‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 178 sur 328 · DEUXIÈME DÉCRET SUR LES PRIX DÉCENNAUX · texte numérisé non relu

DEUXIÈME DÉCRET SUR LES PRIX DÉCENNAUX

» IT. — Les grands prix de première classe seront donnés

» 13° A l’auteur du meilleur tableau d'histoire; » 149 À l’auteur du meilleur tableau représentant un sujet honorable

pour le caractère national ;

» 15° A l’auteur du meilleur ouvrage de sculpture, sujet héroïque : » 16° À l’auteur du meilleur ouvrage de sculpture, dont le sujet se

ra puisé dans les faits mémorables de l'histoire de France;

» 17° A l’auteur du plus beau monument d'architecture. »

Le jugement des ouvrages était modifié par le Titre II du décret pour répondre aux

idées exposées dans le préambule sur la publicité et l'autorité à donner au jugement.

TITRE II Du jugement des ouvrages.

€ V. — Conformément à l’article 7 du décret

du 24 fructidor an XII, les ouvrages

seront examinés par un jury composé des présidents et des secrétaires perpétuels de chacune des quatre classes de l'Institut. Le rapport du jury, ainsi que le procès-verbal des séances et de ses discussions, seront remis à notre ministre de l'Intérieur dans les six mois qui suivront la clôture du concours

» VI. — Le jury du présent concours pourra revoir son travail jusqu'au 15 { prochain, afin d'y ajouter tout ce qui peut être relatif venons d’instituer.

février aux nouveaux prix que nous

» VIL. — Le ministre de l'Intérieur, dans les quinze jours qui suivront la remise

qui lui aura été faite du rapport du jury, adressera à chacune des quatre classes de l'Institut la portion de ce rapport et du procès-verbal relatif au genre de travaux de la classe.

» VII. — Chaque classe fera une critique raisonnée des ouvr.

ages qui ont balancé les suffrages, de ceux qui ont été Jugés par le jury

dignes d'approcher des prix, et qui ont reçu une mention spécialement honorable.

» Cette critique sera plus développée pour les ouvrages jugés dignes du prix; elle entrera dans l'examen de leurs beautés et de leurs défauts, discutera les fautes contre les

règles de la langue ou de l’art, ou les innovations heureuses; elle ne négligera aucun des

détails propres à faire connaître les exemples à suivre et les fautes à éviter. » IX. — Ces critiques seront rendues publiques par la voie de l'impression.

» Les travaux de chaque classe seront remis par son président au ministre de l'Inté-

rieur dans les quatre mois qui suivront la communication faite à l'Institut.

» X. — Notre ministre de l'Intérieur nous soumettra dans le cours du mois d'août

suivant un rapport qui nous fera connaître le résultat des discussions. » XI. — Un décret impérial décerne les prix. »

Le Titre III du décret était consacré à la distribution des prix, dont la date était fixée

au 9 novembre 1810. Elle devait être faite de la main de l'Empereur, en présence de tous les corps de l'État assemblés aux Tuileries.

David se mit en mesure de profiter des dispositions de ce nouveau décret.

Les Sabines lui permettaient de concourir au prix pour les tableaux d'histoire. Le 20 décembre 1809, il adressa aux membres du jury le billet suivant, pour les informer de

sa résolution.

« Messieurs mes collègues, d'après le décret de Sa Majesté l'Empereur, en date du 28 novembre 1809, qui donne plus d'extension pour le concours des prix décennaux, vous voudrez bien, messieurs mes collègues, m'inscrire au nombre des concurrents pour le prix du tableau d'histoire ancienne. Celui que j'ai l'honneur de vous proposer est mon tableau des Subines, exposé aux yeux du public au Salon de l'année 1808.

» Agréez, etc. »

Le travail, nous pourrions dire préparatoire des prix à accorder, avaitété, conformément aux prescriptions du décret, confié à un jury formé par les présidents et les secrétaires des classes de l'Institut.

Les ouvrages les plus importants soumis à leur examen étaient :

Les Sabines, de David.

Télémaque pressé par Mentor de quitter l'ile de Calypso, de Meynier.

Les Maïheurs de la famille de Priam, de Garnier.

Une scène de déluge, de Girodet.

Atala au tombeau, du mème.

La Justiceet la Vengeance divine poursuivant le Crime, de Prud'hon.

Marcus Sextus, de Guérin.

Phèdreet Hippolyte, du mème.

Les Remords d'Oreste, de Hennequin.

Les Trois Ages, de Gérard.

Après avoir analysé ces différents ouvrages et balancé leurs mérites respectifs, le jury décerna le prix à Girodet pour la Sexe de déluge, et désigna les Sabines, de David, la Phèdre, de Guérin, la Justice, de Prud'hon, et le Zélémaque, de Meynier, comme les œuvres méritant les mentions les plus honorables.

Le jury s’exprimait ainsi dans son appréciation sur ces différents ouvrages :

« Il n’est pas aisé de définir avec précision ce qui constitue un tableau d'histoire, et ce

qui le distingue essentiellement de ce qu’on appelle tableau de genre; il peut y avoir des cas où les limites de ces deux branches de l’art paraîtraient se confondre : mais ici la solution rigoureuse de cette difficulté n'est pas indispensable. Parmi les tableaux qui peuvent ètre admis au Concours, il en est qui ont incontestablement les caractères propres à la classe d'histoire. La fonction du jury se borne à examiner quel est celui qui, à ces caractères particuliers, réunit au plus haut degré les divers genres de beautés qui sont

propres à tous les genres de peinture.

» Ge qui caractérise éminemment la peinture d'histoire, c'est le choix d'un sujet, soit historique ou d'invention, soit fabuleux ou allégorique, qui offre au peintre une action noble ou intéressante, des caractères et des passions à exprimer; c'est encore ce grandiose dans l'exécution, ce grand goût de dessin qui constitue le style héroïque, et surtout le beau idéal, dont le modèle, n’existant point dans la nature, est une création de l'artiste, mais qui n’est que la nature même conçue dans sa plus grande perfection.

» Les ouvrages de peinture sont considérés sous les rapports de l'invention et de le choix, lorsqu'il est pris dans l’histoire ou la fable, et qui le conçoit relativement aux conve-

l'exécution. Dans l'invention, on comprend : 1° la pensée qui crée un sujet ou en dirige

nances de l’art; 2° la composition pittoresque, qui présente les développements de cette première pensée. Cette seconde partie de l'invention embrasse la « isposition générale des scènes, le choix de l'effet, l’arrangement particulier des groupes de figures et de tous les objets accessoires.

‘ : » La réunion de ces différentes parties ne forme encore que le plan de l'ouvrage ; il faut que le mérite de l'exécution réponde à celui de l'invention, et l'exécution demande la science

du dessin, la vérité et la richesse du coloris, l'observation des lois de la perspective, un bon

goût de style dans les draperies, et de l'harmonie dans l'effet général : telles sont les différentes qualités dont la réunion composerait un ouvrage parfait. Il serait déraisonnable, sans doute, de s’attendre à trouver dans les ouvrages soumis à l'examen du jury cette perfection complète dont on ne connaît aucun exemple: il suffit que quelques-unes des parties les plus éminentes de l’art se trouvent, dans un tableau, portées à un grand degré de supériorité, pour que l'ouvrage mérite des éloges, et que l’auteur prenne sa place parmi les grands artistes. Ce n'est point par les défauts, c’est par le nombre et le genre des beautés, qu’il convient d'apprécier les productions du génie.

» C'est d'après ces idées générales que le jury va examiner les tableaux d'histoire qui lui ont paru dignes d'entrer dans cet honorable concours.

» Le plus ancien des ouvrages qui ont paru dans l’époque prescrite, est le tableau de M. DAV, représentant le Combat des Sabins et des Romains, tnlerrompu par les Sabines, tableau qui fut exposé aux regards du public dans le mois de nivôse de l'an VIII. Le nom déjà célèbre de son auteur, la grandeur de la composition, le mérite distingué de l'ouvrage, concoururent à donner un éclat particulier à cette exposition.

» Le tableau est trop généralement connu pour qu'il soit nécessaire d’en faire une analyse détaillée. Le sujet est du nombre de ceux qu'on peut appeler sujets libres, c'est-à-dire dont l'invention poétique et la composition pittoresque sont entièrement à la disposition de l’artiste. Sous ces deux rapports, on à accusé l'ouvrage de manquer d'originalité ; on a prétendu que l'idée première en était copiée d’une pierre antique, connue sous le nom de Médaillon du roi, et décrite dans les antiquités de Montfaucon ; on à même cité un ancien tableau flamand qui avait évidemment pour type cette même pierre antique. Le jury ne doit pas discuter cette imputation, mais quand même là pierre antique et le tableau flamand auraient suggéré à M. David l'idée de la disposition

énérale de son tableau, il porte un caractère si particulier de grandeur et de hardiesse, g! I s ;

ne a

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qu'il serait difficile de lui contester la propriété d'une composition où il a répandu tant de beautés.

» On se rappelle que M. David a représenté les principaux personnages de son tableau entièrement nus; cette hardiesse a choqué beaucoup de spectateurs et a donné lieu à des discussions très animées. M. David a cru devoir justifier la liberté qu'il a prise, dans une notice explicative de son tableau. Il s’autorise de l'exemple des sculpteurs antiques; mais est-il bien certain que ce qui est permis à un art, dans les productions duquel la substance matérielle de l'ouvrage, frappant toujours les yeux, prévient toute illusion, convienne

également à la peinture, où les objets qui peuvent blesser la décence,

e présentant avec les formes et les couleurs de la nature, peuvent offrir un degré de vérité intolérable ? M. David ne paraît pas devoir convaincre davantage par le second argument qu'il emploie pour justifier le parti qu'il a pris; il allègue qu'il lui eût été plus aisé de revêtir ses personnages de draperies et d’armures que de les peindre nus; il ajoute : « Qui peut le PLUS peut le MOINS ; » mais, dans les arts d'imitation, la première loi est de ne pas blesser la vérité et les convenances, et ce n’est pas Le plus, mais le eux qu'il faut chercher. On ne peut s’empècher de trouver étrange que l'artiste ait donné des vêtements aux Romains et

aux Sabins, à l'exception de leurs deux chefs, qu'il pari

it cependant plus convenable de représenter vêtus et complètement armés, parce que leur conservation élait du plus grand prix pour les deux peuples.

» Le caractère général du dessin dans le tableau de M. David a de la grandeur et de la pureté : le dessin de la figure de Romulus est noble et ferme; mais celui de Zatius a plus de pesanteur que de force, et la figure est placée sur ses jambes, plutôt comme un danseur de théâtre que comme un guerrier.

» On peut reprocher encore à ce lableau de la confusion dans les plans, un ton de

couleur faible et monotone, et en général, un défaut de vigueur et d'harmonie; mais,

quoiqu'on n'y reconnaisse pas assez le pinceau ferme et brillant qui distingue d’autres productions de M. David, le grand nombre des beautés du premier ordre qui se remarquent dans celle-ci font reconnaitre la main du grand artiste. »

Le rapport s'exprime ainsi sur le tableau de Girodet auquel le jury attribue le premier prix.

« Une Scène de déluge, par M. GIRODET.

» La pensée poétique et la composition pittoresque de ce tableau sont entièrement de l'invention du peintre. On a blämé l'artiste d'avoir placé une bourse dans la main du vicillard, pour caractériser, par ce petit accessoire, la prévoyance excessive et mème

l'avarice dont la vieillesse est susceptible : cette idée a paru trop recherchée et peu digne

d'une scène auss

imposante.

» Il y a de la crudité dans plusieurs parties du tableau, et principalement dans quelques draperies : les eaux sont trop transparentes ; dans un événement semblable, elles doivent être salies par la quantité de terre, de sable et d’autres corps qu'elles ont dû entrainer

dans la violence de leur cours.

RAPPORT DU JURY ET DE LA COMMISSION 463 » C'est à peu près à ces observations que paraissent pouvoir se réduire les plus sévères critiques de cet ouvrage, surtout en le considérant, non comme la r universel, mais seulement comme une Ste de déluge, et c'est présenté.

eprésentation du déluge

sous ce titre que l’auteur l'a

» Mais l'énergie et la sensibilité que M. (

Girodet a déployées dans sa composition méritent les plus grands 6

oges. Cette scène, si touchante et si terrible, en offrant à nos regards ce que la crainte et le danger extrème ont de plus effrayant, ne pré

sente que des mouvements nobles, et ce c

ue la belle nature nue offre de plus pur. La réunion des différents âges et des sexes différents ajoute encore à la beauté du tableau, par d'heure oppositions rendues avec autant de grâce que de force, et qui décèlent dans 1 connaissance approfondie «

uses ’artiste une e la nature et de ce qui constitue le beau. Le pinceau de M. Girodet, toujours précieux, est, dans ce tableau, aussi vigoureux que brillant. La couleur et l'effet y sont également portés à un très haut degré. Enfin, on peut r ouvrage comme un des plus beaux de notre école,

egarder cet sous le rapport de l'expression, de la science du dessin et sous celui de l'exécution. »

Le tableau de Phèdre et ITippolyte, de Guérin, était ainsi apprécié :

« Ge tableau se distingua entre tous ceux qui furent exposés au Salon de l'an X. Le

succès général et mérité qu'avait obtenu précédemment le tableau de

Marcus Sextus, par le même arliste,

très jeune encore, avait fait concevoir les plus grandes espérances d'un talent qui débutait par un si bel ouvrage. Le tableau de Phèdre et Hippolyte

a justifié, en partie, ces espérances.

» La Phedre de Racine à fourni à M. Guérin le sujet de cette nouvelle production.

» Le poète nous représente 2Aèdre plus faible que coupable : il évite, avec un art infini, tout ce qui peut jeter de l’odieux sur ce personnage principal. Ce n’est guère que d’une manière vague que ?/èdre accuse Iippolyte, et encore n’ose-t-elle le faire qu'en fuyant. Elle dit à Zhésce :

Re A RS ve La fortune jalouse

» N'a pas, en votre absence, épargné votre époux ;

» Indigne de vous plaire et de vous approcher,

» Je ne dois désormais songer qu'à me cacher, »

» Dans la scène tracée par M. Guérin, et qui suppose une assez longue durée, 2hèdre à la force de soutenir la présence d'Zippolyte et d'entendre les reproches que Zhésée

à son fils.

adresse

» D’après ce simple exposé, il est facile de juger jusqu'à quel point le pe rapproché ou éloigné de son modèle.

intre s’est

» La figure d'Æippolyte à paru d’un caractère de dessin faible ; ce jeune aux exercices violents, ce ch

héros, habitué sseur intrépide, n'offre cependant, dans les contour corps et de ses membres, aucune apparence de force. On eût désir

s de son

é que la grâce y fut accompagnée de la fermeté qui convient à ce fils de l’Amazone que Phèdre trouve jier, el même un peu farouche.

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et

de beauté. Les contours des jambes et du bras droit de Thésée sont incertains ; la figure

» La figure de Phèdre manque de grâce, et sa physionomie est privée de noble

d'Œnone n'est pas bien ajustée, et l’on désirerait plus d'énergie dans l'exécution. »

L'analyse du tableau de Prud'hon, Za Justice et la Vengeance divine poursuivant le crime, était ainsi conçue :

« Ce sujet allégorique est traité par le peintre avec une énergie dont il ya peu d'exemples. L'originalité qui caractérise cet ouvrage ne peut être appréciée qu'en présence du tableau même, dont l'effet est imposant. La richesse de la couleur et la force du ton y sont portées à un degré très élevé ; le pinceau s’y montre précieux el facile; enfin, il règne dans cet ouvrage un accent soutenu d'inspiration et de chaleur fort rare, mème parmi les très habiles peintres. Nous devons cependant lui faire quelques reproches dont les principaux sont que le dessin du tableau a de l’incorrection, que les figures de la Justice el de la Vengeance divine sont lourdes, que celle du criminel manque de vigueur et du genre de noblesse dont elle était susceptible. »

Pour terminer la critique des tableaux qui avaient obtenu des encouragements du jury, celui de Meynier, Zélémaque pressé par Mentor de quitter l'ile de Calypso, donnait lieu aux remarques suivantes :

« Ce tableau est rempli de charme; M. Meynier semble s'être pénétré de l'esprit de Lénelon.

» La composition est riche sans confusion, et la couleur brillante sans exagération. L'effet pittoresque est vrai, le dessin pur; en général, quoiqu'on puisse, à cet égard, lui faire quelques reproches dans les détails, le style est noble et gracieux, le pinceau délicat et animé. Le fond est un paysage fait avec un tel art, que parfaitement beau, considéré en lui-même, il ajoute encore à l'éclat des figures principales.

» Cette composition n’est pas distinguée par la grandeur du caractère, ce qui tient peut-être à la nature du sujet. Mentor n'a pas la noblesse qui convient à la divinité cachée sous les traits de ce vieillard, et, en général, l'ouvrage manque un peu de chaleur. Malgré ces remarques, c’est un des tableaux admis au concours qui offrent le moins de taches, avec beaucoup de beautés réelles et d’un genre très distingué. On doit observer aussi que ce tableau n’est que de proportion demi-nature. »

Le jury terminait son rapport en donnant $

s appréciations sur les tableaux de Garnier, d'Hennequin et de Gérard.

La seconde partie du rapport était consacrée aux tableaux représentant un sujet honorable pour le caractère national.

Treize ouvrages avaient été retenus par le jury. C’étaient :

1° Allocution, par Gautherot ;

20 Z’ Empereur entouré de son élat-major, arrélant son cheval et mettant la main à son chapeau àla vue de plusieurs Autrichiens blessés, par Debret;

30 L'Empereur pardonnant aux révoltés du Caire sur la place d’'ET-Kébir, par Guérin ;

1° Plafond au Sénat, pax Berthelemy ;

30 Zriomphe de Napoléon au temple de l'Immnortalité, par Regnault ;

6° Z’Æmpereur recevant les clefs de la ville de Vienne, en Autriche, par Girodet :

T° L'Empereur donnant ses ordres aux maréchaux de l'Empire, le matin de la bataille d’Austerlitz, par G. Vernet ;

8° Zes soldats du 76° de ligne retrouvant leurs drapeaux dans l'arsenal d'Inspruch, et les recevant des mains de leur général, le maréchal d'Empire Ney, par Meynier ;

9° Peste de Jaffa, par Gros;

10° Bataille d'Aboukir, pax Gros ;

11° Z’Æmpereur visitant le champ de bataille d'Eylau, le lendemain de sa victoire, par Gros ;

12° Passage du mont Saint-Bernard par l'armée française, sous la conduite de Sa Majesté l Enpereur, par Thévenin ;

3 Le tableau du Sucre, par David.

De ces treize tableaux le jury en désignait trois comme dignes d'aspirer au prix.

Le Zubleau du Sucre, par M. David; celui de /& Peste de Jafa, par M. Gros, et le

Passage du mont Saint-Bernard, par M. Thévenin. « Leurs mérites respectif

S ayant été discutés, ajoutait le rapport, le jury présente à Votre Majesté le tableau du Sucre comme le plus

digne du prix. Il croit en même temps que ceux de MM. Gros et Thévenin méritent une

distinction particulière, et que ceux de MM. Meynier, Vernet et Girodet sont digne d'une mention honorable. »

S aussi

Le jury s’exprimait ainsi sur les tableaux de Gros, de Thévenin et de David.

« Le tableau de la Peste de Jaffa, celui de la Bataille d'Aboukir, et celui où l'Empe est représenté visitant le champ de bataille d'Eylau le lendemain de sa victoire, sont trois grandes compositions que M. Gros à fait paraître à trois expositions succe prouvent la facilité et la fécondité autant que la vigueur de son tale

reur

sives, et qui nt : la hardiesse, la fougue et l'éclat caractérisent son pinceau; sa couleur est riche, mais n’est pas toujours vraie ; son dessin est animé sans être toujours correct; mais de ce

t ensemble résultent des effets puissants.

» On reconnaît les mêmes beautés et les mêmes défauts dans les trois

tableaux que l’on vient de désigner ; mais celui qui représente l'Zmpereur (

alors général en chef de l'armée d'Égyple) consolant les pestiférés à Jafa, a paru l'emporter de beaucoup autres, et par la nature du sujet, et par la supériorité de talent que l’ Il s’y esi moins abandonné à la fougue extraordin bl

sur les deux auteur y a déployée.

aire de son exécution. Cependant on e essé de la confusion qui règne dans les plans, comme dans le mouvement de be

st

aucoup de figures dont on à peine à suivre les contours ; et d’ailleurs la teinte générale de 1

a couleur est d’un jaune trop marqué.

» En résultat, ce tableau es remarquable par l'harmonie qui règne d

ans l’ensemble, par la fermeté du pinceau, par l'entente extraordinaire du clair-obscur,

et par des accessoires traités avec beaucoup de vérité. Mais ce qui a plus particulièrement fixé l'attention. » et l'expression de son ainsi que celle des personnages dont il est entouré, comme celle du pestiféré qu'il touche et auquel il semble rendre le courage et l'espoir.

c'est la vérité et la simplicité noble du mouvement de l'Empereur visage

» Passage du mont Saint-Bernard par l'armée française sous la conduite de 1. 1. l'Empereur (alors premier Consul), par Thévenin.

» La composition de ce tableau est ordonnée avec sagesse, sans froideur ; la vérité du site et la netteté des plans, multipliés par la nature mème des lieux, y sont admirablement observées. Les différents mouvements des groupes de soldats occupés au transport de l'artillerie, la vérité des détails de tant d'objets variés, la marche si bien indiquée des troupes, plus ou moins ralentie selon les différents obstacles qu'elles ont à surmonter, tout

ce qui peut caractériser les lieux, les travaux militaires, et même les pieux usages des

solitaires du mont Saint-Bernard, et donner une idée précise du but de tous ces mouvements ordonnés par Sa Majesté, qui, placée au centre de cette immense scène, l'anime par sa présence, tout attache à cet imposant spectacle : mais on pourrait désirer dans le tableau plus d'abandon, une couleur plus riche et un füire plus varié.

» Le tableau du Saere, par M. DaAvip, représente un des événements les plus mémorables de notre histoire, et, sous ce point de vue, il remplit une des principales conditions exigées par les termes du décret. Le nom de l’auteur avait suffi pour attirer l'attention du public sur cette grande composition; les beautés supérieures de l'exécution ont justifié cet empressement; cependant ces beautés sont mêlées de défauts : on à

remarqué que le tableau n'offre pas une scène assez étendue pour donner l’idée de cette

grande et auguste cérémonie qui eut lieu dans un local immense, et à laquelle sta une foule innombrable.

» Cette composition manque en général d'harmonie ; à l'exception du groupe dont l'Empereur est l’objet principal, le reste du tableau tend généralement à un ton grisâtre, surtout dans les objets du second et des derniers plans. Les beautés sont du premier ordre. La grande partie du tableau où l'Empereur est représenté couronnant l'Impératrice, est admirablement composée. Le groupe des différents personnages placés près de l'autel, la vérité de leurs mouvements variés selon leur importance dans la scène, la beauté des têtes, la vie qui paraît les animer, et la vérité que le peintre a répandue dans leurs caractères ; la grande saillie des objets, la force générale du ton de cette partie du tableau, et la manière ferme et puissante dont elle est exécutée : tant de beautés réunies placent une telle composition sur la première ligne des excellentes productions de notre école, pendant les dix années qui viennent de s'écouler. »

Ce travail du jury fut, conformément aux prescriptions du second décret de 1809,

envoyé au ministre de l'Intérieur. Montalivet, qui remplissait alors ces fonctions, invita, le 30 juin 1810, la Classe des beaux-arts à faire une critique raisonnée des ouvrages qui avaient balancé les suffrages pour les prix décennaux, ainsi que de ceux qui avaient été jugés dignes par le jury d'approcher des prix et qui avaient reçu une mention spécialement honorable.

Une Commission fut nommée par la Classe des beaux-arts, pour l'examen du travail

du jury qui était déjà livré à la publicité. Elle se composait d'un représentant de chacune

des sections comprises dans la quatrième Classe : Ménageot, Cartellier, Peyre, Duvivier et

Gossec avaient réuni les suffrages de leurs collègues.

Cette Commission, un mois aprè

8, présentait son projet de révision. Elle s’exprimait ainsi :

€ La Commission nommée par la Classe des beaux-arts de l'Institut, pour proposer

des observations sur le rapport du jury institué par Sa Majesté l'Empereur et Roi pour le

jugement des prix décennaux, après en avoir fait l'examen le plus scrupuleux, à trouvé

que dans ce travail le jury a répondu, dans tous les

points, aux dispositions dudit décret de Sa Majesté.

» Dans cette importante commission, aussi délicate que difficile, le jury ne pouvait

mieux faire que de prendre pour base de son travail le sentiment général, de le rendre en

quelque sorte l'organe de l'opinion éclairée sur les différents ouvrages de ce concours, qui

avaient déjà paru aux expositions solennelles qui en ont été faites ; et c’est particulièrement

cette justesse d'opinion que nous avons remarquée dans l'analyse et le jugement du jury.

» Le désir de répondre aux dispositions du décret, et le zèle à remplir les intentions de

Sa Majesté l'Empereur, pouvaient seuls aplanir les difficultés s

ans nombre que le jury a dû rencontrer dans cette délicate et importante comm

ission, où tant d'artistes du premier ordre, tant d'hommes d’une réputation méritée par les

plus brillants succès, présentaient souvent une balance de talents si difficiles à fixer. C

: ne peut être que par un travail courageux et le concours des plus mûres réflexions, que les membres du jury sont parvenus à remplir une pareille tâche, qu'il était permis de reg

arder d'abord comme impossible.

Nous ne donnerons du travail de la Commission que la partie qui concerne le Déluge,

né le prix, et les observations sur les Sabines, le Couronnement, de David, et la Peste de Jaffa, de Gros.

de Girodet, auquel on sait que le jury avait décer

«Dans l'analyse du tableau du Déluge, par M. Grroper, dit la Commission, le jury nous

paraît avoir donné une juste idée de ce beau tableau, pour

lequel il propose le Prix de Peinture d'Histoire de première Classe : un grand carac

tère, une étude savante et une grande correction de dessin, une pensée neuve, des expressions vives et énergiques, l'exécution la plus savante, et en même temps la plus soignée, rendent ce

tableau une des plus belles productions de l’école française.

» Au petit nombre d'observations critiques sur ce table

au, le jury aurait peut-être pu ajouter que l'enfant qui se tient

aux cheveux de sa mère est d’une expression un peu exa-—

gérée, et manque de la grâce enfantine, qui aurait jeté encore plus d'intérêt dans cette scène pathétique ; et que l'on aurait désiré auss

moins de mouvement dans les draperies volantes, car elles ne peuvent guère se soutenir en l'air ét. très pesantes.

ant imbibées par l'eau qui doit les rendre » Mais ces observations de détail n'attaquent en rien le mérite essentiel de ce tableau,

tous ceux qui connaissent et les beautés du premier ordre et les grandes difficultés de l'art.

qui a été également admiré à la dernière exposition par

» … La Commission partage donc l'opinion du jury, en faveur du tableau de M. Girodet, proposé pour le prix.

» Le tableau des Sabines, par M. DAVID, auquel le jury a donné la men

tion la plus honorable, a dû lixer toute son attention ; car c’est avec celui du Dé

ableau d'histoire

luge, le

LE à 22 Ag Ve 7 À D

qui nous paraît, dans tout le concours, réunir au degré le plus éminent les différentes

parties qui constituent principalement les ouvrages du genre le plus élevé en peinture.

» La Commission a trouvé que, dans l'examen et le compte rendu de ce tableau, le jury

aurait pu donner plus d'extension aux éloges qu'à la critique, en considérant que, dans ce

bel ouvrage, la somme des beautés à admirer l'emporte de beaucoup sur ce qu’il peut laisser à désirer.

» Ces beautés de premier ordre sont : une correction de dessin admirable, des expressions vraies et animées sans exagération, un faire savant et décidé, qui exprime toujours le sentiment d'une profonde connaissance de l’art : sous ce rapport, c'est aussi une des plus belles productions de l'école française. On aurait pu parler de la noblesse d'Æersilie, de la grâce naïve des enfants qui sont d'un choix et d'une vérité admirables.

» Nous ne partageons pas l'opinion énoncée sur l'attitude de la figure de Zatius, dont le mouvement nous paraît exprimer le mouvement de l'action. L'auteur a donné moins de noblesse à cette figure qu'à celle de Romulus, pour mieux faire sentir, par cette différence, que ce dernier était fils d’un dieu.

» On pourrait encore ajouter aux éloges mérités du tableau de M. David, qu'il offre ce qu'on trouve bien rarement réuni : le beau idéal de l'antique à la vérité de la nature. Cependant, la Commission partage l'opinion du jury et désire que ce tableau soit mentionné de la manière la plus distinguée. »

de la Commission :

Quant aux prix sur les sujets nationaux, voici l'avis

« En donnant le prix au tableau du Sacre, par M. Davip, le jury nous paraît avoir recueilli et exprimé le sentiment général du publie, manifesté d’une manière si prononcée aux deux expositions qui ont été faites de ce grand et bel ouvrage couronné d'un succès si brillant. Le sujet s'explique d’une manière positive, la composition est noble et grande; l'ensemble de ce tableau, qui offre les plus belles lignes, les détails les mieux sentis, joints à l'expression et à l'exécution la plus savante, cache en même temps, avec un art admirable, toutes les difficultés et les entraves qui accompagnent toujours les sujets de ce genre.

» Dans les observations critiques sur ce tableau, le jury a trouvé que sa composition ne donnait pas l'idée d'une scène assez étendue. Nous croyons que c'est plutôt à la dimension du tableau qu'il faut s'en prendre qu'à l'artiste; car, quelque grande que soit cette dimension, elle sera toujours insuffisante pour représenter un espace aussi vaste, et cette prodigieuse quantité de spectateurs ; obligé de faire ses figures de grande proportion dans ce majestueux sujet, M. David à dû choisir et se fixer au point principal où se passait cette auguste cérémonie, et porter tous les regards, toutes les attentions sur Sa Majesté l’'Empereur et la famille royale; il a parfaitement rempli cette condition; la figure de l'Empereur attire d'abord tous les regards, qui sont ensuite successivement portés sur les principaux personnages de cette importante assemblée. »

Comme le jury, la Commission accordait la première des mentions honorables à la Pesie de Jaffa, de Gros.

« Le tableau de la Peste de Jaffa, disait-elle, est sans doute un de ceux qui pouvaient

le plus prétendre au prix. Le jury a parfaitement rendu compte des beautés de cet ouvrage,

où l’on remarque une magnifique composition, un coloris chaud et brillant commandé par

le climat du pays où se passe cette noble et intéressante action; des expressions vives et vraies, une touche facile et savante, une hardiesse d'exécution admirable, placent ce tableau au rang des plus beaux ouvrages qu'on ait admirés aux expositions, et met M. Gros sur la ligne des meilleurs peintres de notre école. On lui reproche quelques fautes de correction dans le dessin ; elles sont peut-être l'effet d’une exécution trop prompte et trop facile, et de la fougue de son génie. Ma

M. Gros, connu par tant d’autres beaux ouvrages, qui tous attestent le talent le plus distingué, et un peintre vraiment coloriste, mérite à juste titre la mention honorable qui lui est décernée. »

Le reste du rapport était consacré à l'examen des tableaux que nous avons cités.

Le 4 août, Cartellier fit une seconde lecture du travail de la Commission, à la Classe des

beaux-arts. Les membres présents étaient au nombre de vingt-deux; David n'assistait pas

à la séance. Après la discussion séparée de chaque article, on procéda au vote. Le premier article, relatif au tableau du Déluge, par M. Girodet, proposé dans le rapport du jury pour le prix de peinture, fut adopté au scrutin secret, à la majorité de 18 voix contre 4. L'article concernant les tableaux proposés pour les mentions par le jury fut également adopté pour le tableau des Sabines, à la majorité de 13 voix contre 9; pour la Phèdre, de Guérin, par 21 voix; pour le Prud’hon, 21 voix; pour le tableau de Télémaque, de Meynier, 22 voix, et enfin 21 suffrages pour le tableau des Zrois Ages, de Gérard, ajouté par la commission aux mentions honorables accordées par le jury.

Après ce vote, la Classe des beaux-arts passa à la lecture et à la discussion du rapport du jury et de la Commission, sur les tableaux dont le sujet était un trait honorable pour le caractère national. On procéda ensuite au vote. Le tableau du Sucre, de David, proposé par le jury pour le prix, fut adopté à la majorité de 20 voix. Les décisions sur les tableaux proposés pour les mentions honorables sont adoptées dans l’ordre suivant : la Peste de Jaffa, de Gros, 20 voix ; le Suint-Bernard, de Thevenin, 16 contre 4; le tableau de l’Arsenal d'Inspruck, de Meynier, 17 contre 3 ; le Matin d'Austerlitz, de Vernet, 18 contre 1; et la Æeddition de Vienne, par Girodet, par 20 voix.

L’attention du public s'était portée sur ce concours tenu entre les sommités des arts. Dès le mois de juillet 1810, on s'était élevé contre les jugements prononcés par le jury et on en rendait l’Institut responsable. Le Journal de l'Empire présenta une défense de cette société, en rappelant que si ses présidents et ses secrétaires formaient le jury, ils s'étaient considérés comme suffisamment éclairés pour se décider sans consulter leurs Classes respectives. On avait été choqué de voir des hommes distingués, il est vrai, chacun dans leur genre, se prononcer sur des ouvrages dont l’ensemble embrassait les sciences, les lettres et les arts. Au

Si, à propos de leurs rapports, mettait-on le couplet suivant dans la bouche d'un des jurés :

Prétendant au prix décennal Les écoliers avec leur maître, Devant l’auguste tribunal,

À la file vont comparaître.

XT0 CHAPITRE VII

Ce cas, messieurs, n’est pas commun, Tout est soumis à nos suffrages, Et sans en avoir fait aucun,

Nous jugeons tous les bons ouvrages.

était pour détruire cette objection et rendre les concurrents à leurs juges naturels que, par son second décret, l'Empereur avait appelé les classes de l’Institut à réviser les jugements du jury. Il fut sans doute mécontent du vote émis par la Classe des beaux-arts, et pour en contrôler la sincérité, il résolut de consulter l'opinion publique. Il ordonna que les tableaux ayant concouru pour les prix décennaux seraient exposés au Louvre.

David ne pouvait qu’applaudir à cet appel à l’opinion publique qui infirmerait peut-ètre le jugement porté par ses collègues ; il informa immédiatement Denon, qu'il tenait à sa disposition le Sucre et les Sabines.

« 13 août 1810.

» Monsieur le Directeur général,

» J'ai recu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en date du 75 août, dans laquelle vous m'annoncez que Sa Majesté l'Empereur a ordonné de mettre sous les yeux du public les ouvrages d'art cités dans le rapport sur les prix décennaux. Je reconnais bien dans cet ordre le génie et l'esprit de justice qui préside à toutes les opérations de Sa Majesté.

» Je suis tout prêt, Monsieur le Directeur général. Ayez la bonté de m'envoyer vos hommes au moment que vous le croirez convenable, et je leur remettrai aussitôt les tableaux des Subines et du Sacre.

» Agréez, etc., » DAVID. »

La foule se porta de nouveau à cette réunion d'œuvres remarquables qui était le triomphe de David et de son école, car se

seuls concurrents étaient ses propres élèves. On

ne connaissait encore que les appréciations du jury, bien que l'Exposition eût été ouverte

après le dépôt des conclusions de la Commission et le vote de la Cl

sse des beaux-arts. La

press

s’intéressa à cette question, et, comme le public, elle se divisa en deux camps, dont l'un approuvait le jury, tandis que l’autre en appelait de ses jugements. Les principaux journaux, le Journal des Débats, alors Journal de l'Empire, et le Journal de Paris, entre autres, furent partisans du prix décerné à Girodet. Le Journal de Paris ouvrit cependant ses colonnes au directeur du Musée français, à Lenoir, qui réclamait pour David la première place dans le concours,

Malgré leur longueur, nous croyons devoir donner l’article du marquis de Boutard, le rédacteur du Journal des Débats, et la réponse de Lenoir, car ils reflétèrent exactement les sentiments du public à cette époque.

On lisait dans le Journal de l Empire du 1 septembre 1810 :

« Le vœu des amateurs et des artistes pour une exposition des tableaux admis au

concours décennal est rempli; on peut actuellement voir réunis et comparer entre eux tous les ouvrages mentionnés au rapport du jury, c'est-à-dire ce que l'école à produit de mieux depuis dix ans.

» Dans cette grande lice ouverte à tous les arts du génie, la peinture s’est fait distinguer par une particularité fort honorable, ce me semble. Les juges n’ont eu qu'à balancer entre deux peintres; les prétentions, comme les droits du reste des concurrents, bien qu'ils fussent en grand nombre, et que presque tous eussent à produire de bons ouvrages, n'ont eu pour but que l’accessit. Dans les autres concours, le nombre des prétendants à la première palme égale celui des ouvrages admis à la disputer. De toutes parts on n'entend que plaintes et réclamations, et l'on sent d’abord qu’il n’en serait pas ainsi s’il s'était trouvé parmi ces ouvrages des productions d’un aussi rare mérile et aussi manifestement hors de pair que les tableaux des Swbines et d'une Scène de déluge.

» Sans doute le combat singulier entre les auteurs de ces deux beaux ouvrages est bien aussi intéressant que la mêlée des oètes, des historiens, des musiciens ; cependant j'avais résolu de ne pas en occuper le public. De quelque peu d'importance que soit ma voix, je me serais volontiers abstenu de la joindre à celle du jury, pour prononcer entre deux artistes qui, marchant l’un et l’autre d’un pas ferme dans la carrière sans bornes de la perfection, pouvaient, chacun de son côté, attendre dans une douce espérance le jugement de la postérité; mais puisque l'espèce d'obligation que j'ai contractée avec les lecteurs de ce journal, de leur rendre compte des Expositions publiques, me ramène à les entretenir de cette grande

lutte, je dois convenir que le prononcé du jury, en faveur d’une Scèye de Déluge, me semble

juste. À mon sens, il y à dans ce tableau encore plus du génie de la peinture que dans l'autre; je dis encore plus, car je suis fort éloigné de ne pas reconnaitre la présence de ce génie dans le tableau rival ; ce ne n’est pas sur quelques fautes qu’il y faudrait chercher, mais par la comparaison des beautés qui s’y montrent de toutes parts, que de tels ouvrages veulent être jugés.

» Les Sabines sont dans le goût antique le plus pur et le plus délicat. L’ordonnance générale, la composition et le dessin, la nalure, le caractère, la pose, l'ajustement des figures et même le calme dont on leur fait un reproche, sont d'une élégance admirable. La couleur argentée qu'on trouve peu naturelle, est néanmoins douce et agréable: elle produit un effet de perspective aérienne fort heureux. L'auteur assure aussi que les tons gris, qu'il a employés à dessein, se conservent mieux que d’autres. Cet avantage est de ceux que le temps seul peut constater, mais l'opinion de M. David, sur ce qui concerne son art, est d'un si grand poids qu'on peut, dès à présent, lui tenir compte de l'invention de ce procédé.

» J'avais entendu des gens du monde, qui ne voient et ne sauraient jamais voir dans un tableau que la représentation d’un trait d'histoire, blâmer l’auteur des Subines d’avoir fait ses personnages nus ou ajustés de fantaisie; mais je ne m'attendais pas à entendre une commission de l’Institut de France reproduire cette critique populaire. J'admire surtout le raffinement de l'opinion du jury : «On ne peut, est-il dit au rapport, s'empêcher de

» trouver étrange que l'artiste ait donné des vêtements aux Romains et aux Sabins, à

» l'exception de leurs deux chefs, qu'il paraissait plus convenable de représenter vèlus et » complètement armés, parce que leur conservation était du plus grand prix pour les deux

» peuples. »

» Il ne s’est donc trouvé là personne pour remarquer qu'il s'agissait d’un tableau, et non d’une page d'histoire. Que l'artiste avait dû chercher à faire quelque chose de beau dans l'ordre pittoresque et non quelque chose de vrai dans l’ordre historique, qui n’est pas de son ressort. Alors, sans doute, il eût suffi au jury des lumières du bon sens, pour recon— naître que le peintre s’étant décidé à représenter nus quelques-uns de ses personnages, il avait dû choisir ceux qui avaient à occuper les premières places de son tableau, par cela seul que la figure nue est dans l'ordre pittoresque infiniment supérieure à la figure vêtue,

et, qu’en toute composition, il faut subordonner les accessoires à l'objet principal.

» Je trouve aussi, contre l'avis du jury, que le mouvement du Tatius est naturel et bien d'ensemble, que son action est facile à reconnaître. Après avoir lancé son javelot, il attend celui de Romulus, puis les combattants fondront l’un sur l’autre l'épée au poing. Ces trois instants de l'action, les seuls qu'il fût au pouvoir de la peinture de présenter et d'indiquer, c’est dans la pose, le regard et le mouvement de Tatius, que l'artiste nous les montre on ne peut plus clairement. Si, comme le ditle jury, il arrive quelquefois à des guerriers de théâtre de prendre une attitude et un mouvement semblables, c’est que l'acteur est alors un excellent pantomime. Enfin le jury me paraît avoir jugé beaucoup trop sévèrement et, pour parler plus exactement, avec beaucoup trop de légèreté, d’une des plus belles productions de la peinture.

» L'auteur d’une Seène de Déluge à créé son sujet et ses personm ; c'est le fruit

d’une imagination forte et ardente, une composition tout originale, qui a plus de rapports g ; 8 TA PE avec la production des grands génies des temps modernes qu'avec les modèles transmis par l'antiquité. En formant ses groupes, M. Girodet a cherché, plus que tout autre chose, à I g ; ; ; préparer les difficultés qu'il avait résolu de surmonter et où devaient éclater l’art et la qu’elle

science du dessin portés au plus haut degré de perfection; la situation est telle au si

devait donner lieu aux expressions les plus fortes ; enfin, cette scène toute en action entre cinq personnages, présente la variété des sexes et celle des divers âges de la vie. C'est donc, je le répète, un sujet manifestement créé et disposé pour la peinture. Une production dont l'auteur a dédaigné tout moyen de succès indépendant de la perfection de son ouvrage; telle, enfin, qu'il lui fallait la faire excellente pour ne pas tomber au-dessous mème du

médiocre. Cette dernière circonstance, qu'on le remarque, est particulière aux seules produc-

tions d’un grand génie.

» Si lon compare maintenant ces deux tableaux rivaux dans ce qu'ils ont de plus

susceptible de rapprochement, le second l'emportera, je pense, par Les parties principales de l’art, la force et la précision du pinceau, l'élévation du style, la profondeur et l'énergie de l'expression. La figure de l’homme prèt à périr avec sa famille, est plus étudiée, plus grandiose, d'un coloris plus vigoureux que celle de Tatius, qui appartient aussi à une nature

forte que l'auteur à voulu avec raison opposer à la nature svelte et semi-divine de Romulus.

imposant, moins pathétique que la mère

Les Sabines éplorées ont aussi un caractère moins

du tableau du Déluge. Le vieillard, suspendu aux épaules de son fils, est encore un bel

exemple de ce style grave et fort, de ce sublime, de cette grande science du dessin qui déterminent la supériorité du talent de Girodet. S'il fallait d'autres témoignages, on les trouverait assurément dans les trois figures du tableau d'Afala admis aussi au concours.

» Cependant le tableau du Déluge n'eut pas d'abord ce qu'on appelle un grand suce c'est qu'en effet son principal mérite n’est pas de ceux qui frappent et séduisent la multi-

tude. Il fallait, pour établir sa juste réputation, ce concours d'opinion des artistes et des

surtout des connaisseurs et des artistes étrangers, plus exempts de

connaisseurs,

prévention, mieux placés pour dire librement leur avis, que ne le sont ordinairement les compatriotes.

Les amateurs et les artistes voyageurs, habitués à admirer dans les ouvrages des grands

maitres d'Italie, l’art en lui-même, attachent aussi moins d'im portance au choix du sujet et ; : 1! I]

à l'ordonnance d’un tableau. Ce n’est pas devant les ouvra

es des Raphaël, des Léonard de

Vinci, des Michel-Ange, des Titien, qu'on discute sur la partie poétique et philosophique de

la peinture, qu'on s'occupe d’un anachronisme et de fautes contre le costume. C’est donc en

grande partie le jugement et l'admiration des étrangers, particulièrement ceux d'Italie, que tant de grands événements ont amenés en France depuis quatre années, qui ont fixé l'opinion publique sur le tableau d’une Scène de Déluge, et

réputation.

müûri en quelque sorte sa

» Sans doute M. David a moins que tout autre à s’affliger du succès d’un rival qui lui doit les leçons de son art; mais je serais peu surpris quand il se plaindrait amèrement des critiques que le jury a imaginées sur son tableau. L'espèce d'irrévérence avec laquelle le jury à rejeté en quelque sorte dans la foule un ouvrage si supérieur, est, il faut le dire, un grand scandale dans la République des arts. Cette méprise n’est pas la seule que l'Exposition met en lumière; mais les autres sont pour la plupart d'une nature fort différente. Dans la suite de l'examen qui nous reste à faire, nous aurons plus souvent à remarquer l’excessive complaisance du jury que la sévérité de ses jugements. »

Lenoir répondit à cet article par trois lettres insérées au Journal de P

aris, et qui sont une longue apologie du talent de David. I

le montre donnant ses conseils à la jeunesse

studieuse de son atelier, d’où sont sortis tant d'artistes d’un talent reconnu en des genres

bien différents, comme Drouais, Girodet, Gérard, Gros et Isabey, Richard et Granet, et

tiomphant enfin avec son école à l'Exposition de 1808.

Citant ensuite une partie de l’article du Zowrnal de l'Empire, il reproche à son auteur

de s'être réuni à la sentence du jury, après avoir blâmé ses observations sur le tableau des

Sabines. T1 examine ce qu'est « ce génie pittoresque » qu'on découvre dans l'œuvre de Girodet.

Il le regarde comme « une expression fausse », dont la circulation n°

a été accréditée dans

les écoles de peinture que depuis les temps modernes: enfin comme une décadence de l’art ;

provenant des écarts d'imagination où se sont jetés les Carrache et leurs élèves, ne pouvant

atteindre au sublime et au grand style de Raphaël et de Léonard de Vinci,

Après avoir fait un éloge général du tableau des Sabines, il relève au:

qu'il a reconnus dans celui du Déuge.

les défauts

« L'invention du tableau d'une Svène de Déluge ne peut se comparer à celle des Sabines. L'une est la représentation d’un fait historique, et l'autre celle d'un sujet de fantaisie et, même à la rigueur, on pourrait considérer la composition de M. Girodet, comme le résultat d'une maladie nerveuse, car il n’a établi aucune vraisemblance dans l’action. On ne voit pas comment cette famille, écrasée sous le poids d'une pluie extraordinaire et environnée de toutes parts d’une mer considérable, a pu arriver jusque sur les rochers où se passe la scène. Le principal personnage n’est point occupé du malheur de sa famille, et son visage ne nous paraît tourné du côté du public que pour lui montrer une expression trop exagérée, comme font certains acteurs qui regardent le parterre au lieu de s'occuper de la scène et de leur interlocuteur, et nous ajouterons à tout ce que nous venons de dire, que malgré la beauté et la pureté de l'exécution, le tableau est repoussant.

» .… En effet, on ne voit dans la composition d'une Scère de Déluge que des corps montés les uns sur les autres, formant une chaine pour se maintenir en équilibre l'un par l'autre, Ce ne sont, à vrai dire, que des figures académiques, posées de manière à donner une grande contraction aux muscles et aux veines dont le corps humain se compose. Tout en admirant la science anatomique dont on à fait abus dans le tableau du Déluge, nous dirons qu'il serait plus facile de traduire sur la toile les formes d’un sujet écorché que de peindre les contours fins, coulants, gracieux de Romulus, dont on ne voit de muscles que ce qu'il convient de voir, et si on jette un coup d'œil sur le tableau des Sabines, on conviendra que l’art y est caché par l’art... »

Lenoir terminait ses articles par les réflexions suivantes :

« Enfin nous croyons avoir démontré jusqu’à l’évidence que l'on doit à M. David

l'exécution de plusieurs tableaux de premier ordre, ainsi que l'introduction en France du

grand style et du bon goût dans la peinture, comme dans les arts dépendants du des mais on lui doit encore la formation d’une école dont les chefs honorent l’Europe savante, et peuvent se mesurer avec les grands maitres de l’ancienne école d'Italie; et pour se

convaincre de tout ce que nous avons dit sur les ouvrages de M. David, et sur ceux de ses

élèves. il serait à désirer qu’il fût possible de mettre en parallèle avec l'Exposition actuelle

urs de l'école française qui ont exposé au Salon de 1779 : on aurait

les tableaux des prof une juste mesure de notre jugement. »

En lisant les appréciations diverses portées sur les tableaux du Déluge et des Sabines, on voit que le principal défaut trouvé à cette dernière composition était de manquer de l'originalité qui éclatait dans l'œuvre de Girodet. Ce reproche n’était pas nouveau, etcomme nous l'avons indiqué lors de la première Exposition, le jury ne faisait que reproduire et exprimer officiellement une observation déjà formulée par le critique de la Décade plilosophique, dans le n° du 10 pluviôse an VIIL.

Il disait en parlant du tableau de David, que «le génie est un lapidaire qui sait tailler

le diamant souvent rejeté comme une pierre brute. » D’autres peintres, que dis-je, tous les peintres, ajoutait-il, ont lu dans le bon Plu-

tarque, la vie de Romulus; plusieurs sans doute avaient pressenti que la réconciliation des

Romains avec les Sabins, opérée par des femmes, pourrait fournir le sujet d’un tableau ; mais

ils se sont trouvés arrètés par quelques prétendues difficultés, ou s'ils ont entrepris de rendre cette grande scène, ils en auront mal disposé les parties. Enfin ils n'auront pas su tailler leur diamant; le grand lapidaire est venu, c’est David. »

Et il mettait en note : « Les artistes anciens ont traité avec succès le même sujet des Sabines. La Bibliothèque nationale doit posséder un très beau médaillon où toute cette scène est à peu près disposée comme le tableau de David. »

La collection de la rue Richelieu possède en effet une médaille de Faustine, dont le revers offre l'intervention des Sabines entre les combattants; mais l'empreinte en est très fruste, et David, quand il conçut pendant sa détention l'idée de son tableau, eut sans doute à la pensée et peut-être sous les yeux le médaillon de Montfaucon, dont l'ouvrage passait à cette époque pour le recueil le plus complet sur les temps anciens.

Nous reproduisons ici le trait que Montfaucon a donné à la planche XV du tome IV du supplément de l'Antiquité expliquée.

Chacun peut ainsi peser la valeur de cetemprunt, auquel on a attaché tant d'importance. Du reste, nous croyons que la postérité a porté son jugement sur les ouvrages concourant aux prix décennaux, et qu’elle n'a pas confirmé la sentence des premiers arbitres.

On assure que l'Empereur ne fut pas satisfait des décisions prises par la Classe des beaux-arts. Il lui reprocha de n'avoir pas compris les ouvrages de Canova dans le concours décennal, et de n'avoir pas fait figurer les routes du Mont Cenis et du Simplon, ainsi que le canal de Saint-Quentin, dans les travaux d'architecture. L'Académie s’excusa en disant que Canova ne pouvait être considéré comme Français que depuis le 17 février 1810, date de la réunion des États romains à l'Empire, et que jamais les routes, quelque audacieuses qu’elles fussent, n'avaient fait partie des beaux-arts.

Pour des causes qui nous sont restées inconnues, la distribution des prix décennaux annoncée à plusieurs reprises fut définitivement abandonnée.

Mais de nombreux témoignages d'estime purent consoler David de la partialité de ses collègues. Plusieurs pièces de vers lui furent adressées par ses admirateurs. Depenne dans ses Sfances à David, Peyranne dans ses Ages de la peinture, L. de Lamothe dans son ode intitulée l’Zxjustice le comparant à Apelle, le représentent triomphant devant la postérité des serpents de l'envie, et invoquent la sagesse de Napoléon pour reconnaitre.et protéger le vrai mérite.

rs =

A l'Exposition du concours décennal avait succédé le Salon de 1810. Le classement des nombreux ouvrages envoyés par les artistes en avait fait reculer l'ouverture du 1% au 5 novembre. L'atelier de David y occupait sa place habituelle. Outre le maitre, soixante-trois de ses élèves étaient parmi les exposants. Les anciens de l’école, Girodet, Gérard et Gros étaient représentés par des ouvrages demeurés célèbres, comme la Révolle du Caire et les Batailles d'Austerlitz et des Pyramides. De jeunes rivaux, qui depuis se sont acquis un nom dans les arts, tels qu'Abel de Pujol, Dubuffe, Hesse, Ponce-Camus, Schnetz, y faisaient leurs débuts dans la carrière.

Quand David, en 1808, eut terminé son tableau du Sucre, au lieu d’achever la toile déjà mise en train de l’Asrivée de l'Empereur et de l'Impératrice à V Hôtel-de- Ville, 1 dut, se conformant aux désirs de l'Empereur, abandonner cet ouvrage pour la Distribution des Aigles au Champ de Mars, le troisième des tableaux projetés dans la note remise le 9 juin 1806 à Daru. Cétait pendant une visite qu’il faisait à Napoléon, que celui-ci lui avait demandé d'entreprendre le tableau des Aigles. Il en exécuta aussitôt la composition, et la soumit à l'approbation de l'Empereur, qui lui fit retrancher une Victoire répandant du haut des airs des lauriers sur les drapeaux français.

David se mit aussitôt à l’ouvrage avec une grande ardeur, et il écrivit le 16 juin 1809

à Degotti, son perspecteur, pour réclamer son concours :

A 1. Degotti, décorateur en chez de l'Académie Tmpériale de musique.

« Mon cher Monsieur Degotti, ma petite chambre est faite, les figures sont placées et colorées. Cela veut bien dire, mon bon ami, que je n’attends plus qu'après vous : je sais que vous avez beaucoup d'affaires; vous voyez que je vous tourmente le moins possible, mais à présent je n’y tiens plus : il faut commencer.

» Je vous attends lundi de bonne heure. Venez avec M. Collonia, si c’est possible; il ne peut que vous être utile. J'attends mes planches, la lampe et le châssis carrelé. La perspective du fond que vous avez peinte fait à merveille. Il serait nécessaire que la planche où sera tracée l'architecture fût aussi carrelée.

» Adieu, mon bon ami, à lundi; nous verrons tout cela ensemble.

» DAVID

Comme pour le Sucre, David emprunta le secours de son élève et ami Georges Rouget. Il avait presque terminé son ouvrage quand des événements politiques l’obligèrent à en modifier l'ordonnance.

L'Empereur venait d’épouser Marie-Louise, et pour ne pas froisser la nouvelle Impéra-

trice, il fit enlever la figure de Joséphine, qui, assise sur un trône, assistait auprès de son

époux à cette fête guerrière. David, à regret, dut s’incliner devant une volonté supérieure. Il fut obligé, pour combler ce vide, de modifier en l’exagérant la pose du prince Eugène el de la reine Hortense.

Ainsi disposé, le tableau fut exposé au Salon de 1810. Il y obtint un cer moins cependant que le tableau du Se avait même plus d'élan, de chaleur:

lain succès, re. Il renfermait aussi des parties remarquables: il y mais la main du peintre a perdu un peu de cette fermeté, de cette précision qui fait du Sucre un ce

la simplicité de l'effet, l'artiste s'était trouvé gèné par les conditions que lui imposait la

hef-d'œuvre. On sentait aussi que pour

réunion de tant de vètements militaires.

Aussi, nous dit Boulard dans sa chronique des Débats :

« Ce vaste ouvrage est l’occasion de satires et d’éloges aussi peu mesurés, aussi peu décents, il faut le dire ici, les uns que les autres. Jamais la République des arts n'avait été en proie à tant de passions aveugles.

» Le tableau du Serment sur les drapeaux ne peut raisonnablement se comparer qu’à celui du Sacre, mais s’il l'emporte sur ce dernier par l'effet général et l'absence de parties trop négligées, il n'offre pas non plus, ce me semble, un si grand nombre de parties excellentes. Ce serait done, à mon sens, un ouvrage plus agréable et moins fort; mais toujours d'un mérite de premier ordre, d’un mérite fort au-dessus des critiques malignes, et des éloges grotesques qu'on leur prodigue. »

Enfin Fabien Pillet, rédacteur du Journal de Paris, terminait son appréciation sur les Aigles par ces mots, qui peignent bien l'impression du public

pour les observations peu mesurées du jury décennal sur le tableau des Subines :

€ Il y a de très grandes beautés dans ce tableau : l'ordonnance en est fière, héroïque, pittoresque, et on n’accusera pas du moins M. David d'en avoir emprunté l'idée. Ce célèbre peintre, en un mot, ne pouvait faire une meilleure réponse aux critiques qui av jusqu’à ce jour, osé mettre en doute la chaleur de son imagination. »

aient,

L'Exposilion se prolongea jusqu’au 1% avril 1811: à ce mome et des Aigles furent désignés à Percier, l'arc]

nt, les tableaux du Sucre ditecte des Tuileries, pour être placés dans la salle des gardes de ce palais.

Ce fut seulement quand il terminait le tableau des Aigles que David obtint, de l’Intendance de la maison de l'Empereur, la solution de la question de ses honoraires qui était pendante depuis 1806. Il avait dû, à partir de cette date, finir le Sucre et exécute

r les Aigles sans recevoir d'à-comptes sur ses travaux et e

n ignorant même combien ils lui seraient payés. Les délails que nous pouvons donner sur cette singulière affaire montrent quels déboires accompagnent quelquefois les commandes officielles.

Il fut obligé, pendant près de trois ans, de fournir, sur ses propres ressources, les avances nécessaires, et d'entretenir avec Daru une fastidieuse correspondance.

Dans le cours de ce récit, nous avons déjà touché quelques mots des difficultés qu'il avait rencontrées pour obtenir un payement régulier. Quand il avait été nommé premier Peintre de l'Empereur, le 27 frimaire an XIII, et chargé de l'exécution des quatre grands tableaux des cérémonies du Sacre, rien n'avait été arrèté pour son traitement et le prix de ces ouvrages. À son départ du Louvre, il avait réclamé auprès du ministre de l'Intérieur, qui avait reçu des fonds à cet effet, une indemnité annuelle de 4,000 francs pour son

logement et son atelier: celui-ci, qui avait épuisé toutes ses ressources disponibles en faveur

UT

des autres artistes, avait, avec raison, renvoyé sa demande à l’Intendant de la maison de l'Empereur.

Lorsque Daru remplaça dans ces fonctions Claret de Fleurieu, rien de définitif n'avait été conclu sur ce point. Une première difficulté s’éleva sur les Portraits du Pape et celui de l'Zmpereur pour Gènes. Ce dernier ayant été refusé, David reçut, pour les premiers, 22,000 fr., dont 10,000 fr. pour l'original et 12,000 pour les deux copies.

Quant aux tableaux du Couronnement, un fonds de 60,000 francs était inscrit chaque année au compte de la maison de l'Empereur pour fournir au premier peintre une allocation mensuelle de 5,000 francs, pendant la durée de ses travaux, mais sans préciser. C'est alors que Daru pria David de lui envoyer une note sur ses ouvrages et sur le prix qu'il en espérait. Celui-ci lui répondit par la lettre du 25 juin 1806, que nous avons donnée, et dans laquelle il fixait à 100,000 francs chacune de ses toiles.

L'Empereur ayant trouvé ces demandes exagérées, car il ne parlait même que de 30,000 francs pour chaque peinture, et ayant refusé, dans les termes que nous connaissons, le tableau de Gênes, Daru se trouva fort embarrassé. Craignant, en servant à l'artiste son allocation mensuelle de 5,000 franes, de trop engager la liste civile, si, pour une cause quelconque, ces ouvrages n'étaient pas terminés, il suspendit tout payement, et aux demandes de David, qui n'avait rien touché depuis le mois de juin 1806, il répondait de Thorn, sur la Vistule, le 16 avril 1807, par une lettre dans laquelle, après avoir expliqué les motifs de ces retards, il réclamait de nouveau une note sur le prix des tableaux.

Se conformant aux désirs de l’Intendant général, David fit un nouvel état des sommes qu'on lui devait, ajoutant qu'il considérait le tableau du Sacre comme terminé. Daru lui ordonnança alors les cinq premiers mois de 1806, soit 28,000 francs qui furent touchés en août 1807.

En septembre 1807, David fit remettre dans les bureaux de l’Intendance deux autres

états de proposition de payement : l’un de 23,000 francs pour les sept derniers mois de 1806, l'autre de 40,000 francs pour les huit premiers mois de 1807. Daru, le 26 septembre 1807, se fit adresser un rapport sur la question.

On établissait que l'artiste avait déjà reçu 65,000 francs, se répartissant ainsi :

PE Re EE ee tee Rene 25,000 fr.

ME TEEN ce M pe rm tt 15,000 Les six premiers mois de 1806. . . . . .. 25,000

65,000 fr.

Le rapporteur ajoutait qu'une visite faite à l'atelier avec M. de Baure l'avait convaincu que le tableau du Sucre était au-dessus de toute évaluation et que cet ouvrage considérable avait conquis l'admiration des peintres et des amateurs.

« Ce tableau est sur le point d'être achevé et peut être considéré comme terminé. Je crois, en conséquence, qu'il ne peut y avoir aucun inconvénient à faire payer à M. David

les 35,000 francs qu'il réclame pour les sept derniers mois de 1806. Cette somme, jointe à

celle des 65,000 francs qu'il a déjà reçue, portera le total des à-comptes payés à 100,000 fr. Ainsi M. David aura reçu au moins le prix de son premier {ableau, qui est le seul dont l'exécution soit réellement très avancée. »

Daru, après la lecture de ce rapport, signa un état de 35,000 francs pour être présenté à l'Empereur, et désirant terminer cette a

faire qui lui paraissait peu digne et de l'Empereur et d’un artiste comme David, il sollicita, de Berlin, le grand-maréchal du Palais, Duroc, de s'intéresser à sa solution.

Celui-ci témoigna peu d'empressement, et l'Emp

ereur ne fit aucune réponse à la demande d’ordonnancement. Bien plus,

quand le 4 janvier 1808, il alla faire une visite à question n'avait pas fait un P de sa satisfaction, il ne voulait se décider

officielle à son premier Peintre, 1 as, et malgré les preuves

à accorder le prix qu'on demand

ait pour un ge qui cependant avait conquis tous les suffrages. Il ét

ait sans doute maintenu dans son entourage, car le grand-maréchal laisse bien quand, en écrivant le 13 janvier à M. Baure, à propos de 00 francs pour le Swere, il termine ainsi sa lettre tion (du Sucre), Je représenterai à $S

d'économie par des personnes de percer Son sentiment à cet égard, la bordure de 1,2 : € Quant à son évaluaà Majesté le rapport de M. l’Intendant, m consulter des artistes pour en avoir

ais il me semble qu'il eût été nécessaire de une évaluation. » David, ne sachant comment expliquer cette résistance insurmontable à la se de ses droits, persuadé qu'il était des bonnes dis vrai, par les fréquents déplacements de l'E

Majesté se trouverait à Paris pour lui pr

action positions de Daru, souvent annulées, il est mpereur, résolut de saisir le moment où Sa

ésenter sa requête, et, le 24 février 1808, il déposa entre ses mains la pétition suivante :

« Sire,

» Depuis que Votre Majesté m'a fait l'honne

ur de me choisir pour peindre les cé nies de son Couronnement, j

ai eu l'intention de consacrer entiè service de Votre Majesté et de re travail.

rémorement mon pinceau au

ndre ma famille heureuse par le produit de mon

» Votre Majesté, Sire, avait tout fait pour réaliser cet espoir de bonl une somme de 5,000 francs prévoir que M. l'Intendant général de votr.

vos ordres. Au mois de mai 1806, il

eur. Elle avait par mois. J'étais loin de e maison mettrait des obstacles

à suspendu les payements sous préte point fixé le prix de chacun de mes table

Majesté était que la somme de 5,000 fr.

ordonné qu’il me serait payé

à l'exécution de x{e que je n'avais aux. J'avais cru que l'intention de Votre ancs par mois

représentât non seulement le payement de mes tableaux, mais encore mes honor.

aires de premier Peintre.

» Forcé par M. l'Intendant général à mettre

un prix particulier à mes ouvrag évalué chacun des quatre

tableaux à 100,000 francs, somme propor rieure, suivant l'opinion de M. l'Intendant lui-même

aux divers artistes qui travaillent pour le service

es, j'ai tionnellement fort infé- , à celle que l'on paye de Votre Majesté.

» M. l'Intendant élève des difficultés nouvelles. Il pré

tous les jours

tend n’avoir pas d'ordres, quoique

Votre Majesté ait fait porter le payement de mes ouvrages pour 60.000 franes par an, dans les budgets de 1806, 1807 et de 1808.

» Je supplie Votre Majesté de donner des ordres positifs à l'effet que je n'essuie pas de

plus longs retards, et que je puisse me livrer sans réserve à des travaux qui, en offrant votre

lui donnent une occasion nouvelle de manifester l'admiration et

image au peuple français l'enthousiasme que vous lui inspirez.

» Sire,

» Je suis de Votre Majes

L'Empereur lut cette pétition en promettant une prompte justice; David informa Daru de ses démarches et du résultat qu'il en espérait; mais ne voyant pas de changement dans la situation, mème lorsqu'il eut reçu de la main de Napoléon cette éclatante marque d'estime, cette croix d’officier de la Légion d'honneur, donnée en présence de tous les artistes et devant le tableau du Sucre, il s'adressa de nouveau à l'Intendant général, sur les conseils du comte Estève, trésorier général de la couronne :

Il rappelait au comte Daru, dans cette lettre du 28 octobre 1808, la pétition qu'il avait remise à l'Empereur, avec un élat de frais que le Sucre avait entraînés, montant à 30,000 francs environ, et qui se renouvelaient, à peu de choses près, pour chaque tableau.

» L'Empereur, ajoutait-il, après avoir examiné l’un et l’autre, a eu la bonté de me dire ces paroles : « Je trouve ces prix raisonnables ; mon intention a toujours été de vous » les donner. » Mais par votre absence, Monsieur l'Intendant général, les choses en sont restées dans le mème état.

» J'ai recu la somme de 65,000 francs : il m'est donc redû, pour compléter les 100,000 franes une somme de 35,000 francs, que je vous prie de m'ordonnancer.

» Quant aux autres tableaux à faire, je suis prêt de rentrer, si vous le trouvez convenable, dans la proposition que Vous me fites avant votre départ; elle est restée sans suite, parce que je désirais qu'avant d'établir une détermination fixe, vous pussiez juger par vous-mème de l'étendue d'un pareil travail. A cette époque (vous vous en souviendrez), vous me parlâtes d’un traitement pour ma place de premier Peintre, qui resta indéter-

miné ; 30,000 francs pour frais de mes grands tableaux et 6,000 francs de pension à ma

veuve. Vous eûtes la bonté d'ajouter que la munificence de Sa Majesté dans le traitement et de l'autre

de premier Peintre, m'indemniserait d’une part, du prix de mes ouvrag

serait une échelle de proportion pour les autres artistes occupés, ainsi ‘que moi, pour le

service de Sa Majesté. Vous eùtes la délicatesse de me laisser le maître de proposer moi mème ce traitement. Je crois donc que, sans abuser de la souveraine bienveillance de Sa

Majesté, je puis raisonnab ement fixer mon traitement à 25,000 francs. Considérez, je vous

prie, Monsieur l'Intendant général, que je ne m'occuperai point d'autres ouvrages et que d'ailleurs les étrangers, instruits de mon état, ne feront aucune démarche pour avoir de mes ouvrages, mon temps et mon talent étant entièrement consacrés à mon souverain.

» Je vous supplie, Monsieur l'Intendant général, de prendre une résolution prompte

sur lobjet de mes demandes, attendu que Sa Majesté l'Empereur, qui à suspendu le tableau commencé de l'Æôfel-de- Ville, me presse de me mettre de suite à celui qu'il préfère, de la Distribution des Drapeaux impériaux au Champ de Mars. »

Les propositions que David rappelle dans cette lettre devaient servir de bases au réglement définitif. Elles avaient été inspirées à Daru par son désir de concilier les intentions de l'Empereur avec les justes espérances de l'artiste, car un large traitement affecté au titre de premier Peintre aurait compensé la modération du prix fixé pour les tableaux du Couronnement. Aussi l'intendant général présenta-t-il encore, le 10 janvier 1809, un rapport dans ce sens à Sa Majesté.

Cette demande demeura sans résultat, et malgré les efforts de David et la bonne volonté de l'Intendant général, la conclusion devait se faire attendre encore presque une année.

En effet, 1809 allait se passer encore sans que rien fût terminé, quand, après une visite de Daru à l'atelier de David, ce dernier, avant de soumettre sa réclamation au Conseil d’État, rédigea, le 15 décembre 1809, une nouvelle note qui reproduisait sa lettre du 28 octobre 1808.

Cette nouvelle démarche eut plus de succès que les précédentes et amena enfin le dénouement de cette pénible affaire, car ce fut à ce moment que l'Empereur chargea Denon de lui présenter une solution.

Dans le courant de janvier 1810, le Directeur du Musée envoyait à l'Intendant général un premier travail, bientôt suivi d'un rapport définitif.

« 6 février 1810.

» Monsieur le Comte,

» Vous me demandez, par votre lettre du 31 janvier, de répondre catégoriquement sur l'affaire relative aux prix à mettre aux tableaux de M. David.

» Ilest très difficile d'estimer un ouvrage commencé sans convention préalable.

» Comme Directeur, je prononcerai toujours que 40,000 francs doivent payer tout tableau d'auteur vivant, condition sans laquelle il ne serait plus possible de faire peindre, puisque la somme allouée pour la protection des arts serait dévorée par deux tableaux.

» Le cas particulier où se trouve M. David par son talent et les élèves qu’il a faits, et surtout par l’importance des sujets demandés, où il est forcé, vu son âge, d’appeler l'aide de ses élèves, doit mériter quelque distinction, et je pense qu’un cadeau de 12,000 francs comme témoignage de satisfaction de Sa Majesté, lorsque chaque tableau sera terminé, et qu’on en sera content, fera avec la somme dont j'ai parlé plus haut, un payement suffisant, surtout si Sa Majesté ajoute à cette munificence un traitement de premier Peintre.

» Pour le tableau du Cowronnement, la chose ayant toujours été incertaine et M. David n'ayant reçu aucun traitement depuis qu’il est nommé premier Peintre, la somme reçue par lui doit lui rester pour cet ouvrage.

» Quant à l'état du second et à ce qu'il promet, je dois dire que M. David n’a encore rien fait d’égal, et que s’il le finit avec la même énergie, et que l'harmonie réponde à l'expression, ce sera une très belle chose. En se basant sur les 40,000 francs, on peut allouer le tiers qui est de 13,333 fr. 33 c.

» À l'égard du tableau projeté et abandonné, comme il n'y a eu qu'une esquisse dessinée et quelques lignes tracées sur la toile, 2,400 francs doivent payer ce travail avec magnificence.

» Il résulte de tout cela, Monsieur l'Intendant général, que pour répondre au désir que vous me témoignez, de savoir à quoi l'on doit s’en tenir des prétentions sur lesquelles vous m'obligez de prononcer, je dirai :

» 1° Que le tableau du Cowronnement est payé par la somme touchée par M. David;

» 2 Que, pour le tableau de la Disiribution des Aigles, la somme de 40,000 francs et l’expectative de 12,000 franes de gratification, si Sa Majesté est contente, ce dont je ne doute nullement, complètent celle de 52,000 francs, somme suffisante pour payer dignement cet ouvrage.

» 3 Si Sa Majesté se détermine à accorder au premier Peintre un traitement, j'estime qu'il doit être de 12,000 francs, somme qui peut égaler celle de 6,000 francs avec le logement dont jouissait le premier Peintre, M. Pierre, sous le dernier roi;

» 4° Que le tableau sur lequel il n’a été tracé que quelques lignes doit être payé à cause de l’esquisse dessinée, 2,400 francs.

» Daignez, etc. » DENON. »

Sur les conclusions de cette lettre, un rapport fut présenté, le 15 février 1810, à la signature de l'Empereur, qui l’appouva.

A partir de cette décision, qui aurait pu être prise plus tôt, les payements convenus se suivirent avec régularité. David toucha exactement son traitement de 12,000 francs comme premier Peintre, et le 12 avril 4811 sa gratification de 12,000 francs stipulée pour les Atgles.

Il avait ainsi reçu 65,000 francs pour le Sacre et 52,000 francs pour son dernier tableau des Aigles.

La fin de ces difficultés fut surtout goûtée par l'Intendant général. Placé entre les devoirs que lui imposait la mission de confiance qu'il remplissait auprès de l'Empereur, et ses sympathies pour David, il lui était depuis longtemps pénible de voir ce dernier maintenu dans une alternative qui ne pouvait que nuire à sa considération et à son talent. Aussi apportait-il dans ses relations une exquise politesse qui atténuait sensiblement les ennuis de ces retards multipliés. Cette délicatesse n'avait pas échappé à David, et il fut heureux de pouvoir donner à l'Intendant général une preuve de sa respectueuse reconnaissance. Il exécuta en secret le Portrait de Madame la comtesse Daru.

Quand il fut terminé, on le plaça dans le salon du Comte, qui fut extrèmement touché

de cette attention et en exprima toute sa satisfaction dans le billet suivant :

« 28 mars 1811.

» Monsieur, j'arrive de Compiègne, et j'aperçois dans mon salon un beau portrait dont il ne m'est pas plus permis de méconnaitre l'auteur que le modèle. Je n'ai pas besoin des

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