RAPPORT DE DUBOIS-CRANCÉ AUX JACOBINS
en ces termes, le 28 octobre 1790, la proposition de faire exécuter par David un tableau représentant cette séance mémorable.
« Messieurs,
» À peine sorti des ruines des plus antiques préjugés, l'édifice de la Constitution du peuple français présente déjà aux nations étonnées le plus majestueux aspect. À notre exemple, l'univers sera libre un jour; à mesure que les lumières se propageront, l'homme reprendra ses droits et sa dignité, et tous les efforts des despotes ne feront qu'accélérer cette grande révolution.
» Commençons donc par effacer de notre chronologie tant de siècles d'erreurs: oublions les tyrans et les victimes, et que la France régénérée date du 20 juin 1789.
» Cette époque à jamais célèbre, Messieurs, est celle où les Représentants de vingt-cinq millions d'hommes, appelés par un bon Roï, opprimés par les courtisans, chassés de la salle des États, errants dans les rues de Versailles, se sont réfugiés dans un jeu de paume, et là, le bras vers l'Éternel, ils ont fait le serment de mourir plutôt que de se séparer avant que la France fût libre.
» Rappelez-vous, loyaux et fidèles soutiens de la Constitution, cette sublime cérémonie commandée par la plus impérieuse des circonstances et dont le patriotisme le plus pur à fait seul tout l’ornement. Rappelez-vous le contre-coup que tous les cœurs francais en ont reçu, son active influence sur tant d'actions héroïques, dont à l’unaminité notre nation vient de donner l'exemple à des peuples qui osaient la mépriser; et dites-moi s’il en serait un seul parmi vous qui se permit d'aborder le seuil de ce temple auguste sans ètre pénétré d'un saint respect.
» Le lieu qui reçut les premiers serments d’une grande nation qui a voulu être libre doit à jamais être voué au silence. Mille fois plus fameux dans sa simplicité que ces Pyramides dont les ruines immenses attestent l'antiquité du despotisme, les voyageurs viendront y admirer sa destruction. se reposer sur sa tombe. et c’est là qu'ils prendront la plus grande leçon que jamais ait offerte aucun monument.
» Je vous le demande, Messieurs, les amis de la Constitution doivent-ils laisser souiller plus longtemps le berceau de la Liberté du Génie humain ?
» Je propose qu'il soit fait par cette société une adresse à l'Assemblée nationale pour l’engager à mettre sous sa sauvegarde le Jeu de Paume de Versailles, à ordonner que ce monument sera toujours dans l’état où il se trouve, et mème rebâti tel qu'il est, lorsque le
temps en aura commandé la destruction. Demandons-lui que la garde de ce sanctuaire soit
confiée à perpétuité aux citoyens de Versailles, que les portes en soient fermées à tous les ennemis des Droits de l'Homme, qu'elles ne soient ouvertes qu'aux sectateurs de la Liberté, et que l’Assemblée nationale y aille chaque année, au renouvellement de ses séances, répéter le serment qui a sauvé la France.
» Mais, Messieurs, nous contenterons-nous de solliciter un décret pour immortaliser une action aussi mémorable? Tous les hommes ne peuvent venir agrandir leur être dans le
temple du patriotisme. Offrons done aux régions les plus éloignées la faculté de se retracer
à volonté cette sainte et majestueuse idée.
» Ces murs nus et noircis, images d’une prison, ces planches servant de sièges, cette table à pliants sur laquelle six cents députés, moins un, ont souscrit leur immortel serment, ce ciel, que par la voûte seule ils pouvaient prendre à témoin, ce peuple immense obstruant les rues, attentif, silencieux, comme s'il eût pu les entendre à travers les murs, quel spectacle ! Le souvenir de cet appareil austère contrastant avec le luxe asiatique qui avoi-
sinait ce temple auguste, rend encore à mon cœur toute la chaleur du moment.
» Eh bien, Messieurs, que le plus énergique pinceau, que le burin le plus savant
transmette à nos arrière-neveux ce qu'après dix siècles d'oppression la France à fait pour eux. Que cette image vraiment sacrée fixe leurs premiers regards; qu’elle reçoive chaque jour l'hommage de leur enfance, et qu’en balbutiant le doux nom de père, ils y apprennent les droits et les devoirs de l’homme.
» Cette entreprise, digne des vrais amis de la Constitution, ne doit pas les étonner, car ils ne peuvent sans injustice refuser d'appeler à cet acte de patriotisme tous les citoyens de l'univers.
» Ne doutons point de leur empressement si nous leur déclarons que tous les amis de semblée nationale le plus
la Constitution française veulent perpétuer dans le sein de l'A utile monument de courage et de patriotisme qu'aucun siècle ait jamais produit.
» Disons-leur: nous avons choisi pour animer notre pensée sur la toile, l'auteur de
Brutus et des Æoraces, ce Français patriote dont le g Snie a devancé la Révolution.
» Nous ferons ensuite graver ce tableau par les meilleurs artistes français, et vous seuls en aurez les estampes à votre disposition. Voilà, Messieurs, ce que mon zèle pour la chose publique m'a décidé à vous proposer.
» Je vais maintenant, si vous l’agréez, vous offrir les détails et les moyens t
simples
d'exécution.
Amis de la Constitution séante à Paris fera, au nom de toutes les ‘emblée nationale, dans laquelle sera exprimé
» La Société d
Sociétés qui Lui sont affiliées, une adresse à l’4
le vœu de tous les bons citoyens pour la conservation du Jeu de Paume de Versailles, parce
qu'ils le considèrent comme le plus précieux monument national. ‘emblée nationale l'hommage du projet
» La Société fera par la même adresse al térité le Serment du Jeu de Paume, par un
qu'elle a de consacrer et de transmettre à la pos Ja salle de l’Assemblée nationale.
tableau de la composition du sieur David, destiné à orner » En conséquence, le sieur David sera invité sur-le-champ de déclarer s'il accepte
l'honorable confiance de cette assemblée et Sil veut se charger de la composition d'un
tableau, de trente pieds sur vingt, représentant le Serment du Jeu de Paume. » La Société choisira, parmi les meilleurs artistes français, un gr d’estampes dont elle sera convenue, el
aveux avec lequel elle
fera un traité à forfait pour lui procurer le nombre
ensuite la planche sera brisée.
» Ilsera nommé une Commission de douze membres choisis dans le sein de la Société
des Amis de la Constitution pour surveiller l'exécution de tous les ouvrages ci-dessus
désignés, et pour parvenir au payement de la somme de 72,000 livres à laquelle se monteront lesdits ouvrages par approximation. Les douze Commissaires désignés ouvriront au bureau de la Société des Amis de la Constitution, séante à Paris, une souscription de trois mille actions à raison de vingt-quatre livres par action, passé lequel nombre, la souscription sera fermée.
« Et, attendu que lesdits ouvrages ne peuvent être complètement exécutés en moins de
trois où quatre années, chaque souscripteur sera libre de payer le prix de son action en un
ou deux payements égaux de douze livre
chacun, moitié en souscrivant et l'autre moitié en recevant la gravure. Pour chaque action de vingt-quatre livres, tous les souscripteurs recevront gratis, au bureau de correspondance de la Société, une superbe estampe représentant le Serment du Jeu de Paume, cachetée du sceau de la Société, par ordre de date de souscription dont il sera tenu registre et dont la liste sera imprimée.
» Les Commissaires seront chargés de veiller avec la plus scrupuleuse attention à ce qu'il ne soit tiré que le nombre suffisant d'exemplaires pour remplir les engagements de la Société envers Messieurs les souscripteurs, et la planche sera à l'instant brisée.
» La Société ne connaissant de nuance que celle de l'opinion, admet à concourir à son acte de patriotisme tous les amis des Droits de l'Homme, quel que soit le point du globe qu'ils habitent. »
Cette proposition fut acceptée. Outre la commande du tableau et de la gravure, Dubois- Crancé avait eu aussi la pensée de faire reproduire le tableau du Jeu de Paume en une mosaïque pareille à celles qui décorent les églises d'Italie. Mais cette idée fut abandonnée avant la présentation du projet aux Jacobins.
e moment était favorable pour demander à David un ouvrage de cette importance.
Jamais son talent ne s'était montré plus sûr de lui. Il accepta avec enthousiasme cette tâche
qui répondait si bien à ses aspirations, et il se consacra à l'exécution de cette œuvre capitale dont la dimension devait dépasser celle de tous les tableaux connus. Toutes ses études furent dirigées dans ce but, et plusieurs livres de croquis, aujourd'hui dispersés, se rem plirent de notes et de légères esquisses des différents groupes qui entrent dans cette vaste composition.
Il abandonna les travaux ordinaires de son art, dans lequel il venait de créer de nouveaux chefs-d'œuvre, nous voulons parler des magnifiques portraits de 7" de Sorcy- Thélusson et de sa sœur, A d'Orvilliers, peints à cette époque et que l'Exposition des Alsaciens-Lorrains a révélés à notre génération.
Peu de temps auparavant, le Roi de Pologne, Stanislas Poniatowski, lui avait fait demander les traits de plusieurs écrivains francais dont il voulait décorer les salles de son palais. Il ne nous reste de cette démarche que la lettre suivante, que Marmontel, secrétaire de l’Académie Française, adressa à David, qui avait demandé à consulter les peintures originales :
« Ce 30 mai 1790.
» J'ai communiqué, Monsieur, à l'Académie Française, la lettre que vous m'avez fait
l'honneur de m'écrire. Elle consent avec plaisir à vous prèter les portraits de ceux de ses anciens membres dont le Roi de Pologne désire honorer la mémoire, en réunissant leurs images dans son palais.
» Les ordres sont donnés au suisse de l'Académie de vous livrer les portraits sur un reçu de votre main. Vous voudrez bien, Monsieur, prendre soin qu’ils soient remis en place après
que vous les aurez fait copier.
» Lorsque les Souverains voudront avoir une collection complète des portraits des hommes qui, dans les arts comme dans les lettres, auront illustré notre siècle, le vôtre ne sera point oublié.
» J'ai l'honneur d’être avec les sentiments les plus distingués, Monsieur, votre très
humble et très obéissant serviteur, » MARMONTEL. »
Mais les travaux de ce genre n'étaient que des distractions pour David. Sa pensée était ailleurs, et chaque jour quelque nouvel événement venait exciter son ardeur patriotique; car
il suivait avec assiduité les séances de la Société des Jacobins et prenait part aux manifes-
tations organisées pour honorer les cendres de Voltaire et la mémoire de Rousseau.
Les attaques dirigées contre l'Académie ne se ralentissaient pas. Les artistes non
privilégiés, c'est-à-dire ne faisant pas partie de l'Académie et ne pouvant par conséquent montrer leurs œuvres dans les salles du Louvre, avaient organisé une exposition libre dans
ssé à l'Assemblée nationale une
la salle Lebrun. Ils avaient, à l'issue de cette Exposition, adre pétition pour demander la liberté de l'Exposition officielle, pétition que David appuya par la
lettre suivante adressée au journal 4& Chronique de Paris :
« Ce 16 août 1791.
» Je viens d'apprendre qu’une société nombreuse d'artistes non privilégiés avait adressé une pétition à l’Assemblée nationale, afin d'obtenir d’elle la permission d'exposer ses
alon du Louvre avec ceux des artistes privilégiés, et que l'Assemblée avait
ouvrages au 5 renvoyé leur demande au Comité de constitution; comme je ne doute pas que l'Assemblée nationale favorise leur pétition, déjà décrétée par un des articles de la Constitution, qui supprime toutes les corporations et tous les privilèges, et comme je veux satisfaire, en mème temps, au désir de ceux des membres de l'Assemblée nationale qui voudraient revoir les anciens ouvrages, je crois devoir déclarer que je ne me prèterai à cette réexposition qu'autant qu'elle ne préjudiciera point au droit qu'ont tous les artistes de concourir à une Exposition générale et commune, dans le Palais qu'un décret de l’Assemblée à déjà rendu national.
» En conséquence, à moins que la pétition des artistes ne recoive, de l'Assemblée nationale, un refus formel, je n’exposerai mes anciens ouvrages que dans un lieu qu'on à été vus du publie, pour qu'il ne soit pas dit
gnera à tous ceux dont les tableaux ont déj que je me sois prêté à l'accaparement d'exposition que médite la société privilégiée, dite
l'Académie de Peinture. »
En surplus de cette lettre, il avait envoyé à l’Assemblée nationale une pétition dont une partie sera citée plus loin. Sous une semblable pression, la question d’une Exposition nationale ouverte à tous les artistes fut bientôt portée devant les élus du pays.
Le 21 août 1791, Barère, au nom des Comités de constitution et des domaines, fit le rapport suivant :
« Au milieu de la destruction de fous les privilèges et de toutes les distinctions, une corporation célèbre, et qui a rendu des services publics, connue sous le nom d'Académie royale de Peinture et de Sculpture, prétend jouir encore du droit exclusif d'exposer publiquement les ouvrages de ses membres dans une des salles de ce palais que votre décret du 26 mai dernier a consacré aux établissements de l'instruction publique et à la réunion des monuments des sciences et des arts.
» Ce n'était pas assez que jusqu'à ce jour l'Académie, arbitre unique de tous les talents et dispensatrice des réputations, eût exercé une autorité arbitraire sur des arts qui ne vivent que d'opinion et qui ne prospèrent que par la liberté. Placée à la source de toutes les faveurs
et de tous les moyens d'encouragement, cette corporation en a fait le patrimoine particulier
s'était fait la loi de ne
de ses membres, à un tel point que cette classe privilégiée d'artistes souffrir, dans la salle d'exposition du Louvre, qui devait naturellement s'ouvrir à tous les talents, aucun autre concurrent que ceux auxquels l'initiative académique conférait la patente du talent ou du génie.
» Il ÿ à quelques années que les artistes non privilégiés se refugièrent au Colysée; une
lettre de cachet leur en interdit l'usage. Ils ne furent pas plus heureux dans les autres
emplacements; toujours le Directeur général des Bâtiments et les privilégiés pourvurent à ce
que ces Salons leur fussent fermés. C’est ainsi qu'on a vu s'élever dans le temple des arts
une sorte de noblesse et une classe de privilégiés, tandis que les artistes non titrés, semblables à des roturiers obscurs, furent réduits à faire une exposition banale de deux heures par
an, dans une place publique ouverte à toutes les intempéries de l'air. Cet état d’avilissement
a duré jusqu'au moment où les premiers mouvements de la Révolution leur ont permis d'exposer dans une salle de vente, qui leur a été louée rue de Cléry.
» Il était difficile que des hommes, qui consacrent leurs talents à tracer les grands événements de l'histoire, fussent insensibles à la voix puissante de la liberté. Ils ont lu dans la Constitution française qu'il n’y a plus « pour aucune partie de la nation, ni pour » aucun individu, aucun privilège ni exception aux droits communs des Français. Qu'il n'y » a plus ni jurandes ni corporations de professions, arts et métiers. »
» Ils ont lu votre décret du 26 mai, qui consacre une partie du Louvre aux établissements de l'instruction publique et aux monuments des arts, et ils ont espéré des succès auprès de l'Assemblée nationale.
» Aussi trois pétitions vous ont été adressées, l’une par les artistes non titrés, non privilégiés, qui sollicitent de vous la confirmation de vos principes, l'admission égale de tous les artistes au concours pour l'Exposition des tableaux et autres ouvrages d'art dans les salons du Louvre.
» La seconde pétition est celle de plusieurs artistes, membres de l’Académie de Pein-
9% CHAPITRE JII
ture, qui, indignés de ce que les prétentions des privilégiés cherchent encore à survivre à vos décrets constitutionnels, demandent que l'arène soit ouverte à tous les artistes indistinctement.
» La troisième pétition fait honneur à un autre membre de l'Académie, à ce Peintre célèbre qui s'occupe dans ce moment de transmettre à la postérité l’immortelle séance du
Jeu de Paume. Le vrai {alent ne craint pas la concurrence. Il vous dénonce lui-même l'abus
dont ce qu'on appelle orgueilleusement le peuple des arts se plaint.
» Les artistes non privilégiés, ditl, réclament, vous dit-on, la conséquence et l'appli- » cation des principes constitutionnels, conséquence qui doit les faire jouir des avan{ages » d’une Exposition commune.
» Cependant l'Académie de Peinture s'occupe encore des moyens d'éluder les consé- » quences de vos lois, et malgré la pénurie des ouvrages faits par ses membres dans le » cours de ces deux dernières années, malgré le vide inévitable qui en résulterait dans ce
» Salon, elle a résolu d’accaparer toutes les places, en reproduisant de nouveau des ouvra
» vus dans les précédentes expositions, pour se ménager une espèce d'impossibilité de par- » tager l'emplacement avec les artistes non privilégiés. J'ai déjà annoncé publiquement la
» répugnance que j’
ivais à m'associer à ces vues particulières, et je forme des vœux pour » que tous les artistes soient également admis dans l'Exposition qui doit avoir lieu cette » année. »
» Tout réclame donc l'association des artistes aux bienfaits de la liberté et de l'égalité des droits. Les trois pétitions ont été renvoyées à vos comités de constitution et des domaines. »
Après avoir dit que ces restrictions apportées à l'Exposition constituent pour les artistes une sorte de censure, Barère cite l'exemple de l'Angleterre qui accueille dans le Salon royal de Londres non seulement les artistes anglais, mais encore les étrangers.
Il ajoute que l’Assemblée peut se prononcer en faveur des artistes, car l’enseignement des arts qui constituent les véritables attributions de l’Académie, n’a rien à redouter de la décision qu’elle doit prendre. Au contraire, le libre accès du Salon va faire naître de
nouveaux talents et exciter cette émulation si nét
saire à la Peinture et à la Sculpture, et
les encouragements publics, plus largement distribués, deviendront le prix du plus beau concours ouvert aux talents et au génie. Il termine en rappelant que Paris doit ètre la patrie des beaux-arts renaissant à la voix de la liberté.
Il propose le projet de décret suivant :
« L'Assemblée nationale après avoir entendu le rapport des Comités de constitution
et des domaines ;
» Considérant que, par la Constitution décrétée, iln’y a plus pour aucune partie de la Nation, ni pour aucun individu, aucun privilège ni exception aux droits communs de tous les Français ;
qu'il n'y à plus ni jurandes ni corporations de Profession, Arts et Métiers; et se conformant au décret du 26 du mois dernier qui consacre le Louvre à la réunion des
monuments des Sciences et des Arts,
» Décrète provisoirement, et en attendant qu'il soit statué sur les divers établissements
de l'instruction et de l'éducation nationale, ce qui suit :
» ARTICLE I, — Tous les artistes français ou étrangers, membres ou non de l’Académie de Peinture et de Sculpture, seront également admis à exposer leurs ouvrages dans la partie du Louvre destinée à cet objet.
» ART. Il. — L'Exposilion ne commencera, cette année, que le 8 septembre.
» ART. II. — Le Directoire du département de Paris fera diriger, surveiller, sous les ordres du ministre de l’intérieur, ladite Exposition quant à l'ordre, au respect dû aux mœurs et quant à l'emplacement qui pourrait ètre nécessaire. »
M. Alexandre de Beauharnais appuya aussi le projet de décret qui venait d'être présenté, et en terminant son discours il invoqua, comane devant ètre pris en considération, le témoignage de David.
« C'est celui, dit-il de cet homme célèbre, qui a obtenu l'avantage d’être de la classe des
, et qui n’en sent pas moins le prix de l'égalité des droits, de cet artiste
artistes privilég académicien, qui met en ce moment le comble à sa gloire en consacrant son pinceau à tout ce qui à servi au succès de la Révolution, à tout ce qui à contribué à la liberté de son pays. J'appelle le témoignage de M. David, qui dit, et avec tous ceux qui aiment les arts et qu'il
recherchent ceux qui les cultivent, qu'il existe des talents hors des Académies existe un grand nombre d'artistes auxquels il n'a manqué que cette émulation, qui s'acquiert par la censure ou les éloges du public, pour devenir des hommes très distingués.
» Il me parait done convenable et juste de stimuler les hommes modestes, d’encourager les hommes timides, en leur facilitant les moyens de recevoir les suffrages du public, qui sont la récompense la plus flatteuse aux artistes français. »
Après ces paroles, l'Assemblée adopta le décret rédigé par Barère.
Aussitôt le département de Paris prend l'arrêté ci-dessous, dans lequel, après avoir cité le décret de l'Assemblée nationale, il ajoute :
« Le Directoire, considérant combien il importe d'assurer la prompte exécution de la loi et la jouissance entière du bienfait que les arts viennent de recevoir de l'Assemblée nationale, en attendant que des règlements définitifs aient pu déterminer les formes, les usages, l'ordre de cette partie si intéressante de l'instruction publique ;
» Le procureur général, syndic, entendu, arrète ce qui suit :
» L M. Talleyrand-Périgord, membre du Directoire, sera chargé de la direction et surveillance générale de PExposition.
» % Ilsera adjoint à M. Talleyrand-Périgord six commissaires, savoir : MM. Pajou,
and, Bervic, David, Vincent, Quatremère-Quincy ;
Leg
» 3 A compter du jour de la publication du présent arrèté, tout artiste qui désirera exposer ses ouvrages fera, dans l'espace de trois jours, une nolice sur ses ouvrages qui en détaillera la mesure exacte et le sujet brièvement énoncé.
» 4 Cette notice énoncera les ouvrages par ordre de numéro, de manière que les pre miers numéros inscrits indiquent les morceaux auxquels l'artiste donnera la préférence, dans le cas où l'étendue de l'emplacement assigné serait insuffisant pour les ÿ admetre
tous ;
a RENE PES =
» Be Chaque artiste mettra au bas de cette notice son nom et le lieu précis de sa demeure, pour que l’on puisse lui adresser directement les avis relatifs à FExposition.
» Sig
né : La Rochefoucault, président; Blondel, secrétaire.
» Les notices seront adressées au département, au bureau de M. Boucher. »
David accepta les fonctions de commissaire : « Je me trouve trop heureux, écrivait-il, de pouvoir faire connaître à ma patrie les talents en peinture, qui, sans l’heureux décret de la liberté de l'Exposition, ne seraient et n'auraient peut-être jamais été connus. »
Le livret du Salon célébrait ainsi l'indépendance que venaient de conquérir les artistes :
« Les Arts recoivent un grand bienfait : l'empire de la liberté s'étend enfin sur eux; elle brise leurs chaînes; le génie n’est plus condamné à l'obscurité.
» Pour que les seules et véritables distinctions naissent des vertus et des talents, il
ne faut que les montrer à ses concitoyens.
» Les événements ont retardé, pendant deux mois, l’espoir que les artistes avaient
conçu de la justice de l’Assemblée nationale; il leur a suffi de lui présenter un vœu conforme à l'équité, et l'équité a dicté le décret du 21 août 1791. » L'Exposition ouverte le 12 septembre se composait de 794 œuvres d'art, présentées par
S artistes, dont 190 environ n'étant pas de l’Académie profitaient des dispositions du
décret de l’Assemblée nationale.
Quelques-uns des élèves de David, qui plus tard, comme Fabre, Gérard, Mie Laville-
s, Mais ce Salon
Leroulx, arrivèrent à la réputation, avaient envoyé leurs premiers ouvrag n° 134, Le Brutus, n° 274, Le
Socrate, n° 299, tableaux déjà connus; et en fait de nouveaux ouvrages : Ze portrait de
fut un véritable triomphe pour le maitre avec Zes Z/orace
Me de Sorcy-T helusson, née O'Reilly, n° 719. Portrait de femme peinte jusqu'aux JeROUT,
et le grand dessin à la sépia du Serment du Jeu de Paume, n° 132, avec cette indication :
« Dessin du « Serment du Jeu de paume » par M. David.
» L'auteur n'a pas eu l'intention de donner la ressemblance aux membres de l'Assemblée. — On souscrit,
pour la gravure de ce dessin, chez M. Gerdret, négociant, rue des Bourdonnais. »
sur les anciens tableaux qui composaient comme la profession
Nous ne reviendrons pas de foi politique de David.
Les nouvelles productions qu'il soumettait au jugement du publie, son Porlrail de
femme, entre autres, lui attirèrent tous les suffrages ; le modèle, du reste, y prètait. « Il à
résolu de tout éclipser dans tous les genres qu'il traitera, » s'écrie un critique du Salon, et, plus tard, Sue dira de la mème toile : «on à remarqué au Salon de 1791 le portrait de Mwe de Sorcy, assise d’une manière simple et naturelle, vêtue toute de blanc et les bras négligemment croisés. Ce portrait est un de ses meilleurs jusqu'alors; il a eu toujours soin, à la vérité, de ne choisir que de belles tètes de femmes, ne voulant pas prostituer son
pinceau dans un genre qu'il ne faisait que pour s'amuser. »
L'auteur, cependant, se jugeait avec plus de sévérité, car M Lebrun rapporte dans ses