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IL SE SÉPARE DE L'ACADÉMIE DE PEINTURE

Aussitôt les artistes faisaient réclamer, par le ministre de l’intérieur, la jouissance de la salle ronde où s’assemblait l'Académie, pour y faire les préparatifs de l'Exposition de peinture qu'ils voulaient y ouvrir le 10 août 1793. L'Académie répondait à cette mise en demeure :

« Les salles de notre Académie renferment une collection nombreuse de morceaux de peinture et de sculpture sortis de la main des plus fameux artistes de la nation. Cette collection est encore enrichie de statues moulées sur les plus belles figures antiques servant à l'instruction journalière des élèves. Ce dépôt successif des chefs-d'œuvre des grands maîtres,

pour leur admission dans cette compagnie, devient en quelque sorte Fhistoire des différents

âges de l'École française depuis cent cinquante ans. C’est un Muséum qui n’a rien coûté à

l'État, et qui, connu comme une des curiosités de cette capitale, est visité souvent par les

artistes et amateurs étrangers et régnicoles. L'Académie qui l'a formé de ses propres membres est devenue gardienne et dépositaire de cette richesse, regardée dans tous les temps comme

vraiment nationale.

islateurs de rester à son

» Or l’Académie ayant, par des décrets, reçu l'ordre des lés

poste jusqu’à ce qu’il en ait été autrement ordonné par eux, ne peut ni ne doit perdre de vue un dépôt dont elle est responsable. D'ailleurs, elle a besoin tous les jours de l'entière liberté de ses salles, tant pour les différents concours que pour leurs jugements et l’exposi-

tion des ouvrages des concurrents, notamment des morceaux des élèves pour l'obtention des

ands prix pour lesquels la Convention vient d'accorder à ceux qui les remportent une

pension de 2,400 livres pendant cinq ans. Enfin elle en a besoin pour tous ses comités et assemblées ordinaires et extraordinaires. Mais, malgré ces observations, l’Académie n’en a pas moins le désir le plus sincère d'indiquer à des artistes le moyen de se faire connaitre et de former une exposition publique de leurs ouvrages à l’époque mémorable qu’ils ont choisie.

» Voici les moyens qu’elle présente au citoyen ministre de l'intérieur.

» Le nombre des morceaux de l’Académie s'étant accru avec le temps, elle a obtenu depuis plus de quarante ans une galerie attenante à ses salles, connue sous le nom de galerie d’'Apollon, à la charge par elle de l’entretenir et d'en finir les plafonds, ce qu’elle a fait en partie, l'ayant ornée déjà de cinq plafonds exécutés gratuitement par ses membres. Il y a longtemps, l’Académie en a cédé la moitié au citoyen Charles pour y déposer provi-

soirement son cabinet de physique dont il a fait hommage à la nation. Ce physicien a

depuis obtenu un autre lieu dans le Louvre. Les citoyens commissaires du Muséum ont demandé le même endroit pour déposer momentanément des morceaux, lors de l’arrangement du Muséum ; ils l’occupent encore. L'Académie ne doute pas que les citoyens com-

missaires ne consentent à céder pour un temps limité ce lieu qui parait suffisant pour

l'examen des différents ouvrages qui seront jugés mériter l'exposition, puisque ce lieu a cent

pieds environ de profondeur; c'est le mème dont se servait l'Académie pour le mème objet

lors de ses expositions; il est contigu et de plein pied au salon. Aussi est-il convenable, commode, et n’entraine aucun inconvénient ni aucun dérangement majeur pour personne. » Telles sont les observations que l’Académie soumet à la sagesse du ministre et qu’elle

charge le secrétaire de lui remettre. »

Cette fois, l'existence de l’Académie était sérieusement menacée ; ses observations ne furent pas acceptées, et le ministre de l'intérieur insistant, elle dut céder ses salles. Elle y tint encore séance, el la dernière eut lieu le 3 août 1793.

Pendant qu’elle poursuivait ses travaux ordinaires, ses adversaires ne laissaient échapper aucune occasion de lui porter les derniers coups. Aussi l’Académie d'Architecture, se préparant à délivrer ses prix annuels par anticipation, cette résolution est, le 7 août,

signalée par David à la Convention.

< Dans un moment, dit-il, où les artistes cherchent à échapper au joug et à l'arbitraire des corporations académiques qui les ont comprimés si longtemps; dans un moment où votre Comité d'instruction publique se prépare à vous faire un rapport sur la suppres-

sion de ces corporations monstrueuses, restes trop longtemps subsistants du régime royal et

ministériel; croyiez-vous que, pour jouir d’un reste de pouvoir, pour faire sentir encore une fois l'influence de ses jugements, l’Académie d'Architecture se propose d'avancer de trois semaines la distribution de ses prix, et a remis à demain, jeudi 8, l'exercice de ce pouvoir expirant? La Commune des arts est venue réclamer auprès de votre Comité d'instruction contre cet acte qu'il trouve tyrannique. Les artistes ne veulent plus courir les risques d’un jugement qui a souvent compromis les arts, et qui a trop longtemps cédé aux considéra-

tions de faveur et presque de commérage. Pour remplir le vœu des artistes, qui d'ailleurs

ne sont pas pressés, puisque le voyage de Rome n’est pas possible en ce moment, votre Comité vous propose de suspendre la distribution des prix dans toutes les Académies en étendant cette disposition sur une autre corporation académique qui est dans le même cas. »

Il faisait allusion à l’Académie de Peinture.

Le lendemain 8 août, Grégoire, au nom du Comité d’instruction publique, déposait son

rapport sur la nécessité de supprimer les Académiciens. Il débute ainsi :

« Citoyens,

» Nous touchons au moment où, par l’organe de ses mandataires, à la face du ciel et dans le champ de la nature, la nation sanctionnera le code qui établit sa liberté. Aprèsdemain la République française fera son entrée solennelle dans l'univers. En ce jour, où le soleil n’éclairera qu’un peuple de frères, ses regards ne doivent plus rencontrer, sur le sol français, d'institutions qui dérogent aux principes éternels que nous avons consacrés, et cependant quelques-unes, qui portent encore l’empreinte du despotisme, ou dont lorganisation heurte l'égalité, avaient échappé à la réforme générale. Ce sont les Académies. »

Il les dépeint présentant, comme les jurandes, l'exemple des plus mauvaises passions. « L'Académie harcelait l’auteur du Cd, — l'Académie de Peinture persécutait Le Poussin.

— Ce n’est point à l’école de celle-ci qu'avaient été formés Lesueur,Mignard, Puget et tant

d'autres. — Lebrun était déjà un grand homme quand il eut la faiblesse

de l'imaginer pour

en être le chef, et l'art de la peinture est périclitant.

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