IS HISTORIQUE SUR AGRICOL VIALA
«Dans le courant du mois de juillet 1793, des brigands échappés des murs de Marseille, réunis à tous les partisans de l'aristocratie que renfermait le Midi, nourrissant le dessein insensé, l'espoir criminel de marcher droit à Paris, d'y détruire la représentation nationale, déployaient dans leur course le drapeau de la guerre civile et de la rébellion. Aix, Lambese, Arles, Tarascon, ont éprouvé les effets de leur rage contre-révolutionnaire ; déjà ils menacent les bords de la Durance. Les patriotes avignonais, fidèles à la cause du peuple, sont debout ; résolus de s'opposer à leur passage, ils occupent la rive droite de ce fleuve.
» Les rebelles sont supérieurs en nombre et en artillerie. Les pontons sont en leur pouvoir. Couper précipitamment les câbles à l’aide desquels ils vont traverser la rivière est l'unique ressource qui reste aux républicains; le tenter, c'est courir à une mort certaine : une pluie de feu couvre la rive vers laquelle il faut s'avancer. Joseph-Agricol Viala, âgé de treize ans, se présente pour cette expédition. Son courage au-dessus de sa jeunesse et son patriotisme l'avaient élevé au grade de commandant général de la petite garde nationale
connue sous le nom d'Æsp'rance de la patrie. Ce jour-là il avait quitté ses épaulettes, et
EE +R ms mu
s'était glissé, sans qu'on s'en aperçût, dans les rangs des citoyens. La consigne aux portes
de la ville était de ne laisser sortir ni femmes ni enfants. Il se présente, on le refuse; indigné de ce qu'il appelle un affront, il s’élance sur une hache, s'arrache des mains de ceux qui veulent l'arrêter, et marche à pas précipités du côté des flots. Sa hache est suspendue à sa ceinture, et tandis qu'il franchit l’espace qui sépare la chaussée de pierre où les républicains sont retranchés, du poteau où le cäble est fixé, il décharge le léger mousquet dont il est armé, et fait feu quatre fois sur ses ennemis.
» Cependant les deux rives vomissent la flamme, les balles sifflent et se croisent. Viala, toujours seul, arrive au poteau; là il jette son fusil, saisit sa hache et frappe à coups redoublés le câble énorme. Pendant le trajet, ou depuis qu'il frappait, il avait essuyé sans pâlir cinq décharges de mousqueterie, à la sixième une balle le frappe au sein; la hache
échappe de son jeune bras ; il fait quelques pas, chancelle et tombe en prononçant ces mots
sacrés : MAN PAS MANQUA; AQUO ES EGAOU, MORE PER LA LIBERTAT. (Z/s ne m'ont pas manqué; cela est égal, je meurs pour la liberti.) 1] expire. Le brave Guinaud, son voisin et son jeune ami, l'avait suivi de loin ; étendu dans un ravin, il recueillit ses dernières paroles. Il voudrait enlever son corps ; la mort pleuvait à ses côtés, il est forcé de s'éloigner. Un prêtre de Saint-Remy s’attribua, sur le champ de bataille, l'honneur de lavoir assassiné, honneur que lui disputa un jeune fanatique des Noves. Les rebelles, après avoir traversé la Durance, eurent la lâcheté d'insulter aux restes de ce jeune héros; comme s’ils eussent voulu chercher et poursuivre quelques restes de vie dans ce corps inanimé, ils y plongèrent leurs baïonnettes et l’ensevelirent dans les flots.
» Je n'essayerai pas de rendre la douleur de la mère, je la conserve dans toute sa sublime simplicité; elle idolâtrait son Agricol; que les mères jugent de l’amertume de ses regrets !
» Après les premiers cris, ces cris déchirants de la nature, du sentiment : « Citoyenne, » luidit-on, vous êtes patriote. Eh bien, pour adoucir votre douleur, songez qu'il est mort
» pour sa patrie.— A! c'est vrai, il est mort pour la patrie! — et ses larmes se séchèrent. »
PLAN DE LA FÊTE QUI AURA LIEU LE 10 THERMIDOR POUR DÉGERNER LES HONNEURS