‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 214 sur 328 · REFUS DU GOUVERNEMENT DE RECEVOIR SES CENDRES · texte numérisé non relu

REFUS DU GOUVERNEMENT DE RECEVOIR SES CENDRES

Après avoir déposé le corps à l’église, les assistants se part souvenir les lauriers qui garnissaient le char funèbre.

Pendant ce temps, à Paris, les amis de David n'étaient pas r regrets de la perte du maître. Beaucoup se rendirent auprès de de grands ménagements, on avait dû se résigner à apprendre le coup qui la frappait.

À la nouvelle de la mort du peintre des Subines et de Zéon idas, l'administration des Musées avait fait transporter au Louvre ceux de ses ouvr du Luxembourg. Les élèves de Gros, alors désireux de payer un dernier tribut de reconnaissance et d’admiration au talent de son m

agèrent comme un pieux

estés sans exprimer leurs

sa veuve, à laquelle, avec

ages qui décoraient la galerie

aitre, voulurent placer le buste de David au dessous de ses tableaux. Sur le refus du directeur du

Musée qui fit fermer et garder par des gendarmes l'entrée de la galerie, ils se

rendirent chez la veuve de l’illustre artiste. Enfin les journaux annoncèrent que David d'Angers

s, Son élève, était parti pour Bruxelles pour exécuter la statue du défunt d’après ses souvenirs et les indications qu’il pourrait recueillir.

Persistant dans l'intention de ramener dans sa patrie les cendres du banni, sa veuve et ses enfants avaient adressé, le 16 janvier 1826, au comte de Villèle, président du Conseil des ministres, la requête ci-dessous pour obtenir cette précieuse autorisation :

« Monseigneur, » Une famille profondément affligée supplie S. M. le Roi de lui permettre de rapporter en France les restes de son chef, le célèbre peintre d'histoire, Jacques-Louis David, pour les déposer dans le sein de sa terre natale. Si elle obtient cette velir ces précieux restes au cimetière du Père-Lachaise. » Nous conserverons,

faveur elle se propose d’ense-

Monseigneur, une vive reconnaissance de ce bienfait,

et nous formons des vœux pour la conservation de Votre Excellence.

» J. DAVID, pour lui et sa mère paralytique ; » E. DAVID, ancien chef d’escadron ;

» ÉMILIE DAVID, baronne Meunier :

» PAULINE DAVID, baronne Jeanin. »

Voici la réponse que M. de Villèle fit

à cette demande que les enfants de David lui avaient remise, le 23 ;

janvier, en audience particulière :

€ À Monsieur J. David, homme de lettres.

» Paris, 27 janvier 1826.

» Ainsi que j'ava

eu l’honneur de vous l’annoncer, Monsieur, j'ai mis sous les yeux du Conseil des ministres la demande contenue en. la lettre que vous m'

avez écrite sous la date du 16 de ce mois.

» Le Conseil n’a pas pensé que cette demande püt ètre accueillie, et j'ai dès lors le regret de vous faire connaître qu’il m'est impossible d'y donner suite. » Agréez, Monsieur. !

» Le Président du Conseil des ministres, DJ" VILLELE.

La famille de David fut désolée de cette réponse, en voyant qu'une politique implacable s’acharnant sur un cadavre, refusait au grand artiste qui avait jeté tant d'éclat sur l'école Française, une tombe au milieu des siens. Mais bientôt l'indignation surmontant la douleur, elle envoya au Constitutionnel et au Courrier français la déclaration suivante avec prière

de l’insérer :

« Paris, Le 30 janvier 1826.

» Nous soussignés, veuve et enfants de Jacques-Louis David, peintre d’histoire, décédé en exil, à Bruxelles, le 29 décembre dernier, rendons notoire par la présente déclaration : que nous avons remis en audience particulière, le 23 de ce mois, à Son Excellence le président du Conseil des ministres, une lettre en date du 16, par laquelle nous demandions à ètre autorisés à rapporter en France le corps de notre époux et père; que M. de Villèle nous a répondu par une lettre, en date du 97 de ce mois, dans laquelle, sans mentionner l'objet de notre demande, il nous fait savoir qu’elle est refusée. Par cette décision, que le ministre évite d'expliquer, tant il en sent l'injustice, notre famille et la France se trouvent privées à jamais des restes précieux de l'homme qui l'a le plus illustrée dans les arts. Afin de nous

laver aux yeux de nos descendants et de la France entière de l'opprobre qui rejaillirait

sur nous, si l'on pouvait un jour imputer à notre indifférence ou à notre pusillanimité, de voir le sol de la patrie privé d’un aussi précieux dépôt, nous déclarons ici publiquement que nous avons fait tout ce qui dépendait de nous pour l'obtenir.

» Nous en donnons pour preuve notre demande dont nous joignons ici la copie et la réponse que nous avons reçue du ministère. Cette réponse, à la vérité, contre les règles de la correspondance ministérielle, ne relate pas l'objet de notre demande; mais nous affirmons que, le 16 janvier 1826, nous n'avons adressé au ministère aucune autre lettre que celle dont nous donnons ici copie et que, par conséquent, la dépèche ministérielle est la réponse à cette lettre ; nous déclarons, en outre, qu'attendu que la loi d'emmisiie, du 12 janvier 1816, par laquelle notre père a été frappé d'exil, ne saurait avoir d'effet après sa mort, nous regardons ce refus comme une persécution qui le poursuit dans le tombeau, contre laquelle nous protestons solennellement, et nous ne négligerons aucun moyen légal de combattre celle

violation des lois et d’en obtenir justice.

» J. DAvip, pour lui et sa mère paralytique ; » E. DAVID;

» ÉMILIE DAVID, femme Meunier;

» PAULINE DAVID, /énume Jeanin.

REFUS DU GOUVERNEMENT DE RECEVOIR SES CENDRES 611 Après ce refus des ministres du roi Charles X, il ne restait à la famille de David qu'à lui faire rendre, à Bruxelles, les derniers devoirs et à confier son corps à l'hospitalité de la Belgique. Ses fils retournèrent à Bruxelles et s'entendirent avec la commi

sion des artistes belges, pour le service funèbre. Cette cérémonie, qui devait être célébrée à Sainte-Gudule, fut fixée au 16 février 1826, et les journaux firent paraitre, quelques jours à l'avance, l'invitation de

la commission aux artistes, de s'associer aux funérailles du plus illustre représentant des

beaux-arts. On distribua de nombreux billets d'invitation qui devaient servir de carte d'entrée au service funèbre.

Ce billet était ainsi rédigé:

€ La veuve et les enfants de Monsieur 7.-Z. David, ancien premier Peintre de l'Empereur Napoléon, commandant de la Légion d'honneur, membre de l'Institut de France, de plusieurs Académies, ete., etc., et les « membres du Comité pour l'érection d’un monument » à sa mémoire », ont l'honneur de vous faire part que le service funèbre pour le repos de son âme, sera célébré (le corps présent) dans l'église des Saints-Michel-et-Gudule, le jeudi 16 février 1826, à onze heures précises du matin, pARal. PP, »

Au jour désigné, dans le chœur de l'église, tendu de noir et brillamment éclairé, s'élevait un catafalque contenant le cercueil de David, et décoré de uniforme de l'Institut et de ses insignes de la Légion d’honneur. aient des députations des Académies de Courtrai, d'Ypres, de Gand et de plusieurs autres villes de Belgique et de Hollande. Un gr.

sa palette, de son

idaient

Jules et Eugène pré

ce triste service, auquel as

and nombre de dames, des fonctionnaires civils et militaires, des membres des États généraux, et surtout beaucoup d'artistes se remarquaient parmi la foule qui remplissait l’église.

Pendant la célébration du service, les artistes du Grand-Théâtre de Bruxelles et la maitrise de la cathédrale exécutèrent, d’une manière remarquable, des morceaux de musique choisis pour cette circonstance.

Après cette cérémonie funèbre, le corps fut de nouveau confié au dépôt de l’église Sainte-Gudule, en attendant le jour où il pourrait être transporté dans le caveau que. la famille de David allait faire construire dans un des cimetières de la ville de Bruxelles. on des artistes belges avait pris une large part dans les honneurs rendus à la mémoire de David. Ses membres, apprenant

La commi

a décision royale qui refusait à ses cendres une tombe en France, avaient résolu de solliciter les amis des arts pour lui ériger un

monument en Belgique, et, dès le 14 février, Odevaere, qui, par des circonstances indépendantes de sa volonté, n’avait pu assister au convoi de son maitre, le 9 janvier, rédigea ce nouvel appel :

« Bruxelles, ce 14 février 1826.

» Au Rédacteur de l'Oracle.

» Monsieur, le refus du ministère français de permettre que les dépouilles mortelles de M. David rentrent dans sa patrie, a définitivement déterminé le lieu de sa sépulture.

» Depuis le jour où les arts ont essuyé la perte irréparable qu’ils ont faite, par la mort du restaurateur de la peinture, un comité à été nommé à Bruxelles, et de nombreuses offrandes destinées à éterniser nos regrets ont couvert les listes de souscription pour élever à l’illustre exilé un monument digne de lui.

» Si l’on avait accordé à ses concitoyens de recueillir ses précieux restes, nous nous

serions empressés de joindre le produit de nos listes aux dons des artistes et amis des arts et des hommes de lettres français et étrangers, pour que la France montrât avec orgueil l'endroit où on aurait déposé un de ses plus célèbres enfants.

» C'est à nous maintenant de faire un appel aux Français, aux hommes de toutes les nations qui sentent le beau et honorent le génie, aux nombreux élèves surtout de ce David qui était leur guide, leur ami, leur père.

» Ils seraient fortement offensés si nous ne leur offrions pas de partager avec nous l’honneur de rendre à celui que nous pleurons tous les douloureux devoirs qui sont dus à ses cendres.

» Le monument qui décorera la terre hospitalière de la Belgique appartiendra à tous

les pays : il sera européen. Des circonstances assez connues, étrangères au noble caractère

français en ont seules fixé la place hors de France. Tous les cœurs généreux qui battent pour

la gloire doivent y contribuer. Tous un jour, guidés par l'admiration ou la reconnaissance, porteront leurs pas vers le dernier asile de David que leurs pieuses mains se seront plu à orner.

» Nous vous prions, Monsieur, de vouloir bien insérer cette lettre dans votre estimable journal, d'ouvrir une liste de souscription pour ériger un monument sépulcral à la mémoire du grand peintre que nous avons perdu, et de publier le nom des

souscripteurs. »

Malgré ces preuves de sympathie, la fin des difficultés que devaient rencontrer les fils de David pour donner aux cendres de leur père un dernier et éternel asile, n'était pas encore arrivée.

Conservant l'espoir de ramener un jour en France ces précieux restes, qu'on ne pouvait toujours conserver dans la chambre mortuaire de Sainte-Gudule, la famille se décida pour la construction d’un caveau dans un des cimetières de Bruxelles; car la sépulture dans une église, usitée pour les personnages marquants, aurait peut-être créé des obstacles quand on de terrain dans le

on aurait voulu reprendre le corps. La demande d’une conce gimetière de Saint-Josse-ten-Noode fit naître un conflit entre le Conseil de fabrique de l'église des Saints-Michel-et-Gudule et le conseil des Hospices de la ville de Bruxelles, qui, toutes deux, prétendaient toucher une rémunération de 500 florins en cette circonstance.

Cette question, portée d’abord à la Régence de Bruxelles, puis devant les États députés de la province du Brabant méridional, fut résolue par un arrêté royal du 25 août 1526, qui autorisa en ces termes la fabrique de Sainte-Gudule et les hospices de Bruxelles à céder

la portion de terrain qu'on leur demandait :

& NOUS, GUILLAUME, PAR LA GRACE DE DIEU, ROI DES PAYS-BAS, PRINCE D'ORANGE NASSAU, GRAND-DUG DE LUXEMBOURG, etc., etc.

» Sur le rapport du directeur général pour les affaires du culte catholique, du 19 juillet 1826, n° 21, relativement à une demande faite par D. V. Ramel, avocat à Bruxelles, au nom des enfants de feu le peintre David, tendant à obtenir, moyennant le payement d’une somme de cinq cents florins, tant à la fabrique de l’église des Saints- Michel-et-Gudule à Bruxelles, qu'aux hospices de la même ville, la cession d’un terrain de six aunes et demie au cimetière de la présente paroisse à Saint-Josse-ten-Noode, afin d'y construire un caveau et monument pour leur susdit père;

» Vu le rapport de notre ministre de l'Intérieur du 19 de ce mois, n° 64, où il constate que l'administration de la ville de Bruxelles a, en conformité de notre disposition du 27 septembre 1819, n°8, consenti à la cession dont il s’agit ;

» Vu aussi les articles 11, 16 et 17 du décret du 23 prairial an XII,

» Avons trouvé bon et entendu d'autoriser respectivement la fabrique de l’église des Saints-Michel-et-Gudule et l'administration des hospices à Bruxelles à accepter la somme de cinq cents florins (500), qui est offerte à chacune d’icelles à l'effet que dessus à charge qu'il devra ètre payé au Trésor, conformément aux dispositions sur les donations, un droit égal avec celui des successions.

» Cette autorisation s'étend en tant que besoin à l'administration de la ville de Bruxelles.

» Notre ministre de l'Intérieur est chargé de l'exécution du présent arrêté, dont une expédition sera transmise à notre conseiller d'État, administrateur de l'enregistrement du cadastre et des loteries, pour information et direction.

» Au Loo, le 25 août 1896. » GUILLAUME. »

La famille David, représentée par Ramel, avait seule paru en cette circonstance, car la souscription ouverte par les artistes belges, et soutenue en France par quelques élèves du maitre, n'avait pas répondu à leur attente. Elle eut donc à acquitter les frais et du tombeau qui abritaient les cendres de son illustre chef.

du caveau

Pendant les délais assez longs de cette affaire, les héritiers de David avaient organisé la vente de ses peintures et de ses nombreux dessins. Elle fut précédée d'une exposition dans la salle Lebrun, rue du Gros-Chenet, où figuraient l'Andromaque, le Mars, les Études peintes en Tlalie, les Portraits de Napoléon au Mont Saint-Bernard et en habits impériaur, et un certain nombre de toiles seulement ébauchées. Quant aux tableaux du Lepelletier et du Murat, portés sur le catalogue, ils étaient visibles dans le salon d'Eugène David, 11, rue Cadet.

La vente, commencée le 17 avril, ne repondant pas aux espérances des parties intéressées, celles-ci retirèrent des enchères les principales toiles, ne laissant adjuger que les

dessins, dont quelques-uns atteignirent un prix assez élevé.

Le Mural avait suivi le sort des autres peintures. Pour le Lepelletier, il fut acquis

avant les enchères publiques par la fille de ce député, Me de Mortefontaine, qui, professant

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des opinions toutes différentes de celles de son père, s'efforçait de faire disparaître tout ce qui pouvait rappeler le rôle qu’il avait joué pendant la Révolution.

Après certaines conventions avec les héritiers de David, relativement à l'enlèvement des emblèmes sur le tableau original et aux droits de reproduction et de gravure, elle demeura propriétaire de ce portrait pour la somme de 100,000 francs. La planche gravée d'après ce tableau fut brisée sous les yeux de M. de Forbin, à qui Tardieu l'avait remise à son corps défendant. M" de Mortefontaine avait précédemment tenté de faire réclamer par l'administration des Musées, comme faisant partie du domaine de l'État, ce tableau, puisqu'il avait décoré la salle de la Convention; mais les droits de l'artiste sur son œuvre étaient trop bien établis pour que cette démarche eût chance de réussir.

Quelques jours après la vente, une dernière attaque de paralysie enlevait, le 9 mai, la veuve de David. Ses enfants la déposèrent dans un monument au Père-Lachaise, à côté du cœur de son mari, qu'Eugène avait rapporté de la terre d'exil. Un grand nombre d'élèves et d'amis du grand artiste s'étaient réunis pour rendre les derniers honneurs à la veuve de celui dont ils n'avaient pu honorer la mémoire.

Quelques mots de remerciements furent adressés par les fils de David à cette foule recueillie qui, en assistant aux funérailles de leur mère, rendait ainsi un témoignage public de regret pour l'exilé dont les restes reposaient isolés sur la terre étrangère. Déjà, des voix éloquentes s'étaient élevées pour pleurer la mort de David et réclamer pour ses cendres un coin de la patrie. Des odes, des élégies déplorèrent l'arrèt cruel qui frappait sa dépouille mortelle, et peignirent le deuil des arts. Quelque temps après, le poète national, Béranger,

chantait ainsi sa gloire et ses malheurs.

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