‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 189 sur 328 · PREMIÈRE RESTAURATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE RESTAURATION

savante, était devenue moins sûre, Aussi recommandait-il à Rouget, qui lui rendait pour

les Thermopyles les mêmes services ue pour le Sucre, de ne pas oublier w’il travaillait pY q ) I

pour un vieillard dont les œuvres devaient, pour être sincères, porter la trace des effets de l’âge.

Comme pour les Sabines, il admettait ses élèves dans son atelier. Nous nous rappelons ette circonstance, il avait fait observer à son maître que, pour que son tableau fût vraiment grec, il fallait que l'inscription gravée sur le rocher par le jeune Spartiate, fût rédigée dans la langue de qui substitua l'inscription grecque à celle de :« Passant, va dire à Sparte... »; et le peintre ne cachait pas que c'était à la remarque de son élè demandée par le sujet lui-même.

Destouches nous racontant comment, en c

Léonidas. Cette réflexion frappa David,

ve, qu'il avait fait cette rectification

Les événements, ce endant, s'étaient précipités Napoléon venait de signer son ? ©

abdication, et les Bourbons, après un exil de vingt et un ans, remontaient sur le trône. David accepta avec dignité ces changemen

ts qui brisaient sa position et celle d'une partie de sa famille, Quant à sa

irité personnelle, haute position dans les arts, et la modération du Roi, Retiré dans son atelier de l'église Cluny, il

à propos de son passé politique, sa la mirent à l’abri de toute atteinte.

entendait le fracas des princes, des rois et des empereurs venant visiter les aïtistes de la Sorbonne, et il 1

élève Gérard la gloire officielle de reproduire les traits des ennemis de la France.

Mais la rentrée des Bourbons avait réveillé dans le e les conquêtes de la Révolution, l'espér.

art

aissail sans regret à son

œur de tous ceux qui repoussaient ance d'un prompt retour vers le P istes, quelques-uns, regrettant l'ancienne Académie ro auraient été heureux de la voir restaurée et n

assé ; et, parmi les yale de Peinture et de Sculpture, emplacer la quatrième classe de l'Institut.

Le petit nombre d'artistes, appelés à faire partie de cette dernière, était leur principal grief contre la création de la Convention nationale. Cette r sensible par le peu de vacances qui s'ét peinture, avait au

estriction, rendue encore plus aient jusqu'alors produites dans la Section de frappé les membres de la Classe des beauxmêmes prié l'Empereur de porter leur

ar(s, et ils avaient eux-

nombre de vingt-huit à quarante. Cette demande

apoléon, qui avait seulement recommandé à D distribuer de plus nombreux travaux.

n'avait pas été accueillie par N enon de

En juin 1814, le sculpteur Deseine, présent

ant au Roi une notice sur l’ancienne Académie de Peinture et Sculpture de 1

aquelle il était agréé, s'était fait l'interprète des anciens membres qui déploraient surtout la perte de ce titre de peintre et sculpteur du

Roï, qui « faisait en sorte que le public ne les confond

ait point dans son opinion avec la multitude »., Dans cet écrit,

qui retraçait les orages pendant lesquels J'

Académie avait disparu, si David n'était pas nommé, il était n

éanmoins désigné clairement et manière peu bienveillante. A quelques jours de là, croyant peut-être le moment favorable pour obtenir refusé, adressa au ministre de l’Intérieur nombre de ses membres.

d'une la quatrième classe de l'Institut, du Roi ce que l'Empereur lui avait une nouvelle demande pour augmenter le

David qui, nous l’avons déjà dit, n'assistait à ses séances que lorsqu'il était c uestion TU, q I I

des grands prix, s'était tenu en dehors de ces démarches, ne s'occupant que de son tableau et de l'instruction de ses élèves. Son atelier, comme les années précédentes, était représenté dans les concours de 1814, et mème deux de ses élèves avaient obtenu des seconds prix : Rioult en peinture et Léopold Robert en gravure en taille douce.

Alors se présente un incident qui fait bien connaitre la situation des esprits à cette époque. Le duc d’Angoulème devait honorer de sa présence la distribution des Prix de Rome. La Clas

parmi ses membres un de ces hommes qu'on appelait alors tout haut des régicides, et

se des beaux-arts, fière de cette haute faveur, mais pensant qu'elle comptait

voulant éviter à son protecteur une émotion capable de troubler sa sérénité, fit, par son président, prier David de ne pas assister à cette séance.

Celui-ci refusa, et Léopold Robert, dans ses lettres, nous fait connaitre les détails de cette distribution.

Pour faire disparaître David et son nom, on défendit aux lauréats, après qu'ils auraient reçu leurs couronnes, d'aller, selon la coutume, embrasser leur maitre; et en proclamant les noms de Rioult et de Robert, le secrétaire perpétuel Lebreton omit à dessein le nom de David, leur professeur ; mais se perdant dans son embarras, il s’arrèta après avoir lu le nom de Léopold Robert, né à la Chaux-de-Fond, pour ajouter en se repre-

nant : « Il n’y a pas d'élève en gravure », au lieu de « il n’y a pas de maitre en gravure »,

et cependant le prince, ainsi que tous les assistants, avait un programme où David était indiqué comme le professeur de ces jeunes artistes.

Aussi, ajoute Robert :

« Le lendemain du 4% octobre, nous allâmes, Rioult et moi, faire visite à M. David; il nous reçut parfaitement.

» — Eh bien, Messieurs, nous dit-il, la journée d'hier se passa bien drôlement. Vous » voyez comme l'envie et la jalousie sont toujours éveillées lorsqu'elles trouvent quelque » endroit à mordre ; mes ennemis m'ont fait bien grand hier, sans qu'ils s’en doutent, en » me mettant en parallèle avec les Bourbons. »

» Nous eûmes l'air de demander une explication.

» — Comment, mes amis, vous ne Savez pas que j'ai été député avec Carnot, Cam-

» bacérès et autres grands hommes; enfin que j'ai figuré dans la Révolution, que nous

» avons fait notre possible pour rendre la France heureuse.

» — Nous étions bien jeunes alors, lui dimes-nous. Nous n’en avons entendu parler » que vaguement.

» Eh bien, hier, le président de la Classe vint me dire : « — Monsieur David, je vous » estime beaucoup; je viens, en conséquence, vous engager à vous retirer; vous seriez

sans doute fâché de vous trouver avec un Bourbon.

» — Monsieur Taunay, lui ai-je répondu, le vin est versé, il faut le boire; je resterai, » je suis ici à ma place. »

» Mes ennemis, voyant ma fermeté, cherchèrent les moyens de taire mon nom : le

» maitre des cérémonies alla vous prévenir de ne pas embrasser vos maîtres, disant que 1

présence du prince rendait cette abstention nécessaire, et ensuite M. Lebrelon ne le

» plononça pas lorsqu'il vous appela, mais les programmes qu'on avait répandus firent faire » beaucoup de réflexions aux assistants. »

» M. David nous demanda ensuite comment le diner s'était passé; s’il avait été aussi Wistement que ceux des autres années. Nous lui dime

$ Oui, qu'on ne s'était pas amusé du tout. Il nous demanda encore beaucoup de dét

ails et nous restämes chez lui plus d’une heure et demie, et en nous quittant il nous dit :

© Il faut pourtant que je vous embrasse, mes chers amis: on m'a privé de cela hier, » j'espère que je le pourrai aujourd'hui. »

La conduite modérée du gouvernement vis-à-vis des la Révolution trouvait peu d’imitateurs. Une foule décrits, de pamphlets, s'inspirant de ce qui avait été dit et imprimé de 1793 à 1799, attaquaient le

hommes qui avaient marqué dans

s membres survivants de la

Convention. En même temps commençait la publication de ces mémoires sur la Révolution

qui, presque tous, ne sont qu'œuvres de parti. David n’y était pas épargné, et ses rivaux étaient heureux de ternir une réputation qu'ils n’av

aient pu éclipser dans les arts, et la mesure maladroite de la Classe des beaux-ar

ts justifiait ces paroles « que l'envie ne perd Jamais l'occasion de mordre ». Dédaignant ces injures comme il l'avait déjà fait pendant le Directoire, il venait de terminer son tableau des Thermopyles et de l'exposer publiquement dans son atelier de la Sorbonne avec /es Subines. Quelques jours après s'ouvrait le Salon de 1814. Pour donner à cette Exposition plus d'éclat, car les événements dont la France venait d'être le théâtre avaient nui aux travaux des artistes

, On y admit les œuvres qui avaient déjà paru au Louvre.

Girodet y envoya presque tous ses ouvrag exemple : on revit les Xwreurs d’Oreste d'Hennequin. Quant à Gérard à la fin, qu'un portrait du Roï. Les élèves de David,

; Guérin suivit son , il n’exposa, et encore comme en 1812, faisaient presque cependant les ouvrages célèbres de leur mailre, et surtout son dernier (ableau. On donnait pour

tous les frais de ce Salon, auquel mançquaient

prétexte de cette absence le manque de décence du Zéonidas, qui cependant, comme on le faisait judicieusement observer, ains ouvrages de Girodet,

La résolution de David de ne pas prendre part à l'E partisans de la Révolution et de l’Empire une oc Ils se portèrent en foule à son atelier ;

n'offrait rien de plus hardi que cert

xposition officielle fournit aux casion de manifester leurs sentiments.

ils lui prodiguèrent en cette circonstance des éloges exagérés et proclamèrent ses Thermopyles son plus bel ouvrage.

Son élève et ami, Le poète Lemercier, qui lui avait conseillé de reprendre cette toile, lui adressait le billet suivant :

« 19 octobre 1814.

» Mon cher Zeuxis,

» Je venais, avec ma femme et deux de mes amis, vous exprimer notre admiration de

votre tableau. Je savais que vous pouviez prendre les plus beaux corps e£ nous montrer vivantes des statues antiques ; Mais je ne croyais pas que votre

art allät jusqu'à figurer si divinement les cœurs et les âmes.

o14 CHAPITRE IX

» Nous sommes restés frappés de surprise devant ce nouveau tableau digne d'Homère.

» Votre élève, » LEMERCIER. »

Cependant, comme nous l'avons dit et comme il le sentait lui-mème, ce tableau portait les traces des effets inévitables de l’âge. Mais ses admirateurs ne voulaient voir, dans les dernières figures d'un dessin moins ferme et moins distingué, que le désir de l'artiste de sacrifier à la couleur et à la nature. Néanmoins, il faut reconnaître que si cette peinture possédait la pureté de formes et la fermeté de modelé qui éclatent dans les parties exécutées les premières, elle aurait été, malgré son peu de mouvement et son manque d'intérêt dramatique, la plus magistrale peut-être des œuvres de David. Elle renferme encore des beautés de premier ordre, car, outre les morceaux que nous avons signalés, la figure du Léonidas, dont la pose de face est imitée d’une pierre antique, est d’un dessin mäle et vigoureux, d’un pinceau large et puissant. La tête, pleine d'expression, résume, pourrait-on dire, toute la pensée de la composition.

David était heureux de son succès, et il le reportait avec justice aux bons amis qui l'avaient engagé à finir ce grand ouvrage. Aussi, écrivait-il, le 21 novembre 1824, à son

élève le marquis de Bruslard :

« Mon cher Marquis, mon cher élève,

» Des marques d'attention de votre part ne me surprennent pas, vous êtes d’une délicatesse extrème. Vous devez être étonné que je n'y aie pas répondu aussitôt ; je serais

vraiment digne de reproche, si la paresse à écrire y entrait pour quelque chose. Mon motif

était que je voulais, avant de répondre à votre charmante lettre, ètre bien assuré de l'opinion publique sur mon nouveau tableau. Elle se manifeste sur tous les points, et je puis, sans amour-propre, répéter, ce qui est dans toutes les bouches, que c’est mon meilleur ouvrage.

» Partagez, mon cher Marquis, la portion de gloire qui vous en revient; c’est vous qui m'avez pressé de ne pas abandonner entièrement ce tableau, de m'y remettre à la première occasion. Done, vous aperceviez mieux que moi, à cette époque-là, ce qu’il pouvait devenir. 1 y en a encore deux autres qui partagent avec vous la part que vous avez justement méritée : c’est M. Lemercier, l’auteur d'Agamemmnon, ete. mon élève aussi, et puis un sculpeur, M. Espercieux. Ils jouissent, ainsi que vous, de mon triomphe. Ah! mon cher M. Bruslard, l'intérêt que vous y avez pris ne me sortira jamais de la tête, et quand, avec quelques années de plus, je raconterai à mes élèves l’histoire de mes tableaux et de eurs différentes circonstances, celle-ci ne sera pas oubliée, et votre nom sera répété.

» Il y a encore une chère dame qui pourrait bien revendiquer sa part. C'est M®° de

Lascour ; elle a aussi, avec le talent, le sentiment de l’art, deux choses qui ne vont pas

oujours ensemble. Il ne serait pas difficile d'en donner des preuves; il suffit, vous ] I P

m'entendez.

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