‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 191 sur 328 · IL LE NOMME COMMANDEUR DE LA LÉGION D'HONNEUR · texte numérisé non relu

IL LE NOMME COMMANDEUR DE LA LÉGION D'HONNEUR

chancelier de l’Empire, y a fait apposer par notre ordre notre grand sceau, en présence du qi! î

Conseil du Sceau des titres. | | Ï (

» Donné au palais de Saint-Cloud, le 10 du mois de septembre de l’an de grâce 1808, il 1 | ;

de notre règne, le . . . . .. 1814 » Signé : NAPOLÉON. |

| » Scellé, le 23 septembre 1808.

» L'archi-chancelier de l'Empire. { » CAMBACÉRÈS. » (|

À une des audiences des Tuileries, David présenta ses deux fils à l'Empereur. Jules, l'aîné, qui venait de Hambourg, dut recevoir une préfecture ; quant à Eugène, il fut nommé chef d’escadron au 1% régiment de cuirassiers. Il avait été mis en retrait d'emploi dès les premiers jours d'avril 1814. En effet, le 2% cuirassiers

artie du 6° corps qui, sous les ordres de Marmont, formait, sur la rivière d'Essonne l'avant- P Tut, ’ ,

} dans lequel il était capitaine, faisait | | garde des troupes que Napoléon concentrait autour de Fontainebleau. Eugène s'e

‘tait fait } ENT remarquer parmi les plus exaltés, quand les soldats, ayant reconnu, en arrivant à Versailles, | la conduite coupable du maréchal et des généraux qui venaient de leur faire abandonner | leur position, voulurent retourner auprès de l'Empereur. |

| David avait aussi recommandé ses gendres. | |

Le baron Meunier, nommé général de division en novembre 1813, avait reçu, le mois | | suivant, le commandement d’une division de la jeune garde et fait à sa tête loute la campagne de France. Conservé d’abord par les Bourbons, pour commander la 14° division militaire, il avait été nommé chevalier de Saint-Louis, puis mis en non activité au mois fl} | de décembre 1814. L'Empereur lui rendit sa division de la jeune garde. li

Quant au baron Jeanin, après avoir pris une part active aux combats livrés par les ! Français aux Autrichiens en Italie, en 1813, il avait été mis en non activité en sep tembre 1814 ; en décembre 4814, le Roi l'adjoignait à l'inspection générale de l'infanterie 114 | { { dans la 7° division militaire, puis lui conférait, en janvier 1815, le grade de général de divi- A sion. L'Empereur, à son retour, l'avait trouvé à Grenoble et l'attacha au 2° corps de l’armée | ! du Nord. | JE à

Ces marques d’estime que Napoléon donnait à son premier Peintre pouvait lui faire | oublier les ennuis que lui avait causés la rentrée des Bourbons. Mais s’il était maintenant | tranquille, il n’en était pas de mème des artistes pour lesquels la présence des alliés à Paris

avait été une occasion de triomphes. Gérard, entre autres, devenu le peintre de la nouvelle

| ÿ r] { : è : ARRET : F ar | { cour, et qui, en plusieurs circonstances, non content d’avoir désavoué son maitre, l'avait | même accusé de l'avoir forcé à accepter les fonctions de juré au Tribunal révolutionnaire, se | El | . . . : # 11 trouvait, depuis le retour inattendu de l'Empereur, dans une situation embarrassante. | | ‘à Éprouvant le besoin de faire excuser sa conduite, il s'était rapproché de David dont le LA crédit allait grandissant ; aussi l'assurait-il qu’on lui avait prêté des propos qu'il n'avait |

as tenus, et qu'il n'avait jamais cessé d’avoir pour lui la plus vive amitié. “À I

o18 CHAPITRE IX

Celui-ci lui répondit par le billet suivant :

« 9 avril 1815.

» Je n'ai jamais douté, mon cher élève, de vos sentiments à mon égard. Ils se sont toujours montrés dans les occasions qui en méritaient la peine. Vous avez dû souvent gémir des injustices exercées envers moi ; eh bien, mon ami, que mon exemple vous touche ; vous avez du talent, et beaucoup de talent, que de torts vous accumulez sur votre tête! Mais

c’est ici le cas de dire, comme dans la comédie de Zartufe : » Nous vivons sous un prince ennemi de la fraude.

Il réparera avec le temps la calomnie que l'ignorance emploie déjà contre vous pour diviser le temps que vous employez si bien pour la gloire de votre pays et de mon école. » Je vous réitère mes remerciements et vous embrasse de tout mon cœur; mes respects à votre chère épouse.

» DAVID

Peu de temps après, Gérard eut l’occasion de prouver la sincérité de ses sentiments. La classe des beaux-arts de l'Institut qui avait inutilement demandé, d'abord à Napoléon, puis

à Louis XVIII, de voir le nombre de ses membres porté de vingt-huit à quarante, obtint,

en 1815, de l'Empereur cette augmentation si désirée. Conformément à cette décision, elle eut à procéder à de nouvelles élections et à choisir parmi de nombreux candidats. Girodet, Gros, Guérin, Meynier, Vernet, Prud'hon avaient été inscrits les premiers sur la liste de présentation, à laquelle on ajouta Le Monnier, Serangeli et Thevenin. Gérard, qui avait été antérieurement nommé à la place du comédien Monvel, jouissait, par son (alent, son esprit et ses relations aimables, d'un grand crédit dans l'assemblée. Pourtant sa conduite, pendant ces derniers temps, lui avait aliéné les sympathies des partisans du régime impérial et, entre autres, de Gros qui était resté fidèle dans le malheur à l’homme qui avait commencé et fondé sa réputation et sa fortune.

David désirait vivement voir entrer Gros à l’Institut, et il s'entremit en sa faveur. Il s’adressa surtout à Gérard pour qu'il soutint la candidature de son camarade, et il réussit à rapprocher ces deux artistes si haut placés par leur talent, ainsi que nous le prouve le billet suivant, adressé par Gros à Gérard :

« Paris, ce 12 mars 1815.

» A Monsieur Gérard, peintre d'histoire, membre de l’Instilut.

» Je sors de chez M. David, notre cher maître, qui a bien voulu me rapporter les bonnes

dispositions de MM. les membres de l’Institut à mon égard, que vous-même vous les aviez

un

partagé

s, et vous vous étiez montré là, toujours ancien camarade, C’est sous ses auspices,

l’occasion de vous remercier. Je vous

conformément à ses désirs et aux miens, que je saisi

pensais si mal disposé à mon égard que j'avais regardé la visite d'usage comme imprati-

SECONDE RESTAURATION 519 cable. Je désire que ces remerciements sincères réparent cette omission, et que vous n’interprètiez point mal cette démarche, aussi conforme à mes sentiments qu? maitre, que je quitte à l'instant.

à ceux de notre cher

» Veuillez agréer mes civilités. » GROS. »

Gérard se montra bon camarade, et Girodet ayant été nommé, le 20 mai, Gros et Guérin

furent élus le lendemain, et complétèrent, avec Meynier et Vernet, la Section de peinture. Avant de partir pour l’armée, l'Empereur, selon ses promesses, av

ait, par les actes additionnels, doté la France d’une Constitution libérale. Cette réf

orme devant être confirmée par l'acceptation du peuple, des registres furent déposés dans les mairies et chez les officiers publics pour recevoir le vote écrit des citoyens.

David se prononça pour la nouvelle Constitution, dont le dernier ar nouveau la séparation de la France et de la famille des Bourbons et

ticle affirmait de sa volonté de conserver intactes les conquêtes de la Révolution sur l'ancien régime.

Il était ainsi conçu :

(ARTICLE 67. — Le peuple français déclare que dans la délégation qu'il a faite de

ses pouvoirs, il n’a pas entendu et n'entend pas donner le droit de pr

oposer le rétablissement des Bourbons ou d’aucun prince de cette famille sur le tr

ône, même en cas d’extinction de la dynastie impériale, ni le droit de rétablir soit l'ancienne noblesse féodale, soit les droits féodaux et seigneuriaux, soit les dimes, soit aucun culte privilégié ou dominant, ni la faculté de porter aucune atteinte à l'irrévocabilité de la vente des domaines nationaux. » Il est interdit formellement au Gouvernement, aux Chambres et aux citoyens toute proposition à cet égard. »

Quelques jours après, la fortune ayant trahi les armes de Napoléon d Waterloo, les alliés replaçaient de nouveau les Bourbons sur le tr nait posse

ans les plaines de

ône, et Louis XVIII repre- Sa première proclamation, datée de Cateau Cambrésis, en parlant de mettre à exécution les lois e menaçait de représ

sion de son royaume en souverain irrité.

xistantes contre les coupables, ailles les Français qui s'étaient montrés sympathiques à 1

à cause impériale. A Cambrai, il annonçait encore sa ferme volonté,

« d’exclure de sa présence les hommes dont la renommée est un sujet de douleur pour la France, et d'effroi pour l'Europe. »

- CIS seront, ajoutait-il plus loin, désignés à la vengeance des lois par les deux Chambres que je me propose de rassembler incessamment. »

En présence des déclarations royales, David crut devoir s'éloigner de Paris ; Mais avant

de partir, prévoyant que dans leur triomphe les alliés voudraient dépouiller la France de

ses richesses artistiques, il prit ses mesures pour mettre en sûreté les tableaux du Sgcre et des Aigles, qui, à la première Reslauration, étaient revenus à son atelier de la Sorbonne. ansport difficile, il les coupa en trois morceaux qu'il roula, et les envoya ainsi dans l'Ouest.

Comme ces toiles étaient d’une dimension qui en rendait le tr

On peut dire que ces précautions ont conservé à nos musées ces deux ouvrages, Car lous les Français se rappellent encore le pillage des collections publiques de livres et de tableaux par les alliés et

surtout par les Prussiens, dont le commandant en chef Blücher encourageait les excès en enlevant lui-même du palais de Saint-Cloud le Portrait de Bonaparte franchissant le Mont Saint-Bernard.

Rassuré sur le sort de ses œuvres, David se dirigea vers la Suisse, accompagné de

fies

son domestique Geoffroy. Le 16 juillet il était à Besançon où un journal de Paris si lait sa présence. En passant à Pont-de-Pany, village à quelques lieues de Dijon, son élève Rude, qui fuyait aussi la réaction royaliste, l'avait reconnu dans la diligence, mais avait jugé prudent de n’en rien manifester. Le 23, il passait par Pontarlier pour entrer en Suisse. Ce pays cependant se montrait peu hospitalier envers les malheureux Français qui venaient y chercher un refuge, aussi David y rencontra-t-il peu de sympathie. De Neufchâtel, il se rendit sur les bords du lac de Genève, il alla ensuite de cette dernière ville en Savoie, où il séjourna quelques jours à Chamounix, et il revenait le 7 août à Genève. Entretenant avec sa femme une correspondance sous le nom de M. et M" Geof-

froy, il avait été informé de l'ordonnance royale du 24 juillet, qui, après avoir désigné

nominativement les Français qui seraient livrés aux tribunaux militaires et ceux qui devaient se tenir à la disposition de la justice, assurait par son quatrième et dernier article, que « les listes de tous les individus auxquels les articles 1 et 2 pourraient être applicables, sont et demeurent closes par les désignations nominales contenues dans ces articles, et ne pourront jamais èlre étendues à d’autres pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce puisse ètre, autrement que dans les formes et suivant les lois constitutionnelles, aux quelles il est expressément dérogé pour ce cas seulement. »

Trouvant dans les paroles du Roi un gage de sécurité, David se décidait à rentrer en France et était le 10 août à Besançon. Quand il voulut quitter cette ville pour revenir à Paris, il ne put obtenir du commandant autrichien la permission de franchir les lignes du

blocus. Il informa de cette position sa famille qui fit à Paris des démarches auprès du prince

de Schwarzenberg, commandant en chef de l'armée autrichienne. Le prince qui était entré en relation avec l'artiste à propos de sa nomination à l'Académie des Beaux-Arts de Vienne, sut lever cet obstacle, ainsi que semble l'indiquer cel article de l'ÆcAo du soir du 20 août 1815 :

« Les journaux ont parlé du voyage que M. David est allé faire en Suisse au commencement du mois dernier ; il parail que son retour éprouve à la frontière des difficultés qui l'ont forcé de recourir à l'autorité du prince de Schwarzenberg, et que sa réclamation a été accueillie avec la faveur que les arts obtiennent toujours auprès des princes éclairés. »

Le bruit seul que le prince de Schwarzenberg était au courant de cette affaire suffit pour amener un dénouement favorable à David, car le 25 août il écrivait à sa femme la lettre suivante, lui annonçant sa prochaine arrivée à Paris.

« Besançon, ce 25 août 1815.

» Ma bonne amie,

» L'article du journal dont tu m'as envoyé copie à produit son effet. Le général autri-

chien, commandant le blocus s'est radouci : il m'a envoyé mon passeport. On connaissait à

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