RÉPONSE DE DAVID A GROS ET À LECHEVALIER
de votre amitié le beau
pour moi, pendant que je lisais ma description de la plaine de Troie. Tout le monde,
dans cette illustre assemblée, ne partageait pas vos nobles sentiments pour moi, et c’est pour cela même que j'en sentais mieux le prix et que j'en ai conservé un profond souvenir.
» Quoique nos opinions politiques ne se réconciliassent pas plus alors qu’elles ne le
font aujourd’hui, avec le système républicain qui dirigeait alors
$ ma patrie, je n’en sollicitai pas moins de ses chefs la permission de respirer en paix auprès de ma famille et de mes amis.
» Le Directeur La Reveillère-Lepeaux, que je chéris toujours comme mon bienfaiteur. donna, sur ma demande, des ordres pour que je fusse accueilli dans tous les ports de France où je pourrais aborder, avec tous les égards dus au voy
d'arts. Il savait parfaitement que mon cœur él
geur qui s'occupe de sciences et ait à mon Roi légitime. Je n’ignorais pas que le sien était à la République. Il connaissait sa force, je connaissais ma faiblesse, il était sûr de ma résignation à son gouvernement parce qu'il en avait reçu ma parole. Je comptais pleinement sur sa protection, parce que j'étais fer
memen{ résolu à ne m'occuper que de mes travaux scientifiques et littéraires. » C'est ainsi, et c’est parce seul moyen que l'équilibre et la paix se n
établiront dans les empires après les grandes convulsions qui les ont agités. C
hacun jette au loin le bâton
de commandement pour reprendre les fonctions auxquelles il est appelé par la nature, et le
calme se rétablit.
» Puisque vous voulûtes bien, mon ami, coopérer alors
s, par votre bienveillant intérèt, à assurer mes pas chancelants sur la terre natale qui tremblait encore sous nos pieds, c’est
à mon tour de vous rappeler aussi dans votre patrie, au moins par mes vœux et mes
eusement assez d'influence pour ordonner sur-le-champ
conseils, puisque je n’ai pas malheur votre retour.
» Je vous ai déjà dit à ce sujet ma pensée tout entière, ou plutôt je vous ai ouvert mon Cœur avec cette franchise que votre confiance en moi lui
a inspirée dans plus d’une occasion importante... »
Le reste de la lettre qui nous manque indiquait certaines démarches à faire auprès de gens bien placés pour obtenir leur appui.
David, quoique sensible au dévouement de Gros, ferm
invoquant le calme profond dont il jouissait en Belgique, il lui annonçait son intention
de ne rien tenter pour provoquer son retour. Il lui répondait :
a l'oreille à ses conseils, et
« Bruxelles, le 2 novembre 1819.
» Mon cher Monsieur Gros,
» Nous ne nous entendrons jamais, mon bon ami, tant que vous vous persuaderez qu’on
ne peut ètre heureux qu’en France: moi je suis bien fondé à penser le contraire. Depuis mon retour de Rome en 1781, je n’ai jamais cessé d’y être persécuté, tourmenté dans mes travaux
amandre penché sur son urne que vous dessiniez à l’Institut
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par tous les moyens les plus odieux, et si le ciel ne m'avait pas favorisé d’une certaine force
de tête, j'aurais pu y succomber. Vous en avez été témoin souvent, votre amitié pour moi m'en a souvent prévenu; vous m'avez mème reproché d'être apathique, de ne pas y attacher
d'importance; je les laissais faire et leur répondais par un ouvr
e. C'était, à la vérité, jeter de l'huile dans le feu, lorsqu'une révolution terrible est venue leur donner la force, et Dieu sait comme ils en ont profité.
» Vous m'aimez, mon bon ami, vous ne voulez que mon bonheur et ma tranquillité; eh jien! soyez content, vos vœux sont remplis; laissez-moi jouir en paix du repos que j'éprouve
en ce pays et qui m'a été inconnu jusqu'à présent. Vous connai bien ma situation, par-
Z ons donc à présent de mes intérêts, chose qu'il faut diviser et qui n’a aucun rapport avec la
)remière.
» Je n'ai jamais refusé de céder mes tableaux, je ne l'ai refusé qu'à l'étranger, pensant
bien qu'à ma mort le gouvernement ne pousserait pas plus loin sa haine. Ils rappelleront
eut-être un jour les persécutions sans nombre qu'ils ont attirées à leur auteur. Mais, mon ami, était-ce là le moyen sion avait sincèrement le désir d'en faire l'acquisition? C’est vous, vous seul, qui m'en avez parlé, je ne devais regarder cela que comme un élan de votre amitié ; les personnes attachées au gouvernement, sous le rapport des arts, m'en ont-elles jamais entretenu. Je méritais, je crois, après les services que je leur ai rendus, une petite déférence de leur part; ils n’en ont rien fait, je dois donc attendre qu'ils s'expliquent plus ouvertement.
» Il ne me reste plus qu'à vous assurer de mes éternels témois s d'amitié; ma
femme, comme vous savez, les partage.
» Adieu mon brave élève, je vous invite au courage; vous en avez besoin dans ce moment-ci, l'intrigue vous environne.
» Votre ami, è » DAVID. »
Ces derniers mots s’appliquaient à la fortune rapide de Gérard, qui après avoir été nommé Peintre du Roi, venait d’être créé baron et qui devait, disait-on, son élévation plus au savoir faire qu’au talent; conduite bien différente de celle de Gros, qui n'avait jamais renié ses sympathies pour son maitre el ses premiers protecteurs.
Après avoir répondu à son élève, David, le mème jour, notifiait à Lechevalier sa
répugnance à suivre ses avis; qu'il jugeait avec sévérité.
« Bruxelles, ce 2 novembre 1819.
» Mon cher Lechevalier,
» Toute lettre demande une réponse, surtout quand elle nous est adressée par quelqu'un
qu'on estime et qu'on aime ; mais, entre nous, comment avez-vous pu m'écrire sérieusement
un pareil radotage ; excusez-moi le terme. Vous m'invitez à écrire à M. le comte, à M. le
duc, à M. le marquis; et pour quelle raison ferais-je toutes ces démarches? pour retourner en
France. Vous ai-je jamais parlé de cela? Vous allez jusqu'à me dire : « Faut-il que le Roi
descende de son trône pour m'inviter à rentrer en Fre pareille folie? Je connais les convenances, m je ne demande rien, je ne voulais que la tranquillité, » Adieu. Ubi bene, ibi patria.
» Votre ami,
» Ma femme qui file toute la journée vous fait mille amitiés.
A quelques jours de là, voulant adoucir pour son ami fidèle, David, par son fils Eugène, faisait parvenir à Gros l'expre souvenir.
« Mon cher Gros,
» Cest autour d'une table garnie de punch, bons amis, Naigeon, Odevaere et Eugène David, votre bon cœur et ne mettons qu'en seconde l'éloge de votre dernier tableau. ( une réputation. Vous avez trouvé la véritable, les journaux postérité prononce.
» Continuez.
Gros cependant soutenu par l'amour qu'il port de vaincre ses derniers scrupules, et de réussir à le ramener en raison que l'achat par le gouvernement des /$4
de ces chefs-d’œuvre dans les
jaleries du Luxemboure
l'opinion publique capable d’aplanir les obstac nement et de l’exilé. I1se sentait, au re du plus grand nombre des artistes qui av servés dans son atelier de la place de les élèves de Girodet avaient couronné sa Galathce l’école de David accompagnés des jeunes gens des W'ansportés à l'église de Cluny et avaient orné le Léonidas de p cris de : « Vive Monsieur David, l'honneur de l’école Française rendre bientôt aux arts et à sa patrie ! »
Il faut reconnaitre que l'administration des Musées, Forbin, céda volontiers au sentiment de la foule. Dès David, et de Senonnes, secrétaire de l'administration des
conclue. Aussi Gros en annonçant que le Roi venait de l’honor.