EFFORTS DE VIEN POUR RÉTABLIR LA CONCORDE
vicieux, et la nature de vos procédés contre nous; mais en même {emps vous y verrez, Messieurs, de quelle manière nous avons soutenu la dignité de notre état, et comment nous avons présenté l'importance « de l'Art ». Vous en jugerez par l'arrêté de l'Assemblée de la Commune et par la réponse de son président dont nous avons l'honneur de remettre sur le bureau une copie conforme.
» Dans notre mémoire à Messieurs les Représentants de la Commune, nous annonçons
la résolution absolue de ne pas consentir à rien, dans la réforme de nos statuts, qui soit contraire aux principes établis dans les volontés du Roi, pour la formation des États Généraux et dans les décrets de l’Assemblée nationale sanctionnés par ce sage et auguste Monarque.
» Nous y prenons l'engagement public de démontrer dans un mémoire détaillé et adressé à la Nation, au Roi et aux divers corps d'administration, la justice denos demandes et la solidité de nos principes en opposition avec la résistance que vous nous avez montrée et la composition actuelle des règlements de notre Académie.
» En vain, direz-vous, Messieurs, que les règlements sont anciens, sanctionnés par nos Rois; nous répondons d'abord : qu'il est toujours tentps de rejeter des lois qui avilissent l'homme, asservissent l'artiste et découragent les talents : et, en second lieu, que tous nos rèclements seront rejetés, par le Roi juste qui protège spécialement les arts, quand nous aurons démontré combien ils sont contraires aux principes reçus aujourd’hui dans toute l'étendue de son royaume.
» Mais avant de nous livrer à un travail nécessaire pour éclairer la Nation et ses chefs sur la bonté de nos projets de réforme, notre vœu le plus sincère serait de vous voir tellement ramenés à ces principes obligatoires, que vous adhériez à la justice d'opérer les changements en commençant par établir la forme indispensable de l'égalité dans les personnes, parce qu'il existe une égalité d'intérêts. »
Vien, fort inquiet de cette visite des membres dissidents à la Commune de Paris, et
abandonné de M. D’Angiviller, résolut de faire, dans l'espoir de ramener la concorde, un chaleureux appel à la sympathie que ses collègues lui avaient toujours témoignée. Il convoqua donc pour le 27 février l’Académie en assemblée générale. Les membres réclamants convinrent de se rendre à cette réunion et d'y lire la lettre qu'ils avaient précédemment rédigée; mais d
l'ouverture de la séance, le Directeur ayant manifesté le désir de prendre la parole, on abandonna cette idée et Vien prononca le discours suivant :
« Messieurs,
» Vous avez été tous témoins des sentiments dont j'ai été pénétré lorsque vous m'avez fait l'honneur de me nommer à la place que j'occupe; j'ai regardé ce moment comme le plus heureux de ma vie, puisqu'il devait faire le bonheur d’une partie de mes vieux jours. Il est malheureusement en partie perdu, ce bonheur, puisque je vois la division parmi nous depuis plus de trois mois.
» Je m'étais flatté, Messieurs les Académiciens, que les séances réitérées que vous aviez
{1 | tenues ici vous mettraient à même de nous faire part de la disposition de vos demandes par
Ui un Mémoire signé, comme nous en étions convenus. Mais les choses n'étant pas jusqu'ici
| {| comme je l'aurais désiré, voilà, Messieurs, ce que je propose, et j'espère que Messieurs les
| || | Officiers, nos confrères, portés comme moi pour la paix qui doit régner parmi des artistes dl faits pour s'aimer et s'estimer, ne me désapprouveront pas.
| « Depuis longtemps l'Académie n'a cessé de demander des Mémoires à Messieurs les
1! Académiciens: ils n’en ont envoyé aucun; ils paraissent mème tenir constamment à ce
qu'il soit d'abord nommé des commissaires de part et d'autre, ce qui n’est pas l'intention
de l'Académie, parce qu'elle croit que c'est à ceux qui se plaignent de s'expliquer.
» Cependant, pour hâter le moment de la paix que nous désirons fous, voici mon
nn!
{ | 1 moyen à moi, je vous le propose, il pourrait concilier les idées des Officiers et des Acadé- AT miciens.
} | 1 » Je propose donc qu'à la prochaine assemblée, qui serait convoquée généralement, on | | nommät des commissaires en nombre égal de part et d'autre dans les deux classes; mais
avant de procéder à cette nomination, pour que tout soit fait légalement, mais sans tirer à
conséquence pour les statuts qui ont toujours leur vigueur, tant qu'ils ne sont point rem- | 1 placés par d’autres, je demande que l’on tire au scrutin pour savoir quel est le vœu général du corps. Il sera distribué aux Officiers et Académiciens des fèves noires et blanches : les blanches seront pour de simples amendements dans les statuts, et les noires pour de grands | : changements.
| | » Le vœu général une fois connu, Messieurs les Académiciens nommeront leurs commissaires, et Messieurs les Officiers les leurs. j » Comme Messieurs les commissaires, qui ne sont que des mandataires, ont besoin de | mandats pour exercer leurs fonctions, alors on arrêterait sur-le-champ que ceux de | Messieurs les Officiers et ceux de Messieurs les Académiciens qui ont des demandes à faire,
1 4 | seraient invités d'envoyer leurs mémoires ou cahiers à l’un des comm aires de leur classe,
ou au Directeur, et de les envoyer cachetés, s’ils le veulent, pour n'être ouverts qu'au
IH | comité des commissaires, et de les envoyer dans le courant de mars.
| | » Afin de ne point multiplier les séances académiques qui, d'après les lois, ne doivent avoir lieu que les premiers et derniers samedis du mois, Messieurs les commissaires voudront bien s'assembler chez moi. Je serai présent à leur comité comme Directeur de l'Aca-
| démie et M. Renou comme son secrétaire exerçant. (fl » Le Directeur et le Secrétaire faisant des fonctions qui appartiennent à tout le corps si l'on veut,
k | | en général doivent être passifs dans cette circonstance. Je serai conciliateur, Û | et M. Renou écrira sous la dictée des commissaires. » | L'Assemblée approuva le discours de son Directeur et il fut décidé que le | | samedi suivant l'Académie serait convoquée généralement pour la nomination des | ll | | commissaires.
A cette assemblée du 6 mai, David, comme président des Académiciens réclamants, lant à être introduits pour exposer leurs observa-
annonça les délegués des Agréés demant
tions. On consentit à les admettre, et Robin, leur représentant, lut le discours suivant, que
TT
malgré sa longueur, nous avons cru devoir transcrire en entier, parce qu'il reproduit fidèlement les idées du temps :
« Messieurs,
» Les Agréés admis par un consentement unanime dans l'Assemblée particulière de Messieurs les Académiciens, et n'ayant plus qu'un intérêt commun avec eux pour l'objet de leurs réclamations, savent cependant qu'ils n'ont pas le droit de paraître dans vos assemblées, et encore moins celui d'y porter la parole; ils ne le doivent en ce moment qu'à vos bontés, Messieurs, et le premier usage qu'ils en feront sera de vous remercier d’avoir consenti à les entendre. Par cette adhésion, vous manifestez déjà la volonté d'entrer dans l'esprit des nouvelles lois de la France.
» Les droits de l'homme sont déclarés et avoués par tous ceux qui les gouvernent, Les privilèges utiles ou honorifiques sont universellement anéantis. Tous les citoyens sont admis à prendre part à tous les genres d'administration auxquels ils ont intérêt. Tel est, Messieurs, le fondement de ce nouveau régime auquel les Français se conforment, ou avec enthousiasme, ou avec respect ; et pour lequel ils font tant de sacrifices pénibles; parce que ce régime est dicté par la nature et qu'il produit « la liberté et l'égalité » qui sont les plus beaux apanages de l’homme.
» La plupart des corporations pourront être détruites; mais celles qui sont utiles à l'instruction et à la splendeur de la nation seront sans doute exceptées. La vôtre méritera une heureuse distinction si vous faites valoir ces titres importants, si vous ne montrez que des règlements contre lesquels aucun citoyen n'aura sujet de réclamer, et s'ils sont conformes en tout aux lois de la Constitution française. »
L'orateur, après avoir rappelé l'organisation intérieure de l’Académie et comment les Agréés furent admis aux assemblées des Académiciens réclamants, croit devoir expliquer aux autres membres de la corporation les motifs de la conduite des Agréés, et, pour procéder
avec ordre, il veut prouver qu'ils sont de droit et de fait de l'Académie, bien qu'ils ne
jouissent pas du privilège d'assister aux séances.
« Les esprits justes, continue-t-il, les âmes droites trouveront peut-être inutile qu'ils s'occupent de cumuler des preuves sur leur état; mais ils sont forcés d'entrer dans les détails pour détruire le préjugé « qu'ils ne sont pas membres de l’Académie, parce » qu'ils n'ont pas droit d'être présents à ses séances ».
» Les Agréés fondent la vérité contraire à cette opinion sur leurs titres, sur leur rang dans la société, sur leurs travaux, sur les droits qui leur sont communs avec les autres membres du corps académique, enfin sur la manière dont ils acquittent leur contribution personnelle.
» L'Académie elle-même donne aux Agréés le titre commun avec ses autres membres de Peintre, Sculpteur et Graveur du Roi. Cette qualité est reconnue n'appartenir qu'aux artistes faisant partie de l’Académie.
» De là vient le rang que les Agréés ont obtenu dans la société où ils sont d'autant
plus égaux en considération que le publie les voit jouir de la même dénomination que les
autres membres de l'Ac adémie, et qu’il ne connaît pas les statuts qui règlent ces diffé
rences. Le publie qui les voit aussi exercer les mêmes professions, souvent avec un
succès, ne peu préjuger la distine tion frappante qui existe entre cette classe et les deux
autres; parce qu le qui se doit accorder partout à l'âge et au rang dans l'ordre des réceptions.
‘au dehors les classes supérieures paraissent n'avoir d'autres pr ééminences
que cel » Eh! comment le publie ne présumerait-il pas que les Agréés font essentiellement une
classe dans l Académie? Elle lui distribue tous les deux ans un livret ayant pour titre : Laplication des peintures, sculptures el gravures de Messieurs de l'Académie royale. On ouvre ce livret, et on y voit les trois classes rangées sous l’article « Peintures », savoir : celle des Officiers, celle des Académiciens, celle des Agréés. Mème ordre est observé dans l’article des « Sculptures »; et par l'explication des « Gravures », l'Académie confirme cette composition des trois classes formant le corps de Hessieurs de l'Académie royale.
» Cette preuve, tirée de la déclaration de l’Académie elle-même, ne laisse pas de
créés: mais il existe des autorités encore moins
réplique à ceux qui veulent rejeter les A. .
récusables ; ce sont celles que fournissent leurs travaux. » On sait quels efforts on doit faire pour obtenir entrée dans cette classe, et pour vaincre les obstacles infinis que les préjugé
préparent aux aspirants. Cependant, supposons-les reçus par la voie risoureuse d'un scrutin
, la diversité des goûts et des passions humaines
$, ainsi que le prescrivent les lois. Leurs ouvrages obliennent
avec les deux tiers des suffra s deux autres classes, les honneurs de l’expos
ion... C'est là l’époque,
alors, comme ceux des
nous devons {ous en Conv enir, où nous offrons au public le résultat des études
de notre jeunesse, animés du feu de ce bel âge ; c’est à cette époque que nous imprimons
able de notre génie et du genre qui lui appartient; c'est enfin dans ce
le caractère ineffac moment où le public nous connait pour être du corps de l'Académie, où il nous avoue pour un homme utile, où il nous nomme, où il nous célèbre. C’est a
fixe et assure ses droits dans le corps, et où il jouit
Ve
i le moment de la pos
sion d'état d'un artiste, c'est celui qui de précieux avantages qui lui sont communs avec les autres membres.
» Pour rendre plus sensible la réalité de l'état des Agréés dans l’Académie, nous nous servirons d'un argument qui n'aura guère de contradicteurs dans cette assemblée. Si, dans le mois de septembre 1758, à jamais mémorable pour l'auteur de Virginie (1), on était
venu lui dire : « Monsieur, voilà un tableau de grand maitre, vos talents vous placent au
» rang des meilleurs de notre siècle : eh bien! l'Académie, en vous agréant, en vous recon— » naissant pour un peintre fait pour son corps, ne vous considère cependant que comme
» un homme qui lui est étranger et vous n'êtes pas un de ses membres ; » nous o0s0ns ’assertion la
Jui demander, n'aurait-il pas entendu ce propos avec un mépris fait
plus ridicule ?
» N'en doutez pas, Messieurs, les travaux des artistes, une fois reconnus par vous,
éé en 1758.
{) Doyen, as
sont les plus beaux, les plus puissants titres d'état qu'ils puissent apporter dans la société, et il n’y a pas un tribunal qui ne les reconnaisse quand il est nécessaire de les produire.
» En vain fera-t-on la futile objection que la réception dans l’Académie n’est pas opérée au moment où l'on est agréé et que la lettre de provision n’est pas délivrée. Nous répondons, pour l'honneur de votre corps, Messieurs, que ce en quoi les talents sont distingués des métiers, c'est que l’état d’académicien est reconnu par vous avant même la réception : un ouvrier apporte à ses égaux un morceau pour montrer son savoir-faire, et aussitôt il est reçu; mais l’auteur immortel de Caliste et des Zettres d’ Héloïse (1) est mort membre de l'Académie Française, parce qu'il avait été reconnu pour digne de l'être, et cependant il n'avait pas fait son discours de réception, ni obtenu un parchemin inutile à l’homme de génie.
» Nous avons posé en divisant ce discours que les Agréés étaient réellement membres de l'Académie, parce qu'ils avaient des droits communs avec ceux des premières classes. Il s'agit de le démontrer. Commençons par rappeler ici le temps de barbarie où les Maîtres peintureurs, confondus avec les artistes de l’Académie de Saint-Luc, étaient autorisés à saisir par leurs Jurés le peintre, le statuaire, comme le doreur, le peintureur et le marbrier. Eh bien! dans ce temps-là mème, on voyait ce despotisme injurieux se briser aux portes de notre Académie dès que les artistes en avaient passé le seuil. Or, nous le demandons, Messieurs, si la loi n'avait pas reconnu les Agréés comme réellement membres essentiels de l’Académie, croyez-vous que les Maîtres eussent cessé leurs poursuites avant cette époque qu’on appelle réception et qui fait monter au grade d'académicien ?
» Les Agréés, Messieurs, sont comme les autres membres de l'Académie, appelés dans les tribunaux et reconnus par eux compétents pour les arbitrages et les décisions particulières qu’ils leur adressent. Dans toutes les ordonnances, sentences et arrêts qui en émanent, les Agréés sont partout désignés comme membres de l’Académie royale de Peinture, et ce que le droit prononce à leur égard ne peut être réprouvé par ceux-là mêmes qui l'ont conféré.
» Il est encore de droit que la possession publique d’un état non contestée suffit seule pour l’établir. Or, M sième grade de Messieurs de l’Académie royale; donc la loi vous forcerait à les reconnaître
eurs, il est publié par vous que les Agréés sont membres du troi-
comme tels, s’il était possible que vous voulussiez leur enlever leur état, parce que la loi l’a prononcé sur les titres que vous lui fournissez vous-mèmes. » La manière dont les Agréés payent la contribution personnelle est encore un de ces
titres irrécusables aux yeux de la loi. C'est entre les mains de Monsieur votre Trésorier qu’ils la versent. Or, Messieurs, par cette raison seule que vous ne pourriez, sans une infidélité coupable envers le trésor public, recevoir l'impôt qui vous est concédé pour vos dépenses, de tout autre citoyen que de vos membres, vous ne le recevez avec équité de tous les Agréés que parce qu'ils sont effectivement membres de l’Académie.
» Ce serait sortir du sujet dans lequel nous devons aujourd'hui nous renfermer que de
vous entretenir, Messieurs, de la nécessité absolue de changer vos statuts, et de les changer
(1) Colardeau.
vous-mêmes. Leur régime est radicalement vicieux. Ces privilèges mème que les rois vous ont accordés sont anéantis, tout enfin dans vos règlements doit prendre une nouvelle forme en s’accordant aux articles de la constitution qui y ont rapport. Les Agréés, sans cependant avoir l'honneur de participer à vos conseils, peuvent vous assurer que si vous ne réformiez pas vos statuts d'une manière conforme dans tous les points à ces nouvelles lois, un seul de vos membres serait en possibilité de faire écrouler tout votre ouvrage. Il
suffirait de présenter aux tribunaux de département ou de municipalité, auxquels le plus
simple citoyen peut s'adresser aujourd'hui avec confiance, quelques articles qui fussent en
contradiction avec les décrets, sanctionnés, de l’Assemblée nationale.
» Si vous n’aviez décidé, Messieurs, que vous vous occuperiez de la réforme de vos statuts, il serait utile de vous démontrer qu'il est autant de la justice que de votre intérêt et de votre dignité de vous charger vous-mêmes de cet important travail. Comme nous venons de vous le dire, vos statuts sont, en beaucoup de points, contraires aux lois fondamentales de la nation; donc ils ne peuvent subsister. D'après cette conséquence évidente, sous quelque autorité que l’Académie de Peinture existe dorénavant, vous les verriez réformer par cette autorité, si vous-mêmes, Messieurs, ne vous en occupiez.
» Il y a plus, Messieurs, si vous ne préveniez avec courage une coaction mortifiante, les Académiciens et les Agréés réclamants, en quelque petit nombre qu'ils fussent, opéreraient invinciblement cette révolution dans vos lois, parce que la nature de leurs réclamations attirerait pour eux et le droit et l'esprit public.
» Mais les deux classes de l'Académie désirent avec ardeur que la réforme ne s'effectue que par des voies consenties par tout le corps, et qu’elle ne s’opère pas par une lutte pénible, scandaleuse, et qui serait surtout honteuse pour ceux qui succomberaient. Vos confrères, vos élèves, vos égaux, vos amis, veulent voir régner dans ce grand et indispensable ouvrage de l'accord, du zèle et des formes légales, et ils espèrent toujours que Messieurs
les Officiers s'empresseront d’y consentir.
» Un des points ntiels sur lequel doit poser cette réforme, et qui ne serait pénible
qu’à des esprits étroits, qu'à des hommes peu philosophes, c’
st la condition de l'égalité de st térèts et égalité de droits. En second lieu, et c'est ce qui la rend impérieuse, elle fait
pouvoir et de voix. Cette loi est d’abord ce le de la nature partout où il existe égalité d’in-
un des articles fondamentaux de la nouvelle et bienfaisante constitution française.
» Or, Messieurs, il est aisé de vous convaincre que les Agréés ont un intérêt très puissant dans la réforme projetée. Plusieurs articles des règlements roulent sur leur rang dans l'Académie, sur leurs droits, leurs réceptions et leurs obligations particulières. Ajou-
tons que les Agréés sont destinés à vivre sous le régime de tous ces statuts ; le second moyen
d'intérêt est encore plus étendu et plus victorieux que celui que nous avons employé et qui
est spécial à leur clas » A présent, examinons si, leur état étant démontré, on doit seulement leur imposer la loi et ne pas les admettre au travail des réformes comme parties intéressées. » Lorsque l’Académie ne recevait ses lois que du ministre, il suffisait qu'il
les impost d'une manière absolue, soit qu'elles fussent concerlées avec le chef de
la compagnie, comme vous ne l'avez que trop éprouvé, soit avec d’autres agents. Alors le corps entier se courbait humblement, en silence, sous des règlements contre lesquels ceux qui pouvaient faire entendre leurs réclamations ne manquaient pas d’être favorisés.
» Ce temps est changé, Messieurs, les formes arbitraires sont inadmissibles; nous dirons
plus, elles sont criminelles. Toute assemblée, tout département, toute municipalité, tout
dis
ict, toute section, toute corporation enfin, ne peuvent se donner des lois solides que par le vœu commun de tous les membres qui les composent ; et ce vœu doit être exprimé librement.
» Le roi a reconnu l'Ægalité des droits de ses sujets dans (ous les corps, par les formes qu'il a données aux premières convocations du 21 avril 1789, et ses peuples ont déterminé le besoin de la Ziberté en rejetant les commissaires qui devaient les présider.
» La suite n’a fait que confirmer la solidité de ces premières opérations. La liberté et l'égalité, actuellement de l'essence du gouvernement français, sont devenues les seuls privilèges exclusifs. Seuls ils ont été décrétés par l’Assemblée des Représentants de la nation, et seuls ils sont sanctionnés par le Père commun de la patrie.
» Les Agréés n'ont point à craindre que des artistes citoyens et soumis à ces Rois protecteurs des arts tentent de ne s'y pas conformer. Trop éclairée sur les conséquences d’une telle opposition, la classe supérieure sentira que rien de solide ne peut s'opérer, si l'on ne prend pour base la loi de la nation et si l'esprit publie ne circule dans tous les moyens de former et de perfectionner nos règlements.
» L'admission des Agréés dans {outes les assemblées où la réformation sera traitée doit donc être l’objet de votre première délibération, parce que s’il est démontré: 1° Qu'aucun corps ne peut rien faire de légal sans que tous ses membres ne soient convoqués; 2 que les
Agréés ne sont pas étranger
s dans l'Académie ; vous ne pouvez rien faire de légal, d'indestructible, rien qui ne soit sujet à protestations, à réclamations el à cassation, si la classe des Agréés n’est présente par eux ou leurs commissaires à toutes les conférences et à toutes les assemblées qui connaitront de cette matière.
» Il serait done important que cette question fût décidée dans cette présente assemblée générale qui, dès lors, pourra être regardée comme la première sur cet objet où l’on aura procédé avec une forme régulière. Soit que vous vous rendiez à cette opinion, soit que vous ajourniez le jugement de cette question, nous vous
surons qu'elle doit précéder la nomination d'aucuns commissaires.
» Les Agréés se retirent, vous priant, Messieurs, de remettre à l'un des membres de notre assemblée particulière des réclamants le résultat de votre délibération sur la demande qu'ils ont l'honneur de vous faire. »
Après ce discours, l'orateur avait été prié de déposer son manuscrit; il s’y refusa, prétextant les nombreuses ratures dont cet écrit était chargé. Alors la députation des Agréés s'étant retirée, quelques membres de la classe des Académiciens demandèrent qu'il
fût délibéré immédiatement sur les réclamations qui venaient d’être formulées
Mais à la majorité de 32 voix contre 10, la classe des Académiciens seule consultée, puisque c'était u
82 CHAPITRE IIl
seulement parmi ses membres que la question avait été soulevée, décida qu'il serait passé outre et qu'on procéderait immédiatement à la nomination des commissaires conformément à la proposition de Vien.
Les deux classes de l'Académie ayant procédé aux élections, Pajou, le due de Chabot, Bachelier, Berruer, Vincent et Cochin furent choisis par les Officiers, et Le Barbier, Miger,
Houdon, Jollain, David et Berthélemy, désignés par les Académiciens.
A l'issue de la séance, les Académiciens, qui avaient demandé pour les ‘éés des commissaires travaillant à la réforme des statuts, se réunirent chez David et rédigèrent la protestation suivante :
« Nous soussignés, membres de l'Académie royale de Peinture et de Sculpture,
Académiciens et Agréés,
convoqués extraordinairement chez M. David, Président par nous élu de notre assemblée particulière, considérant que dans l'intention où parait être l'Académie de réformer ses statuts, elle ne doit rien faire à cet égard de contraire aux principes de la Constitution française, sanctionnée par le Roi protecteur de la dite Académie ; 1] ;
» Que toute corporation, qui n'appelle pas à sa réforme tous les membres qui y sont
» Que rien de ce qui contrarie les principes de l'égalité et de la liberténe peut ètre lé
intéressés, viole Le droit naturel;
» Que la classe des Agréés faisant de fait ef de droit partie intégrante de ladite
Académie, ainsi qu'il est reconnu par elle-même, doit y ètre appelée pour la réformation de son régime ;
» Que l'Académie, nonobstant nos vives réclamations à ce sujet, n'en persiste pas moins dans la volonté actuelle de nommer des commissaires dans deux classes seulement et exclusivement à celle des Agréés, reconnue publiquement, et admise par celle des Académiciens comme classe de l'Académie dont elle fait partie,
» Nous avons résolu, pour ne pas participer à une opération vicieuse qui blesse les principes constitutionnels, et qui, par son illégalité, entraînerait la nullité de tout
ce qui pourrait s'en suivre; nous avons résolu, disons-nous, de protester et protestons
contre la nomination que parties des deux classes de ladite Académie ont opérée en nommant des commissaires dans deux classes seulement; protestons même contre tout ce que lesdits commissaires pourraient faire dans lesdits statuts sans la participation de tous les membres de ladite Académie du nombre desquels nous sommes, et nous réservons de faire valoir la présente protestation suivant et ainsi qu'il en sera besoin.
» Fait à Paris, le 6 Mars 1790.
» David, président, Restout, vice-président, Henriquez, Beauvallet, Robin, Monot, Pasquier, Giroust, Bouillard, Echard, De Marne, De Bucourt, Julien. »
Cette protestation et un mémoire des Agréés furent portés le 26 mars chez Vien par Blaise Piat, huissier à verge au Châtelet, selon la résolution prise à la séance du 18 mars, tenue dans l'appartement de David alors absent, et qui, par lettre, avait de nouveau affirmé
à ses collègues sa formelle intention d'approuver toutes leurs décisions.
Ces deux pièces furent présentées par Vien à l'Académie. On refusa d'admettre les
réclamations des Agréés, en vertu de l’article 15 des statuts ainsi conçu :
« Nul ne sera censé du corps de l’Académie qui n'ait sa lettre de provision, laquelle ne lui sera délivrée qu'après qu'il aura donné son tableau ou ouvrage de sculpture pour demeurer à l’Académie. »
On considéra la protestation de David comme sa démission des fonctions de commissaire; aussi de Valenciennes fut nommé à sa place et Regnault désigné comme suppléant.
Malgré le peu de succès de leurs démarches, les Académiciens réclamants rédigèrent un nouveau mémoire, pour être remis à l’Académie; mais celle-ci passa outre et renvoya ce travail aux commissaires élus pour la révision des statuts.
A cette nouvelle décision, les réclamants, dont le nombre diminuait de jour en jour, car plusieurs d’entre eux avaient suivi l'exemple de De Marne qui, après avoir signé la protestation contre la nomination des commissaires, était revenu sur sa décision et avait
informé l’Académie qu'il se ralliait à
s décrets, les réclamants donc, voyant qu'ils ne pouvaient vaincre la résistance de leurs collègues, décidèrent qu’ils cesseraient d'envoyer toute pétition à l’Académie, et, se tournant &'xn autre côté, chargèrent Robin de la rédaction d’un mémoire, qui serait présenté à M. Lebrun, membre de l’Assemblée nationale, spécialement chargé par le Comité de constitution du rapport concernant les Académies. Pendant ce temps le travail des commissaires nommés par l’Académie avançait. Le 5 juin il avait été donné lecture du nouveau plan des statuts contenant 89 articles ; on avait décidé dans cette mème séance qu’une assemblée serait convoquée {out spécialement
pour la seconde lecture de ce projet, le 17 juin. En effet, à cette séance extraordinaire, on mit
en discussion le travail des commissaires, et on adopta les trois premiers articles de la nouvelle constitution ; on lut aussi une lettre de M. D'Angiviller, approuvant les assemblées extraordinaires tenues par l’Académie pour la réforme de ses statuts.
De leur côté, les dissidents tâchèrent de réunir le plus d'adhérents possible pour entendre et approuver le mémoire de Robin qui traitait ces quatre points principaux: l'impor-
tance et la nécessité d’une Société d'artistes; la comparaison du régime actuel de l'Aca-
démie avec la loi naturelle et la nouvelle constitution française; le récit des réclamations faites contre les statuts, et les vues des réclamants pour un nouveau régime. Un bien petit nombre d'artistes répondit à leur appel ; beaucoup s’excusèrent, quelques autres les dés-
approuvèrent complètement. D
sireux cependant de fixer l'attention du publie, les dis
]— dents profitèrent du décret du 20 juin relatif à la destruction du monument élevé à Louis XIV, sur la place des Victoires, pour adresser à l'Asseniblée nationale la lettre suivante, témoignant de leur sollicitude pour les Arts.
A Messieurs de l'Assemblée nationale.
« Messieurs,
» Ce n’est pas assez pour vous d'avoir rapproché l’homme de l’homme et proserit toutes
les distinctions qui ne tiennent ni aux talents ni aux vertus personnelles : vous avez voulu.
dans la même séance, faire cesser l'injure faite aux nations. Quelques artistes de cette capitale, maintenant réunis pour un sujet intéressant qu'ils auront bientôt l'honneur de vous soumettre, ont partagé l'admiration générale pour les fameux décrets du 19 de ce mois, mais ils ont tremblé pour les chefs-d'œuvre de l'art sortis de la main de Desjardins.
» Ils prennent aujourd'hui la liberté de vous proposer, Messieurs, un moyen de conserver les quatre figures dépendantes du monument de la place des Victoires, et de rendre éternelle at publique la réparation que vous faites aux peuples que représentent ces statues.
» Ce serait de faire construire, dans un endroit remarquable de la ville, un socle
carré, autour duquel on placera les figures, mais sans chaines ni aucun des accessoires
flétrissants qui les accompagnent. Le socle porterait deux tables d’airain. Sur l'une serait gravé votre décret mémorable, et sur l'autre l'historique et les motifs de son exécution.
» Si nous étions assez heureux pour que cette auguste Assemblée se rendit à nos vœux, les sculpteurs qui présentent celte adresse, avec nous, offrent leurs talents pour diriger gratuitement l'ouvrage.
» Nous sommes. avec un profond respect, Messieurs, vos très humbles et très obéissants serviteurs.
» David, président, Reslout, vice-président, Echard, Beauvallet, Massard, Bouillard, Giroust,
Julien, Monot, Wille fils, Huet, Henriquez, Robin, Pasquier, secrétaire. »
Cette lettre, portée un premier jour où l'Assemblée ne tenait pas séance, fut remise le
28 juin à Lepelletier de Saint-Fargeau, pré ident de l'Assemblée nationale, qui répondit ainsi aux artistes qui la lui présentaient :
« Les Représentants de la nation accueillent avec plaisir les représentants des beaux-
arts. La liberté prête une nouvelle âme aux beaux-arts, et ceux-ci, à leur tour,
échauffent le génie de la liberté... Vous expiez les antiques erreurs de la flatterie. Les
monuments des arts, élevés sous Louis XIV, offrent de urands modèles, mais vous les ? |} o ?
égalez, et le siècle d'un grand roi sera effacé par le siècle d'une grande nation. »
Cette démarche des Académiciens réclamants auprès de l'Assemblée nationale provoqua, le 3 juillet, la réponse suivante de l'Académie royale, adressée par son secrétaire au Journal de Paris.
« Une annonce faite, dans le Journal de Paris, d'une députation faite par l’Académie à l'Assemblée nationale, à déterminé la Compagnie à charger le secrétaire d'écrire en ces
termes aux journalistes :
» Messieurs,
» L'Académie royale de Peinture et de Sculpture m'a chargé de redresser une erreur dans laquelle vous êtes tombés sans le vouloir. Vous annoncez, dans votre feuille du 1° de ce mois, que l’Assemblée nationale à reçu une députation de l'Académie de Peinture, à la tète de laquelle était M. David, l’un de ses membres. L'Académie vous informe par moi,
Messieurs, qu'elle n’a point ordonné de députalion. Si l'Académie avait cru devoir inter-
rompre un moment les Représentants de la nation dans leurs importants travaux, elle eût regardé comme un de ses devoirs essentiels d'envoyer à cette auguste Assemblée une députation, présidée par son Directeur de l’Académie. Elle vous prie d'insérer la lettre que je vous adresse. »
Les dissidents, cependant, résolus à mettre à profit les bonnes dispositions apparentes de l’Assemblée nationale et à se servir de l'influence de Lepelletier de Saint-Fargeau, approuvèrent, dans ce but, différentes propositions, qui furent soumises à leur réunion du 1® juillet, dont voici le procès-verbal :
« Le {* juillet, l'assemblée des artistes réclamants contre les statuts de l'Académie, après avoir rédigé en commun une adresse à l'Assemblée nationale, une lettre à M. le Président de l’Assemblée, et une à Sa Majesté, a décidé qu’elles seraient portées toutes trois à leur destination. Celle de Sa Majesté, remise à M. de Saint-Priest avec des Mémoires imprimés, lesquels seront présentés par MM. David, Restout, Robin et le secrétaire. Instruits que les deux premières classes de l'Académie rédigent des statuts opposés aux lois de la Constitution sanctionnée par le Roi, et dans la forme illégale contre laquelle ils ont protesté; instruits aussi que M. D’Angiviller a écrit une lettre à ladite Académie pour
la presser d'achever lesdits statuts à l'effet de les faire aussitôt sanctionner par le Roi; nous,
voulant prévenir une violence faite à nos réclamations, avons arrèté ce que dessus; et que les députés susnommés remettront à M. de Saint-Priest deux exemplaires dé notre Mémoire pour les remettre à Sa Majesté, avec la lettre qui lui est adressée, et dont la minule est signée de nous et annexée à la présente délibération et avons signé.
» David, président, Restout, Monot, Robin, Henriquez, Massard, Pasquier, secrétaire. »
Nous n'avons pu retrouver les deux lettres votées dans cette séance; nous donnons cependant l’adresse à l’Assemblée nationale, qui mérite d'être reproduite en entier. A l'Assemblée nationale. « Messieurs,
» Si des artistes affl
d'un régime oppresseur ne se présentaient devant cette auguste Assemblée que pour une cause particulière, sans doute ils seraient coupables de la distraire des grands objets qui l'occupent. Mais, M
ieurs, lorsque des citoyens qui veulent se ranger sous l'égide de la Constitution française sont menacés de règlements qui n’admettent ni liberté, ni
ilité, peuvent-ils être blâmés s'ils se hâtent d’invoquer l'appui
de l'autorité qui vient de nous les rendre ?
» Ce n’est pas tout, Messieurs; nous avons pensé que les sages Représentants de la
favoriser les progrès des beauxarts, dont l’influence sur l’industrie, le commerce et la douceur
nation accueilleraient les moyens les plus certains de
morale des habitants de
cet empire est depuis longtemps reconnue. Une Société des beaux-arts, libre et uni-
verselle, vous semblerait peut-être préférable à une Académie, dont le régime est
inconstitutionnel. L'organisation d’une telle Société, qu'on rendrait conforme aux lois de
la France, serait un modèle digne d'être suivi dans les départements qui en seraient susceptibles, et ce modèle ne doit leur ètre proposé que par l'Assemblée, qui réunit tous les genres de lumières.
» Les règlements de la Société dont nous parlons, Messieurs, vous paraitront mériter votre attention, puisqu'ils sont destinés à diriger une des plus grandes branches de l'instruction publique.
» Tous les artistes, réunis sous des lois sages et encourageantes, pourraient librement étendre leurs progrès, s'occuper de conserver ce que la patrie offre de précieux, et enfin diriger utilement tout ce qui a rapport aux beaux-arts.
» Le Mémoire que nous avons l'honneur de mettre sous les yeux de l’Assemblée nationale indique quelques détails sur ces objets; nous les avons mis en parallèle avec les statuts qui nous gouvernent si despotiquement et avec l'histoire de nos inutiles réclamalions.
» Notre Mémoire démontre que les statuts académiques ne sont réellement faits que pour l'avantage exclusif et permanent d'un petit nombre d'hommes ; ainsi, nous venons, Messieurs, en solliciter auprès de vous la réformation générale. Nous demandons que tous les artistes soient appelés à former une grande Société, et qu'ils soient convoqués pour la rédaction d’un régime que vous puissiez adopter, pour recevoir ensuite une sanction qui le rende universel et invariable.
» Mais comme le corps dont nous combattons les principes ne paraît nullement
disposé à y renoncer, qu'il travaille de la manière la plus illégale à une réforme palliative, el
qu'il se flatte de la voir incessamment revêtue de l'approbation du Roi, nous croyons instant de supplier très humblement l’auguste Assemblée nationale d’ordonner, provisoirement, que tout travail particulier sur les statuts académiques soit suspendu, jusqu’à ce qu’il ait
été prononcé sur l'objet de notre Mémoire et les autres pièces qui y sont relatives. »
Cette adresse présentée le 6 juillet à l’Assemblée nationale fut, suivant l'usage,
sion ne satis
ataires,
renvoyée au Comité de constitution. Mais cette déc isait pas les sie qui, voyant l’Académie avancer dans son travail de la révision des statuts, résolurent d'employer des moyens plus énergiques et surtout plus propres à exciter la curiosité et la passion du public.
Ce fut Pasquier qui, le premier, pensa à porter la question à la tribune des Jacobins. Les Académiciens réclamants convinrent qu'il y lirait son discours, et que vingt-cinq de leurs Mémoires seraient envoyés à cette Sociélé, ainsi qu'à onze journalistes et aux différents académiciens.
Voici, d’après le journal Za Chronique de Paris, l'analyse de ce Mémoire, qui fut
largement distribué.
Mémoire sur l'Académie royale de Peinture et de Seulplure
par plusieurs membres de l'Acadmie.
« Ce Mémoire est divisé en quatre parties. La première établit la nécessité d’une
Société d'artistes et exprime les caractères qui conviennent à cette réunion. La deuxième compare ces caractères avec les règlements de l’Académie de Peinture et démontre combien ces règlements sont opposés, non seulement à l'intérêt des arts, mais encore aux principes de la saine raison et aux décrets de l’Assemblée nationale qui en sont l’expression. Grands fauteuils à bras, petits fauteuils, chaises et tabourets; voilà les grands moyens d’émulation employés par des Sociétés où la différence des talents pourrait seule procurer une distinction réelle. La troisième partie du Mémoire contient le récit des réclamations qui furent faites par quelques gens de mérite, mais qui n’avaient pas le droit de parler; car, dans cette Société, il n’est pas suffisant d’avoir quelque chose d’inté-
res
sant à dire pour obtenir la parole, il faut ètre du corps des Officiers. C’est ainsi qu’une partie nombreuse est privée du droit de sy faire entendre. Dans un autre temps on eût
obtenu un ordre qui aurait chassé de l’Académie un membre assez téméraire pour y
parler en faveur des arts et de la liberté, et M. David eût été expulsé. Mais l'empire de la raison commençait à devenir trop puissant pour qu’on osât lui résister en face, on parut y céder, et on dit à ces Messieurs de proposer leurs réformes pour être présentées, avec les observations des Officiers, à Monsieur le Directeur des bâtiments, qui les soumettra au Roi. Dans le même temps, l’Académie d'Architecture fit absolument la même réponse à ses élèves, qui lui demandaient quelques réformes dont elle n’avait pu nier la nécessité. On s’attend bien que s'ils firent intervenir le ministre, ce fut pour interposer son autorité en laissant les choses en l’état. IIS en obtinrent une réponse
dans laquelle il leur dit « qu’il aurait voulu voir cesser toute division », c’es
à-dire céder à tout, aveuglement, et qu'on ira d’abord aux voix pour savoir si la Société voudra faire de grands ou de petits changements dans les statuts.
» La Société des réclamants propose enfin, dans la quatrième partie du Mémoire, l'établissement d’une COMMUNE OÙ SOCIÉTÉ DES ARTS,
» Cette idée, susceptible d’accroissement et de perfection, nous paraît une des plus
belles institutions qui puisse favoriser les talents chez un peuple libre. Nous observerons
seulement à Messieurs les peintres, qu’au lieu de mettre à exécution d’une manière isolée un projet qu'ils doivent, en partie, à la Société libre d'Architecture, ils devraient se concerter avec cette Société, pour offrir au public un établissement qui répondit à l’excellence des principes que les uns et les autres ont sanctionnés par leurs démarches. » Avant cette décision, les réclamants avaient déjà cessé toute relation avec l’Académie royale de Peinture et de Sculpture et ne songeaient qu'à organiser, en dehors, une force
ssance la
capable de lutter avec elle et de la renverser un jour. C’est là que prit nai « Commune des arts ».
Le but de ce travail n'étant pas une histoire de l’Académie, nous ne rapporterons pas tous les incidents qui signalèrent sa fin; disons seulement que, malgré l’abstention volontaire de ses membres les plus avancés, elle ne retrouva pas tout de suite le calme et la paix.
Le 20 août 1790, PAssemblée nationale décréta, sur le rapport de Lebrun, que toutes
les Académies lui présenteraient, dans le délai d’un mois, leurs idées sur les moyens de
Bob Te :
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leur donner une organisation qui s’adapterait à la nouvelle Constitution. Ce décret dix de nouveau l'Académie. Les membres qui, comme David, n’avaient que le rang d’acadé-
nter leurs vues
miciens, réunis sous la présidence de Pajou, se crurent autorisés à pr particulières sous le nom d'Académie centrale; de leur côté, les Officiers se groupèrent autour de Vien. Ces deux réunions rivales, qui tenaient leurs séances dans les salles de
l'Académie, assiégèrent à l’envi FAssemblée d’Adresses et de Mémoires. Enfin les Officiers
ayant terminé la rédaction des nouveaux statuts les virent adoptés dans une assemblée générale tenue le 5 mars 1791.
Dans une autre assemblée solennelle, tenue le 8 novembre 1791, et à laquelle les Agréés furent convoqués, on entendit la lecture d’une pétition adressée à l’Assemblée nationale par l’Académie royale de Peinture, et la réponse qu'on y avait faite. On décida que
s6s seraient inscrits dans l’Almanach royal à la suite des Académiciens,
les noms des Ag
et on se sépara après s'être promis de tout faire pour maintenir entre les artistes de l’Aca-
démie l'union si nécessaire pour résister aux détracteurs. En effet, il semble que la crainte de l'orage qui menaçait VAcadémie ait ramené la concorde parmi ses membres. Car, dès lors, elle reprit ses fonctions ordinaires, sans cesser d'être en but aux attaques de ses adversaires.
Nous connaissons par Ce qui précède le rôle que joua David dans ces premières querelles, qu'avec de la condescendance les Officiers de l’Académie auraient pu éviter. On peut attribuer à ces divisions une influence regrettable sur l'artiste, qu’elles jetèrent hors de sa voie
naturelle. Ses idées libérales, l'éclat de son nom l'avaient désigné aux dissidents comme
le chef le plus apte à les conduire et le plus en position de gagner à leurs réclamations les sympathies du public. L'opposition qu'il rencontra à ses justes demandes le força à chercher des alliés en dehors de ses confrères ; il se lia ainsi avec les hommes les plus avancés, qui se trouvaient heureux de rattacher à leur parti le représentant le plus illustre des beaux-arts, et bientôt, sous l'influence de la passion, tout en croyant servir les intérêts de l'art, il s'égara dans les orages de la politique. Il le fit du reste avec bonne foi.
En effet, sans tenir compte du talent de David, on ne pouvait nier que son pinceau n’eût été employé le plus souvent à reproduire les épisodes de l'histoire les plus propres à ranimer l'amour de la patrie et de la liberté. Pour lui, la peinture était un art austère destiné à enseigner et à honorer la vertu.
Conduit par cette pensée élevée que nous retrouverons toutes les fois qu’il développera ses idées sur les arts, David rencontra dans les événements contemporains un épisode qui réunissait, plus que toute composition empruntée à l'antiquité, les conditions nécessaires pour frapper dans ce sens l'imagination de ses concitoyens.
Le serment prêté par les députés du Tiers-État, le 20 juin 1789, dans la salle du Jeu de Paume à Versailles, de ne se séparer qu'après avoir assuré la liberté de la Nation française, était un sujet digne d'être transmis à la postérité et capable d'enflammer des plus nobles sentiments les hommes qui fixeraient leur esprit et leurs yeux sur cette scène imposante.
Ce fut aussi l'opinion de la société des Jacobins, qui se recrutait alors parmi les
membres les plus éclairés du parti libéral, et à laquelle Dubois-Crancé avait présenté