaines de la peinture, il nous a paru plus convenable de le placer sur leurs limites, qu’il franchit à chaque instant, que de le classer selon l'ordre chronologique de ses ouvrages. Il débuta, comme nous l'avons déjà dit, dans le concours de lan II, et ses débuts furent des triomphes ; le premier prix de peinture lui fut décerné par acclamation. »
C'était l'esquisse du Dix août dont parlait ainsi Lebreton. Après avoir cité ses premiers succès obtenus avec des portraits, il rappelle le Zélisaire, ce sujet « audacieusement choisi après
Van Dick et David ». Il fait de ce tableau un éloge qui suffirait à immortaliser un artiste, si son appréciation de l'Amowr et Psyché ne reculait pas encore les bornes de l'admiration.
« Le tableau de Psyché et l'Amour ne devait pas être apprécié aussi généralement que celui de Zéisaire; il est, en quelque sorte, idéal, et ne parle qu'à l'imagination, qu'au sens de la vue qu'il flatte. Mais si les admirateurs furent moins nombreux, l'admiration des connaisseurs fut plus vive et plus profonde. Le premier tableau avait annoncé un peintre ingénieux, un peintre qui fait penser et qui attache, un peintre possesseur d’une belle palette : dans le second, M. Gérard montrait un esprit délicat et poétique, et une extrême habileté à surmonter les plus grandes difficultés de l’art, soit qu'elles naissent du sujet, soit qu'elles résultent du parti qu'il prend pour l'exécution, car il entreprenait en même temps et de réaliser l'idéal et d'arriver au dernier degré de finesse et de grâce que le pinceau semble pouvoir atteindre. Sous ce rapport, il a fait un prodige qu’il n'oserait peut-être pas tenter lui-même de renouveler.
» Psyché reçoit le premier baiser de l'Amour: elle éprouve une sensation inconnue qui létonne avant de l’émouvoir. C’est ce premier instant qu'a voulu peindre l'artiste, et non les émotions qui doivent succéder. Le papillon, symbole de l'âme chez les anciens, voltige au-dessus de la tête de Psyché et indique qu’elle va s’animer au sentiment d'amour.
» On s’est mépris quand on a reproché à cette scène d’être froide. Ce n’est pas une scène voluptueuse que M. Gérard a voulu exprimer : le tableau serait devenu licencieux pour peu que le peintre se fût écarté de l’idée qu’il a rendue ; tandis que l’Amour, adolescent, entièrement nu, et Psyché, à demi-nue, ne blessent en rien la pudeur, dont, au contraire, le sentiment instinctif se remarque et dans l'expression et dans le mouvement de Psyché.
» La tête est d'une beauté originale. On n’y retrouve point, comme dans la plupart
des tableaux où l'on représente une belle femme, de ces types d'étude empruntés entièrement aux statues antiques. Le corps entier de l'Amour est parfaitement beau et surtout d’une perfection de pinceau qu'on pour ait presque dire inimitable. Il en est de même de plusieurs détails, tels que les mains, les draperies de Psyché.
» Le paysage seul serait étonnant et ferait la réputation d’un peintre uniquement adonné à ce genre. Il participe lui-même à la nature presque divine du sujet. Il n’est pas
jusqu'aux fleurs dont ce pa re est émaillé, qui n’aient leur degré de perfection.
» Il faut donc dire aux critiques de bonne foi que ce tableau n’est pas de ceux qui doivent faire une grande impression sur la multitude, qu'il faut une imagination plus poétique et des sens plus délicats pour l’apprécier; enfin que ce n’est ni l’emportement de l'amour ni son ivresse qu'on à voulu représenter. Au reste, l'opinion des meilleurs juges est que le tableau de Psyché sera l'un des monuments de l’art les plus admirés et les plus glorieux de l'école française. »
Après une description des tableaux d'Ossian et des Zrois Ages de Gérard, Lebreton termine en passant en revue ses portraits les plus remarquables.
Le rapport continue en citant les ouvrages de Guérin, de Prud’hon, d'Hennequin, et en. donnant la liste des peintres et de leurs principaux ouvrages en {ous les genres. Sa conclusion, en ce qui concerne la peinture et la partie qui nous intéresse, se trouve dans les considérations qu'il développe sur les moyens de conserver à l'école française sa supériorité actuelle.
Quelques signes de corruption s'y sont pourtant manifestés. « Ainsi, une espèce de délire s'était emparé de jeunes peintres qui s'étaient organisés en secte pour établir un système de peinture.
» À ce danger en a succédé un autre plus grave. De jeunes peintres encore, doués de plus de talent, ont abandonné les maîtres, depuis Raphaël jusqu'à Lebrun, pour introduire une manière de dessiner mesquine et froide qui, voulant mettre la naïveté des initiateurs de l'art moderne dans leurs ouvrages, m’arrivaient qu'à se singulariser. Ce danger venait de l'École de Rome. Mais la vigilance du Directeur et la sollicitude de la Classe des beaux-arts a écarté ce danger. »
A ce point de son rapport, Lebreton regrette le manque de nouveaux artistes de talent qui se manifeste à cette époque. Nous avons déjà indiqué cette lacune qu’il faut attribuer à la période révolutionnaire qui, par les réquisitions et les troubles, avait détourné des ateliers de dessin une grande partie de la jeunesse.
« Maintenant, dit-il, il faut signaler la pénurie des talents dans la génération artistique éclose depuis 1800; cet effet est sensible aussi en sculpture, mais la cause est difficile à trouver ».
Cette détresse lui arrache cependant un pénible aveu.
« La belle école qui a fourni MM. Drouais, Fabre, Girodet, Gérard, Gros, n’est ni moins habilement tenue, ni moins nombreuse; il en est de mème de celles d'où sont sortis MM. Meynier et Guérin. Ceci appelle l'attention du gouvernement, car la décadence des
arts n’est pas brusque, on peut la prévoir et l'empêcher. »
RAPPORT DE L'INSTITUT SUR L'ÉTAT DES BEAUX-ARTS
Après la peinture, le rapport s’étendait sur toutes les autres branch
es des beaux-arts, qui rentraient dans les attributions de la quatrième classe de l'Institut.
L'Empereur répondit aux discours du président et du secrétaire par les paroles suivantes :
« Athènes et Rome sont encore célèbres par leurs succès dans les arts. L'Italie, dont
les peuples me sont chers à tant de titres, s’est distinguée la première parmi les nations
modernes. J'ai à cœur de voir les artistes français effacer la gloire d'Athènes et de l'Italie ;
c'est à vous à réaliser de si belles espérances, vous pouvez compter sur ma protection. »
Napoléon, dit-on, fut peu satisfait du travail de Lebreton. Dans la partie que nous
en avons analysée, il dut trouver qu'on y traitait avec bien de l'injustice un artiste dont le talent, partout reconnu, venait de doter la France de nouveaux chefs-d’œuvre.
On assure que, dans son mécontentement, il fit suspendre l'impression du rapport et
qu'il ordonna même de mettre au pilon ce qui en avait déjà paru. Considérant enfin cet
exposé comme l'expression particulière des membres de l'Institut qui composaient le
bureau de la Classe des beaux-arts, il décréta que tout « discours prononcé au nom d’un
des Corps de l'État, après avoir été rédigé par un membre, devrait être, avant la lecture publique, présenté à ce Corps assemblé et discuté par lui », espérant trouver dans une
réunion d’hommes distingués un sentiment plus vif d'impartialité et de justice.
Comment expliquer, en effet, ce silence gardé sur l'artiste qu'il avait la veille honoré de sa visite, l'estimant comme le talent le plus illustre dans ces arts, qui faisaient une des gloires de son empire.
Il faut l'avouer, David était encore mal avec la Classe des beaux-arts, Si le mérite fait souvent naître la jalousie, le succès qui s’attachait à ses ouvrages et favorisait ses entreprises, comme l'exposition particulière des Sabines, avait promptement développé ces germes chez ses collègues. Ils lui enviaient la considération dont il jouissait auprès de l'Empereur, et surtout les importants travaux qu'on lui avait donnés. On lui en voulait de
la confiance que lui conservaient les artistes qui le maintenaient toujours aux premiers rangs dans les jurys pour le concours ou la distribution des trav. C'est ainsi qu'il avait pris part aux jugements des concours pour le château Trompette, de Bordeaux, pour la transformation de la Madeleine en un temple de 1:
l'esquisse de la Zataille dEylau qui avait été pour
aux d'encouragement.
a Gloire, et, en 1808, pour Gros l’occasion d’un nouveau triomphe.
Enfin un des principaux griefs de la Classe des beaux-arts était le peu de cas que
David faisait de l’enseignement qu'elle donnait dans ses écoles spéciales. Il s'était toujours opposé à ces institutions qu'il considérait comme imprimant une direction funeste aux
études, fussent-elles régies par l’Académie royale de Peinture ou par l'Institut national. Il les
repoussait de toutes ses forces, voulant laisser à chaque individu le droit de fonder une école
et à chaque élève celui de choisir son maître. Aus
i, ses principes étaient si bien connus ue, lorsqu'on présenta, le 19 pluviôse an X, un rapport au ministre de l'Intérieur ? q ,
pour la réorganisation de l’École des Beaux-Arts, on le terminait par ces mots
: « Le Ministre remarquera que si l’on n’a point mis David au nombre des commissaires, c’est qu'il s'est prononcé publiquement contre l’École où Académie de peinture ; il pense que les écoles des
beaux-arts sont inutiles, que son atelier est la meilleure école, » Il disait, en effet, de
l'École spéciale de Peinture où, comme dans l'Académie, l’enseignement était confié à douze professeurs qui se renouvelaient chaque mois, que les élèves s’y trouvaient comme « un aveugle conduit par douze chiens ».
Les sentiments, peu bienveillants de la quatrième classe de lInstitut, s'étaient ouvertement montrés quand, le 4 janvier 1806, il fut ballotté et vaincu par Pajou, pour les
fonctions de vice-président. À partir de ce moment il cessa d'assister aux séances ordinaires,
ne se rendant à l'Institut que quand il s'agissait des concours de peinture et de sculpture, ou de quelque nomination.
Un an après la lecture du rapport de Lebreton, et quelques mois après le nouveau triomphe de David au Salon de 1808 et la réparation éclatante que lui avait donnée l'Empereur de l'injustice de ses collègues, Vien, son excellent maitre, mourut.
Le patriarche de la peinture s'éteignit le 27 mars 1809, à l’âge de quatre-vingt-treize ans; sa femme l'avait précédé de quelques années seulement dans la tombe.
Ce vénérable vieillard ne partageait pas, contre David, les préventions de ses collègues. Dans sa modestie, il s’attribuait le véritable rôle qu'il avait joué dans la restauration des arts, et disait : « J'ai entr’ouvert la porte, David l’a poussée. »
Dans sa longue carrière, malgré les hautes positions qu'il avait occupées, il n'éveilla jamais la jalousie de ses confrères. IL mourut au milieu de l'affliction de tous ceux qui l'avaient connu et emportant des regrets universels.
Comme sénateur, il fut déposé dans les caveaux du Panthéon, alors église Sainte-Geneviève. David, le plus illustre de ses élèves, aurait voulu lui adresser un dernier adieu ; mais Sainte-Geneviève étant un édifice consacré au culte, un ecclésiastique seul pouvait s’y faire entendre.
Le discours que David avait préparé fut inséré dans les journaux. Il peint bien la vive
douleur qu'il avait ressentie en perdant son vieil ami. La politique avait pu quelquefois les jeter dans des camps opposés, mais l'affection avait survécu à ces épreuves.
« Les arts, aurait dit David, viennent de faire une perte bien douloureuse; l'heure que nous redoutions tous à sonné : Vien n’est plus! Notre père a cessé de vivre. Eh! quel nom, Messieurs, convient mieux à celui qui guida nos premiers pas dans la carrière pénible des arts? Qui de nous, ayant eu le bonheur de recevoir ses précieuses leçons, n'aura pas
sans cesse présentes à la mémoire la bonté paternelle avec laquelle il souriait à nos premiers
s; la patience avec laquelle il attendait du temps ce que notre faible intelligence nous
empêchait alors d'apercevoir; la ferveur qu'il mettait à nous fortifier, quand, une fois
engagés dans ce labyrinthe des difficultés, notre courage commençait à vaciller, lors-
ess
qu'enfin, absorbés sous le poids d’un travail opiniâtre et infructueux, notre persévérance éteinte nous faisait abandonner le pinceau ? C’est alors, c'est à ce moment, Messieurs, qu’il était vraiment admirable : oubliant ses propres ouvrages, il ne s'occupait plus que de son élève égaré; le triomphe du disciple faisait lorgueil du maitre, qui ne connut jamais d'autre orgueil.
» Douceur inaltérable ! Sages préceptes! Vous êtes toujours présents à mes yeux. Je
vous répète sans cesse à mes nombreux enfants adoptifs. Je leur dis chaque jour : « Vous