‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 188 sur 328 · FAMILLE DE DAVID · texte numérisé non relu

FAMILLE DE DAVID

division Dupont qui, apprenant la situation dangereuse de la division Gazan, avait forcé le pas, pour arriver à son secours. Le 9 qui tenait la tête de la colonne, passant sur le ventre des Russes, pénètre jusqu’à Dürrenstein. On se reconnait à la lueur de la mousqueterie et, comme ses soldats, le maréchal se jette dans les bras du colonel Meunier.

L'Empereur récompensa dignement cet acte de dévouement et de fraternité militaire. I donna au jeune colonel déjà officier de la Légion d'honneur depuis le 4 août 1804, la croix de commandeur.

Meunier avait pour ami le colonel Jeanin, qui, comme lui, né en Franche-Comté, avait été nommé en 1792 lieutenant au 10° bataillon du Jura. Il avait fait les campagnes du Rhin, d'Italie et d'Égypte, pendant lesquelles en maintes circonstances il s'était distingué par son brillant courage et son intelligente initiative. En attaquant au siège de Saint-Jean-d’Acre les retranchements turcs, il avait été atteint à la ré

ion maxillaire gauche d'un coup de biscaïen tiré des canonnières anglaises. Transporté à l'ambulance, Larrey le chirurgien © ? v oO Lu

s'étonna de cette horrible blessure, en parla à Bonaparte qui vint adresser au bles

sé quelques paroles d'encouragement. Revenu à la vie contre toute attente, il n'avait pas été oublié par le premier Consul qui l'avait pris d’abord dans sa garde, puis nommé colonel du 12° régiment d’infanterie légère.

Meunier pensa à resserrer les liens de leur amitié en lui faisant épouser sa belle-sœur, Mie Pauline David.

D'un esprit vif et brillant, le colonel Jeanin, malgré la blessure qui le défigurait, vit sa demande accueillie favorablement, et en 1806 il obtenait la main de la seconde fille du peintre.

David était donc resté seul à Paris, son fils Jules à Civita-Vecchia, Eugène et ses gendres avec l'armée, tantôt en Prusse, en Pologne, enfin, de 1808 à 1812 en Espagne, où Eugène promu au grade de lieutenant, remplis d'aide de camp.

ait auprès de Meunier les fonctions

Dans cette guerre d'Espagne les deux colonels avaient conquis leurs épaulettes de général de brigade. Jeanin les avait reçues à la revue de l’armée passée par l'Empereur à Burgos en 1808. Meunier, qui avait été atteint de deux coups de feu en conduisant le 9 à l'assaut des positions anglaises de Talavera, avait été nommé plus tard, en 1810.

Tous trois étaient revenus en France à la fin de 1812. Le général Jeanin que sa santé rendait impropre à un service actif avait été envoyé d’abord en Italie, puis en Hlyrie: le général Meunier et Eugène, alors capitaine au 2° cuirassiers, avait rejoint l’armée en Saxe. Pendant leurs passages à Paris, David avait voulu faire les portraits de ses gendres. Le général Jeanin fut seul terminé; quant au général Meunier, ayant reçu un ordre de départ immédiat, la toile demeura à l’état d’ébauche.

La période des revers avait commencé pour la France, et dans l’armée réunie sur les bords de l’Elbe, reposait l'espoir de la patrie. David et sa famille en suivaient avec anxiété la fortune, quand on apprit qu'à la sanglante bataille de Leipzig, le général Meunier avait été blessé et Eugène frappé mortellement. A ces nouvelles, la famille éplorée prend le deuil ;

et les élèves partagent le profond chagrin de leur maître, qu'ils voyaient après chaque

visite à l'atelier, s'asseoir à l'écart, se cachant la tête dans les mains pour fondre en larmes. Ils pensèrent qu'une preuve de sympathie donnée à la mémoire d’Eugène, leur ancien camarade, apporterait un soulagement à la douleur de son père: ils résolurent de lui élever un monument funèbre. Mais ils n’eurent pas, heureusement, l'occasion de prouver ainsi la délicatesse de leurs sentiments.

ène avait été la

Frappé de cinq coups de sabre et tombé évanoui, Eu issé sur le champ

de bataille et porté comme mort sur les contrôles du régiment. Il fut relevé par les Russes qui. le retenant prisonnier, se préparaient à l'envoyer sur les derrières de l'armée, quand, retrouvant toute son énergie, il parvint à s'échapper et à franchir leurs lignes avancées. Arrivé à Weimar quelques instants avant l'entrée de l'ennemi, il y rencontra heureusement un ancien élève de son père, M. de Saint-Aignan, alors ministre de France en cette ville, qui put lui venir en aide en lui donnant quelques napoléons qu'Eugène cacha dans les linges qui bandaient ses blessures. Enfin, marchant la nuit, dans les bois, loin des chemins frayés, accompagné d’un maréchal-des-logis, qu'il avait entrainé avec lui, il atteignit le Rhin en vue de Worms. Le passage de ce fleuve, surveillé à la fois par les alliés et les Français, présentait une grande difficulté. Les fugitifs, cependant, surent attirer

l’attention des douaniers français. Un brave lieutenant, nommé Husson, au péril de sa vie,

alla les chercher sur la rive allemande et les ramena sur le territoire français où ils se firent reconnaitre.

De retour à Paris, ruiné, privé de tout, Eugène se rendit aussitôt chez sa sœur Pauline, qui le conduisit chez leurs parents. On eut un moment d'hésitation à retrouver dans ce malheureux, hâve et déguenillé, le brillant officier dont on pleurait la perte. Le doute fut bientôt dissipé, et la famille entière se livra à une joie inespérée. Eugène, remis de ses blessures, rejoignit bientôt l’armée.

A peine David était-il rassuré sur le sort de son second fils, qu’il avait lieu d'être inquiet de son aîné. Jules, de vice-consul à Civita-Vecchia, avait été nommé sous-préfet à Stadt, en Hanovre. Cette province avait été occupée par les alliés el on ignorait à Paris si Jules avait pu se retirer dans Hambourg, défendu par le maréchal Davoust, ou s'il était

retenu par les autorités ennemies.

Pour échapper aux inquiétudes que lui causait le sort de ses fils et de ses gendres,

David travaillait avec plus d'ardeur à ses 7hermopyles. Les épreuves que traversait la

France donnait de l'actualité à ce sujet qu'il avait choisi dans un moment où l'on était bien

loin de prévoir qu'elle pourrait un jour faire aussi un appel suprème au dévouement de ses enfants. I1 reprenait ainsi la pensée qui avait toujours animé ses pinceaux, ef Léonidas continuait la patriotique tradition des Æ/oraces et de Brulus, interrompue par l'éclatante fortune de Napoléon le Grand.

Seulement, si ses idées avaient toujours conservé la clarté et la fraicheur, la main avait perdu avec l’âge et ses derniers travaux, la précision, la fermeté qu’elle possédait quand il avait commencé ce tableau. Une partie de la toile était déjà couverte, quand il l’abandonna pour le Sacre, et les groupes qui entourent Zéonidas étaient traités dans

un mode encore plus sévère et plus châtié que les Swbines ; mais depuis, sa touche encore

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