IL DEMANDE LES TRAVAUX ET PRÉROGATIVES DE LEBRUN
» Je vous prie, Monsieur le Duc, de vouloir bien me faire connaître à cet égard la décision de Sa Majesté.
» J'ai honneur, etc. » DAVID,
» Premier Peintre de S. M. l'Empereur et Roi. »
Sur l'original de cette lettre, conservée aux Archives ; on lit :
« Les attributions de la place ont-elles été déterminées par l'Empereur, ou bien M. David ne fonde-t-il ses prétentions que sur les droits qu'avaient les premiers Peintres ?
» Quels que soient ces droits, l’idée de s'occuper d'avance des sujets à exécuter au Louvre et de les confier à la direction d’un seul artiste, me parait utile ; mais elle doit être concertée avec M. Costaz, Intendant des bâtiments de la couronne. »
La note suivante fut rédigée pour mettre le duc de Cadore au courant de cette affaire.
« La place de premier Peintre a été créée en faveur de M. David, comme une distinction honorifique, mais sans attributions. Depuis on y a joint un traitement, par ce motif que M: David devait s'occuper exclusivement des tableaux qui lui seraient commandés par Sa Majesté.
» Il n’a point été possible de découvrir dans les papiers qui existent à l'Intendance, quelles ont pu être les attributions des premiers Peintres sous l’ancienne dynastie; seulement on peut juger, par les dispositions prises en différents temps, qu'à l'exception de M. Lebrun qui, à raison de son grand talent, obtint de Louis XIV diverses prérogatives, les premiers Peintres ont toujours été sous les ordres de l’Intendant des bâtiments et n'avaient qu’une voix consultative, mais sans être chargés de la direction des travaux.
» D’après le nouvel ordre de choses établi, c’est au Directeur général du Musée qu’il appartient de proposer les travaux dont M. David réclame la direction, et de désigner les artistes qui peuvent concourir à leur exécution: M. Denon à mème demandé, dans son projet de budget pour 1813, un fonds pour les peintures du Louvre. Si au lieu d’être accordé au Musée, ce fonds était porté au budget des bâtiments, les propositions regarderaient M. Costaz; mais, dans l’un et l’autre cas, rien n’empêchera que M. David soit consulté lorsqu'il en sera temps.
» M. David a déjà élevé des prétentions semblables à celles qui sont contenues dans sa lettre, et M. le comte Daru lui a répondu dans le sens de la lettre dont j'ai l'honneur de soumettre le projet à Son Excellence. »
La lettre suivante informait David que ses demandes n’étaient pas admises : « Fontainebleau, ce 9 septembre 1812.
» À Monsieur David, premier Peintre.
» J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 4 de ce mois, relativement aux travaux de peinture que Sa Majesté pourrait ordonner pour la décoration intérieure du Louvre.
» J'ai l'honneur, Monsieur, de vous faire observer qu'il n'existe aucune décision au sujet des travaux dont vous parlez, et que, d’après l'ordre suivi jusqu'à ce jour, M. le Directeur général du Musée ne peut être étranger à la proposition du projet et au choix des artistes qui devront concourir à leur exécution; mais lorsqu'il en sera question, je m’aiderai avec le plus grand plaisir de vos avis, et je m'empresserai, dans l’occasion, de mettre sous les yeux de Sa Majesté l'offre que vous me faites et le zèle dont vous êtes animé pour son service. »
Si ces différentes tentatives de David, oubliant son passé, prouvent son désir de prendre sous l'Empire la direction des beaux-arts, soit pour les arracher à la mauvaise éducation des écoles spéciales de dessin, soit pour exécuter par lui-même et ses élèves de grands travaux, ambition excusable chez un grand artiste, l'insuccès de ses démarches détruit au moins l’imputation qu'on lui a souvent adressée, d'avoir gouverné les arts d’une manière despotique et de s’être servi de sa position pour faire refuser des travaux aux hommes qui lui déplaisaient ou dont le talent lui portait ombrage, comme Prud’hon, par exemple.
Si on consulte l'œuvre de Prud’hon pendant cette période, on verra qu'il reçut autant de commandes et d'encouragements que ses confrères. Au reste, cette correspondance de David démontre qu’il n’exerça, en dehors de ses élèves, que l'influence qui rayonne autour d'un homme de talent, et que la Direction des beaux-arts resta entre les mains de Denon, toujours honoré de l’amitié de l'Empereur et dont le crédit était trop bien établi pour que le premier Peintre arrivât à le supplanter.
Ainsi se terminait ce qu’on pourrait appeler la carrière officielle de David. L’éclatant début d’un grand règne l'avait distrait de ses travaux habituels pour confier à son talent le soin de perpétuer dans la mémoire des hommes des événements inouis dans l’histoire. Enflammé par la gloire d'un héros, l'artiste ne s’élait pas montré inférieur à cette noble tâche et avait déployé dans ses ouvrages des qualités nouvelles. Au sentiment du grand art qui sait ennoblir tous les sujets, il avait joint une chaleur, une recherche de la vie et de la couleur que ses contemporains ne lui connaissaient pas, bien qu'il en ait donné des indices dans des œuvres conçues en dehors d’un esprit de réforme et d'école : et aujourd’hui que le temps a harmonisé l'éclat un peu vif qu’on reprochait au Sucre et aux Aigles, ces tableaux sont comptés parmi les chefs-d’œuvre de l'école française et ont placé leur auteur auprès des plus illustres représentants de l'art et peut-être le premier de ceux qui ont tenté
de reproduire, par le pinceau, la vérité des faits historiques dont ils avaient été les témoins.
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