‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 180 sur 328 · DARU · texte numérisé non relu

DARU

M°° Daru, quelques jours auparavant, avait aussi, en quelques mots fins et gracieux, remercié David de son ouvrage, en lui envoyant le témoignage de sa gratitude.

« Recevez, lui disait-elle, tous mes remerciements, Monsieur, du beau portrait que vous avez fait pour moi. Je suis la première à l’admirer et je l'aime, quoiqu'il n’y ait peut-être pas beaucoup de modestie à cela. Je ne puis vous offrir rien d'aussi beau que votre tableau ; mais j'ai cherché du moins quelque chose qui pût durer autant.

» Veuillez agréer ce faible souvenir de la reconnaissance que je vous ai vouée. »

L'artiste avait aussi voulu reconnaître l'obligeant concours de M. Estève, le trésorier de la couronne, qui s'était entremis pour presser la solution de cette ennuyeuse affaire des tableaux du Sucre, et il avait commencé son portrait, qui est malheureusement demeuré à l’état d’ébauche.

Lorsque David vit son titre de premier Peintre consacré par un traitement, il ressentit le légitime désir de le mériter par de nouveaux travaux. Il pensa qu'une demande pour remplir tous les devoirs de sa charge serait cette fois-ci plus favorablement accueillie : il écrivit à l’Intendant général de la maison de l'Empereur, la lettre suivante, que nous avons signalée à propos des dispositions de la Classe des beaux-arts à son égard.

« Ce 14 avril 1810.

» Monsieur le Comte,

» Sa Majesté l'Empereur m’ayant fait l'honneur de m’attacher à sa maison en qualité de son premier Peintre, je vous prie, Monsieur le Comte, de vouloir bien ètre mon auprès de Sa Majesté pour lui faire la demande de lui être présenté comme officier maison, ef de jouir, en cette qualité, des mêmes prérogatives que les autres per. ont l'honneur d’en faire partie.

appui de sa

sonnes qui

» Les premiers Peintres mes prédécesseurs ont participé à cette même faveur, et

notamment le peintre Lebrun sous Louis XIV, ce qui le mettait à même de recevoir les

ordres de son Souverain pour tout ce qui avait rapport à son art, et de se concerter avec

M. l'Intendant général pour les mettre à exécution. » J’ai l'honneur. » DAvip. »

Sa demande fut encore écartée ainsi que sa proposition de reprendre le Portrait de l'Empereur poux la ville de Gênes; car, après avoir terminé les Aigles, il acquit la certitude que les deux tableaux de l’Zntronisation à Notre-Dame, et de l'Arrivée à V Hôtel-de- Ville étaient définitivement abandonnés.

On le nomma à cette époque d’une commission, avec Denon et Fontaine, pour composer l’'ameublement du cabinet de l'Empereur. Il donna les dessins qui devaient servir de modèle pour l’ensemble de ce meuble, dontla partie artistique fut confiée aux frères Debret et à Dubois, peintre d’ornements, et l'exécution en tapisserie rehaussée d'or, à la manufacture des Gobelins.

Ces travaux, indignes de lui, ne devaient pas satisfaire son ambition d'employer ses i,

pinceaux à d’autres ouvrages. À

quand il fut question de décorer le Louvre, dontune partie devait être distribuée pour loger un souverain, il pensa trouver une occasion de se consacrer noblement à son art, et d’instruire, par son exemple, une nouvelle génération d'artistes qui l'auraient aidé de leurs concours, tandis que lui les aurait dirigés par ses conseils.

Dans ce but, il avait déjà choisi et composé divers sujets qui pouvaient entrer dans la décoration de ces appartements, tels que Vénus blessée se plaignant à Jupiler, le Départ d'Hector, lorsqu'il adressa, le 4 septembre 1812, au duc de Cadore, ministre d'État et Intendant général des biens de la couronne, la requête suivante :

« Monsieur le Duc,

» J'ai l'honneur de mettre sous les yeux de Votre Excellence, qu'il est dans les attributions du premier Peintre de l'Empereur, de composer et de faire exécuter toutes les peintures qui doivent orner les palais impériaux ; il est donc de mon devoir, Monseigneur, de vous informer qu'il serait instant d'inviter l'architecte de Sa Majesté à me remettre les mesures des places qu’il doit remplir de peintures historiques, telles que celles des plafonds et des tableaux nécessaires au complément de la décoration du Louvre, afin que je puisse, dès à présent, m’entendre avec vous sur le choix des sujets, en faire les compositions aussitôt que Sa Majesté les aura arrêtés, les exécuter moi-même ou les faire exécuter sous mes ordres par des artistes de mon choix, étant plus à mème que personne de connaitre le genre qui est propre à leur talent, puisqu'ils sont sortis de mon école.

» Je dis dès à présent, Monseigneur, parce que dans l'art de la peinture, l'invention étant la partie essentielle, ilserait convenable d'arrêter d'avance les plans d’un travail qui doit être médité pour le rendre digne de la majesté du lieu, travail qui entraine avec lui une grande

quantité d'essais, de dessins, ou d’esquisses, avant d'arriver au terme qui réunit toutes les parties de l'ordonnance générale d’une décoration aussi importante; iLest d'autant plus facile de me remettre les mesures que je réclame, qu’elles doivent être cotées sur leplan général.

» Monseigneur, par le travail préparatoire que j'ai l’honneur de proposer à Votre Excellence, vous éviterez, dans cette grande opération, des lenteurs qui nécessairement retarderaient les jouissances de Sa Majesté. Votre Excellence se rappellera, sans doute, que j'ai toujours demandé à faire ce qui tient aux attributions de ma place, et que j'ai exécuté avec

zèle et promptitude les travaux qui m'ont été particulièrement ordonnés par Sa Majesté.

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