‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 3 sur 328 · DAVID SUIT LES COURS DE L'ACADÉMIE DE PEINTURE · texte numérisé non relu

DAVID SUIT LES COURS DE L'ACADÉMIE DE PEINTURE

Sedaine, l'enlever à des travaux manuels indignes de son esprit et l’attacher à sa famille par les liens de la reconnaissance.

Mais en gens pratiques, ils désiraient voir leur neveu s’adonner à l'architecture. Quant à celui-ci, il était décidé à n'étudier que la peinture. Il nous raconte que se romenant un jour avec sa tante Buron, chez laquelle il était en pension, il la pria de vouloir bien l'écouter avec intérêt et faire part à son mari de ce qu'il allait lui dire. Alors, es larmes aux yeux, il la conjure dans les termes les plus pressants d'intercéder auprès de son oncle afin qu'on ne contrarie plus son inclination et qu'on ne lui parle plus d'architecture, de médecine ou de barreau. Il l’assure que son parti est irrévocablement ris et que la peinture seule a des charmes pour lui; que d'ailleurs la fortune, la consi-

dération, la renommée de Boucher avaient donné de nouvelles forces

vocation. En vain sa tante lui représente que pour justifier ses prétentions il faut admettre d’abord que son

alent égalera un jour celui de son cousin, David ne veut rien entendre. Enfin, grâce à ces accents que sait trouver une âme agitée d’irrésistibles pressentiments, il triomphe de ses objections : elle cède et lui promet d'engager son mari à ne pas combattre une résolution désormais inébranlable.

Le lendemain, en effet, M. Buron lui annonça qu'il fallait aller consulter Boucher. Celui-ci, flatté de voir revivre dans un de ses parents son amour pour la peinture, encouragea cette heureuse disposition. Mais comme son âge avancé ne lui permettait plus d’avoir d'élèves, il lui donna une lettre pour son ami Vien, en ajoutant « que cet artiste était à la vérité un peu froid, mais qu'il aurait soin, de son côté, d'entretenir la chaleur qu'il entrevoyait dans son jeune cousin ».

Vien était alors professeur à l'Académie royale de peinture. Doué d'un jugement droit

et d'un coup d'œil juste, il s'était attaché à l'étude des maîtres et de la nature. Ces qua-

lités si contraires à l'esprit de l'école l'avaient fait échouer dans toutes ses tentatives pour entrer à l'Académie, jusqu'au jour où Boucher, à l'occasion du tableau de l'Zmbarquement de sainte Marthe, en força pour lui les portes. Celui-ci avait déjà discerné l’avantage pour un élève d'être dirigé par ce peintre sage et consciencieux, et lui avait confié l'éducation de son fils.

L'oncle et le neveu se présentèrent chez Vien, qui, en voyant les dessins de David au collège et ses figures de l’Académie de Saint-Luc, s'étonna qu'il eût fait cela sans maître. Il l’accepta donc pour élève et lui conseilla de dessiner d’abord d’après le cadre pendant une quarantaine de jours, pour ensuite travailler d’après nature.

Voilà David au comble de ses vœux et pouvant se livrer au penchant qui l’entraine vers les arts. Aussi

suit-il avec assiduité les leçons que le maître donnait sur le modèle vivant, qui posait trois jours par semaine. Il se rencontrait avec de nombreux camarades, car l'atelier de Vien était le plus fréquenté et comptait des élèves qui, comme Regnaud, Vincent, Ménageot, devinrent des artistes distingués.

David fit des progrès rapides et il fut bientôt admis aux cours de l’Académie, ainsi que nous l’apprend le livre alphabétique pour la demeure de Messieurs les Élèves de l’Académie Royale de peinture et de sculpture, qui porte au mois de septembre 1766 :

« Jacques-Louis David, peintre, de Paris, âgé de dix-sept ans, protégé par M. Vien, demeure chez son oncle, architecte, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, vis-à-vis celle du Puits. »

Grâce aux registres de l’Académie, nous pourrons suivre les progrès du jeune artiste. Après trois ans d'études, il obtient le 30 septembre 1769, au jugement des prix accordés

tous les trois mois sur les académies faites par les élèves, la troisième médaille dite de quartier. À cette époque David, qui en 1767 était allé habiter chez son oncle Desmaisons, rue de Jouy-Saint-Antoine, l'avait quitté pour se rapprocher de Sedaine, ami tout dévoué de sa mère et de sa famille, et il demeurait avec lui dans la cour du Louvre.

En mars 1770, afin sans doute d'essayer ses forces, David prend part aux épreuves préparatoires pour le concours de Rome. Reçu à l’esquisse, il échoue à la figure peinte d'après nalure.

En mars 1771, s'étant remis sur les rangs, il réussit à être inscrit, le dernier il est vrai, sur la liste des concurrents qui étaient : Suvée, Vanloo, Taillasson, Peyron et

Le Monnier.

Pour les événements qui vont suivre, nous croyons devoir autant que possible repro-

duire le récit qu'il en a laissé :

«Je me trouvai admis, sans avoir prévenu M. Vien et sans avoir fait rien d'assez marquant; seulement des têtes, des académies peintes, ainsi que des esquisses. Me voilà donc admis; mon maitre me l'annonce en me disant: « Vous voilà bien avancé, on ne » joue pas avec ces sortes de concours-là ; qu'allez-vous faire? — Je ferai mon tableau, » monsieur, comme les autres. Nous verrons ce que je ferai. »

» Le sujet était le Combat de Mars et de Minerve, lorsque Vénus vient au secours de son amant. On n'avait de temps que deux mois et demi. Je m'aperçus au bout de six semaines que j'avais fait mes figures trop petites; que cette dimension par conséquent aurait entrainé beaucoup trop de figures; que ce temps ne me suffirait pas. Je recommençai donc mon tableau avec moins de figures. Il ne restait plus qu'un mois, j'eus fini avec les autres, à leur grand dépit et à la satisfaction de tous mes amis. le pour moi, car je concourais avec deux anciens

» La partie n’était cependant pas é rivaux, MM. Suvée et Taillasson, qui mettaient au prix, l’un pour la sixième et l'autre pour la septième fois. Malgré ce désavantage pour moi, les juges voulaient me donner le premier prix ; la chose allait avoir lieu, lorsque M. Vien termina la question en faisant donner le premier prix à M. Suvée, en disant que pour moi je devais m'estimer assez heureux d’avoir plu à mes juges; que d’ailleurs il fallait me voir une seconde fois.

» J'eus le second prix. Je crois bien qu'il ne parlait ainsi que par intérèt pour moi : du moins je ne puis prendre une autre idée de la part d'un maître; mais ce retard cependant

devint nuisible à mon avancement, car il m'aurait fait quitter quatre ans plus tôt le

mauvais style de l’École française que j'eus dans la suite tant de peine à oublier à Rome. » Dans la séance du 31 août 1771 les prix furent ainsi distribués : Le premier prix de peinture au sieur Joseph-Benoït Suvée, d'Armentières, âgé de

vingt-six ans ; et Le second au sieur Jacques-Louis David, de Paris, âgé de vingt-deux ans.

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