‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 187 sur 328 · FAMILLE DE DAVID · texte numérisé non relu

FAMILLE DE DAVID

AHoraces d’avoir fait preuve de parti pris, et de n'avoir admis que sa manière. Cette opinion a été réfutée par bien des critiques qui ont fait obser

rents élaient sortis de son école. Citer les noms de

ver combien de talents diffé-

ses élèves suffit pour montrer le peu de valeur de cette observation, car Ingres ne ressemble

pas à Granet, Gros à Girodet, ni Drouais à Léopold Robert, et Langlois à Schnetz.

Mais tous se reconnaissent par un sentiment commun, un respect profond pour le dessin, qu’un des plus illustres d’entre eux a appelé, avec raison : « la probité de l'Art. »

Non seulement le maître n’imposait pas limitation de ses ouv rages, mais il s’appliquait au contraire à développer les qualités personnelles de ses élève

8, leur répétant sans cesse :

« Ne faites pas comme moi, mais comme vous, » ef

si ses envois de Rome, l’Æector et le

nt plutôt pour la décoration que pour létude. Aussi comprenait-il que tous les talents ne sont pas f

Patrocle, étaient placés dans l'atelier, ils 3 figuraie

ails pour la grande peinture : au reste, ses principes reposant sur l'étude de la nature pouvaient genres.

s'appliquer à tous les

Il le reconnaissait bien quand, en mai 1803, il recommandait ses élèves Richard et

Révoil à la ville de Lyon, qui lui demandait des professeurs de dessin. Ces deux artistes

es,

d’un talent modeste, mais consciencieux, n'avaient jamais traité que des sujets de dimen-

sion restreinte et empruntés au moyen âge. David, malgré la nature de leur talent, n’hésita pas à écrire en leur faveur à Pernon, membre du Tribunat. Nous le verrons aussi encourager le fils de Fragonard, qui publiait un ouvrage impor-

tant sur les arts. Il appréciait les qualités artistiques du père et adressait à ce jeune homme

la lettre suivante pour l’engager à persévérer dans son entreprise.

« Ce 23 vendémiaire an XIV.

» Je suis bien sensible, mon bon ami, à votre tendre souvenir; il me prouve que je

suis présent à votre mémoire. J'ai reçu avec bien de la satisfaction votre ouvrage, et j'ai eu

un plaisir incroyable à le parcourir. Continuez, mon bon ami, vous êtes né pour aller loin.

Quand on fait à vingt-quatre ans une pareille œuvre, on doit s’estimer heureux. Je félicite

votre brave père, je me mets à sa place; qu’il jouisse complètement de la liberté qu'il vous a

ibile homme qu’il n’y avait point qu'une seule route pour arriver au but, et le nom de Fragonard ser

laissée dans les arts, car il a senti en h:

a distingué dans tous les genres.

» J'embrasse votre tendre mère, et je n'oublie p

as Me Gérard, la postérité m’en ferait trop de reproche.

» Votre ami sincère. » DAVID. »

Malgré s

s nombreuses et brillantes rela tions, David viv.

ait très simplement. Après le théâtre, sa principale distraction était de passer 1

a Soirée chez ses amis, voisins de la Monnaie, M. et Mme Mongèz. Cette dernière crayons, du papier, sur lequel tout en causant, il tr.

Quand en prairial an XII, il avait dû quitter

surtout chez ses avait soin de lui préparer des açait quelques croquis.

le Louvre, il était venu habiter rue de

Seine, n° 10, dans une belle et grande maison dont la vue s’étendait sur de vastes jardins. I1 y demeura jusqu'en 1811.

A cette époque, il quitta cet appartement, pour aller rue d'Enfer, n° 13, dans une maison dont le propriétaire, nommé Deperrey était un de ses amis. Heureux de cette circonstance

qu'il ignorait, David lui adressa le billet suivant :

« Paris, le 4 novembre 1811.

» Mon cher Deperrey,

» La Providence, ma divinité favorite, m'a conduit dans la maison de l'amitié. Quelle fut ma surprise d'apprendre que la maison où je me trouvais, appartenait. C'est sûrement

issait en moi, et qui me faisait me complaire dans ta maison. La Raison,

ce motif-là qui aç divinité plus prudente, m'a rappelé que Plutus était un dieu sourd à tout sentiment du ‘cœur, qu’il était en général l'ennemi des enfants d’Apollon, qu'il ne fallait pas aller si vite en besogne, qu’il fallait procéder avec méthode, comme voir le propriétaire, expliquer ses besoins, s'accorder sur ce que l'on prend, sur ce qui serait superflu, enfin s'expliquer clairement, laisser là la métaphore, et chercher les moyens de s'aboucher avec le propriétaire.

» Ainsi, mon bon ami, écris-moi deux mots, rue de Seine, n° 10, dans lesquels tu me diras l'heure et le jour auxquels nous pourrions nous voir, depuis midi jusqu’à quatre heures.

» Ton ami dévoué,

» DAVID

Ce fut sa dernière installation en France, et il habitait là seul avec sa femme, car de 1802 à 1805 toute sa famille s’était dispersée.

Ses fils, dont pendant la Révolution l'éducation avait été forcément très négligée, une fois leur père rendu à la liberté, et l'ordre à peu près rétabli, avaient été envoyés aux cours du Prytanée. Ils ne goûtèrent pas également cette réforme nécessaire. Jules, l'ainé, d’un caractère réfléchi, servi par une mémoire prodigieuse, se plaisait au travail; le cadet, Eugène, d’une nature vive et emportée, se soumettait avec peine à la discipline du collège.

Leur père, àce moment, avait son logement au Louvre, dans la partie qui regarde la Seine, avec la jouissance d’un des jardins connus sous le nom de « Jardins de l'Infante »; c'était sous cet ombrage que le maître avait élevé un premier monument à la mémoire de Drouais.

Sesenfants, et surtout Eugène, étaient toujours à jouer dans ce jardin, ou dans les vastes solitudes que les parties délabrées du palais mettaient à leur disposition. Ils y jouissaient d'autant de liberté que s'ils eussent erré au milieu des ruines. Aussi notre écolier qui avait la passion des animaux avait-il installé, en perçant un gros mur, un colombier où il élevait des pigeons. Une autre fois il transformait la chambre de ses sœurs en une vaste fourrière, où il recueillait plus d’une trentaine de malheureux chiens, trouvés dans la cour du Louvre.

On se représente aisément l’étonnement et la colère de M" David, quand elle découvrait de

— - — __— em ete

FAMILLE DE DAVID 507 quelle façon son fils cadet usait de

ses appartements dont l’ainé pour loger ses livres.

é, de son côté, s’emparail

Les deux frères s'étaient partagé leurs deux sœurs jumelles dès leur naissance, et dans avait confirmé le choix dicté par le hasard. Jules qu'Eugène et Pauline ét garçons, ces demoiselles partageaient leurs jeux e

la suite, la similitude de caractère et Émilie étaient aussi calmes, aient impétueux. Élevées avec des

tleurs

oûts. Elles n'étaient pas cependant sexe; ef quand leur père leur avait d'un bal, Eugène et elles déménageaient, avec

indifférentes aux plaisirs de leur accordé la promesse un entrain indescriptible,

les bouquins de salle de danse.

leur frère Jules, pour se faire une belle

Elles aimaient aussi les fleurs et les cultivaient sur leurs croisées, en dépit des prescriptions de l'architecte du Louvre, qui les avait défendues sur les balcons. Pour échapper à la consigne, Émilie se levait de grand matin Pour arroser ses hortensias, qui étaient alors une grande nouveauté. Un jour elle accoutumée - C'était le premier Consul qui venait chercher David, pour sa promenade ordinaire, et n’é

bienfaisante que Mie Émilie distribu

est interrompue dans son occupation par quelqu'un qui grondait d’être inondé tait nullement satisfait de partag

ait à la fleur dédiée à Mme Bonaparte.

L'éducation de ses fils terminée, D:

magne, à l'Université de Gœttingue,

er la rosée

avid envoya l’ainé passer quelques années en Alle-

Où ce jeune homme s’attacha aux études sérieuses,

ans laquelle il devint plus tard une autorité. Quant à Eugène, qui montrait des dispositions pour 1 ses premiers essais le fit travailler avec

Surtout à celle de la langue grecque, d

à sculpture, son père, satisfait de

ses élèves. Mais comme il laissa percer quelques intentions trop marquées de se distraire, David résolut de l’éloigner de Paris. I1 lui offrit d'aller à Rome étudier sous la direction de Canova, ou de se faire militaire. On était alors cond

s'engager, et le 3 mars 1804 il entrait au 5

en 1804, la carrière des armes semblait uire à tous les honneurs, Eugène préféra

* dragons. Il resta peu de temps simple soldat, car le 26 avril suivant il recevait les galons de brigadier. Cepend aient pas présentés d’une m selon l'habitude des régiments, voulu le tâter.

ant les commencements de la carrière militaire ne s’ét anière bien séduisante. On avait, D'une bravoure poussée jusqu’à la témérité, au premier appel, et malgré s dans la poitrine un Coup de pointe qui, sans les soins éclairés et énergiques de Leveuve, le chirurgien, aurait pu être mortel. Ce brave homme, en le

jeune blessé, qui un an après était m

Eugène avait répondu à jeunesse et son courage, avait recu

saignant( à blanc, sauva notre aréchal des logis.

La première affaire à laquelle il assista fut la bataille d’Austerlitz. La vue du ch de bataille lui produisit une impression si pénible, qu’il pria son père de le faire revenir ; mais celui-ci qui voulait, comme on disait alors, lui faire « manger de la vache enra n’accueillit pas sa demande. Depuis, le cœur d'Eugène s’endur.

gnement de sa famille changèrent le cour.

métier des armes.

amp

gée, »

cit, la vie du régiment, l’élois de ses idées, et il se consacra, tout entier au

À son retour d'Allemagne Jules avait été nommé auditeur au conseil d'État, puis viceconsul à Civita-Vecchia.

À celte même époque David avait établi l’ainée deses filles. Émilie avait épousé, en

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SR

avril 1805, le colonel Meunier du 9° régiment d'infanterie légère. Leurs Majestés l'Empereur et l'Impératrice avaient bien voulu signer le contrat de mariage de la fille de leur premier Peintre.

Le colonel Meunier était un enfant de la Franche-Comté et on pouvait dire le fils de ses œuvres ; car, parti en 1792 comme volontaire au 40° bataillon du Jura, il avait été, pour sa belle tournure et ses principes d'instruction, nommé capitaine par ses compagnons. IL avait fait de 92 à 94 les campagnes du Rhin, et de 94 à 98 celles d'Italie. Parti pour l'Orient avec Bonaparte, il avait reçu dans ses bras Kléber expirant. A son retour en France, le premier Consul l’avaitnommé, avec son crade de chef de bataillon gagné en Égypte, aux chasseurs à pied de la garde consulaire, et en 1803 il lui avait confié le commandement du

ge régiment d'infanterie légère, dit l'incomparable.

Du camp de Boulogne, où il était à peine installé avec sa jeune femme, le colonel avait été dirigé sur l’Autriche.

Son régiment faisait partie de la division Dupont, qui dès le début de la campagne eut l'occasion de se faire remarquer. Détachée sur la rive gauche du Danube, cette division s'était trouvée à l'improviste en présence de l'armée autrichienne, forte de 60,000 hommes, massée sur les hauteurs du Michels Berg. Payant d'audace, le général Dupont, se conduisit de manière à faire croire à l'ennemi qu’il était l'avant-garde de la grande Armée et dans la position d'Haslach, passant tour à tour de la défensive à l'offensive, il résista pendant cinq heures aux efforts dirigés contre lui, ne se retirant qu'à la nuit et emmenant 4,000 prisonniers.

Dans ce combat du 10 octobre 1805, 6,000 Français en résistant à 25,000 Autrichiens, les avaient arrêtés au moment où ils évacuaient Ulm pour se retirer en Bohème, et avaient par leur énergie contribué au succès des admirables plans de Napoléon. Le colonel Meunier, qui se trouvait pour la première fois au feu avec son nouveau régiment, avait donné à ses soldats une éclatante preuve de son sang-froid et de son courage.

Un mois après, le 11 novembre, le 9% eut encore l’occasion de se distinguer et de rendre un service signalé à l’armée.

Le maréchal Mortier avait pris le commandement des trois divisions Gazan, Dupont et Dumonceau, opérant sur la rive gauche du Danube. Il suivait ce fleuve, laissant entre ces trois corps une grande distance, quand en débouchant du défilé formé par les montagnes de

la Bohème et les Alpes de Styrie, où coule le Danube, en laissant à peine la place d'une

route si étroite, que pour éviter l'encombrement, l'artillerie de la division avait été mise sur des bateaux, il découvrit à Krems l’armée russe, qui venait d'abandonner la rive droite. Les Russes se jetèrent aussitôt sur la division Gazan, qui formait l'avant-garde du corps de Mortier, et ne pouvant l’écraser en l'attaquant de front, ils l'avaient cernée en tournant les montagnes. Les Français tinrent jusqu'à la nuit, officiers et soldats combattant en héros ; le maréchal, sollicité de se mettre à l'abri en passant sur l’autre rive, s'écrie : « On ne se sépare pas de si braves gens: On $e Sauve où on meurt avec eux, » et l'épée à la main il se précipite sur l'ennemi, ne voulant pas lui donner la gloire de faire prisonnier un maré-

chal de France; quand tout à coup éclate sur les derrières une vive fusillade : c'était la

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