‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 70 sur 328 · DU PANTHÉON A BARRA ET A VIALA · texte numérisé non relu

DU PANTHÉON A BARRA ET A VIALA

« À trois heures après midi, une décharge générale d'artillerie part de la pointe occidentale de l'ile de Paris ; elle annonce la cérémonie.

» Aussitôt le peuple se rassemble au Jardin national : sur l'amphithéâtre parait la Convention, dans le costume des représentants du peuple; chacun de ses membres tient à la main le symbole de sa mission ; elle est précédée d’une musique guerrière ; Les artistes musiciens chantent une strophe analogue à la fête.

» Après ce chant, le président de la Convention monte à la tribune et prononce

un discours où sont développés aux yeux du peuple les traits héroïques de Barra et d'Agri-

col Viala, leur piété filiale, en un mot tous les titres qui leur ont mérité les honneurs du

Panthéon; puis il remet l’urne de Viala entre les mains d’une députation d'enfants choisis

dans chaque section, du même âge que nos jeunes républicains, savoir : depuis onze ans Jusqu'à treize ans inclusivement.

» Les restes mortels de Barra, enfermés dans une autre urne, seront déposés entre les mains des mères dont les enfants sont morts glorieusement pour la défense de notre liberté ;

c'est à ces respectables citoyennes, également envoyées par les différentes sections, à porter

ces restes précieux, gage immortel de la tendresse filiale dont cet héroïque enfant a donné

des preuves si touchantes.

» A cinq heures très précises, une seconde salve d'artillerie se fait entendre.

» Les députations des mères et des enfants se mettent en marche sur deux colonnes ; le cortège est précédé d'un grand nombre de tambours dont les sons lugubres et majestueux expriment la marche et les sentiments d’un grand peuple réuni pour la cérémonie la plus auguste.

» Chaque colonne aura en tête les images de Barra et de Viala dont les actions seront représentées sur la toile.

» À la colonne de droite seront les députations des enfants, à celle de gauche les députations des mères.

» Le milieu des deux colonnes sera occupé par des artistes des théâtres formant six groupes qui marcheront ainsi qu'il suit :

» Le premier groupe sera formé de la musique instrumentale ; — le second, des chan-

teurs; — le troisième, des danseurs; — le quatrième, des chanteuses: — le cinquième, des danseuses: — le sixième, des poètes, qui réciteront les vers qu'ils auront composés en l'honneur des jeunes héros.

» Viennent ensuite les représentants du peuple, entourés de braves militaires blessés pour la défense de la patrie; le président de la Convention donne la main droite à l’un d'eux désigné par le sort, et la gauche à la mère de Barra et à ses filles.

» Le peuple ferme la marche.

» De distance er distance, les tambours feront entendre leurs roulements funèbres et la musique ses sons déchirants. Les chanteurs exprimeront nos regrets par des accents plaintifs. — Les danseurs dans des pantomimes lugubres et militaires.

» On s’arrête ; tout se tait : tout à coup le peuple élève la voix et par trois fois s’écrie : ls sont morts pour la patrie.

» Arrivées dans cet ordre devant le Panthéon, les deux colonnes se rangent chacune en demi-cerele pour laisser libre le milieu de l’enceinte et donner passage à la Convention, qui va se placer sur les degrés du temple. Toujours les jeunes enfants, les musiciens, les chanteurs, les danseurs et les poètes seront placés du côté de Viala; les mères, les

musiciennes et les danseuses du côté de Barra.

» Cependant les urnes sont déposées sur un autel élevé au milieu de la place : autour

de cet autel les jeunes danseuses forment des danses funèbres qui retracent la plus profonde

tristesse : elles répandent des cyprès sur les urnes. Au même instant, les musiciens et les chanteurs déplorent les ravages du fanatisme qui nous a privés de ces jeunes répu-

blicains.

» Un nouveau silence succède aux cris de douleur. Le président de la Convention s'avance, embrasse les urnes, et, les yeux élevés vers le ciel, proclame, en présence de l’Être suprème et du peuple, les honneurs de l’immortalité pour Barra et Agricol Viala. Au nom de la patrie reconnaissante, il les place au Panthéon dont les portes s'ouvrent au même instant.

» Tout change, la douleur disparait, l'allégresse publique la remplace, et le peuple, par trois fois, fait entendre ce cri : Z/s sont immortels!

» L'airain tonne et les jeux commencent.

» Les tambours font retentir les airs d'un roulement guerrier ; les danseuses, d’un pas joyeux, répandent des fleurs sur les urnes, en font disparaître les cyprès; les danseurs, par des attitudes martiales qu'accompagne la musique, célèbrent la gloire des deux héros ; les poètes récitent des vers en leur honneur, et les jeunes soldats font des évolutions militaires.

» Le président de la Convention s’avance au milieu du peuple; il prononce un discours, après lequel les mères portent l’urne de Barra dans le Panthéon, et les jeunes enfants celle de Viala. ;

» Le président ferme les portes du temple, et donne le signal du départ. On observe pour le retour le mème ordre qu’en allant.

» Arrivée au Jardin national, la Convention reprend sa place sur l’amphithéâtre; le président fait un nouveau discours, dans lequel il retrace aux mères les leçons de vertu qu'elles doivent inspirer de bonne heure à leurs enfants, afin qu'ils se rendent dignes un jour des honneurs éclatants que la patrie vient de décerner à Barra et à Viala. Il exhorte les jeunes soldats à venger bientôt leur mort, à se montrer toujours prêts comme eux à se dévouer glorieusement pour la défense de la patrie.

» Le peuple termine cette mémorable et touchante cérémonie par les cris réitérés

de Vive la République!

» La Commission de l’Instruction publique est chargée de l'exécution de la fête.

DÉCRET

» La Convention nationale décrète que le rapport de David sur la fête héroïque et pour les honneurs du Panthéon à décerner aux jeunes Barra et Viala sera inséré au Zullelin, imprimé et envoyé aux écoles primaires, aux autorités constituées, aux armées, aux

sociétés populair et distribué, au nombre de six exemplaires, à chaque membre de la

Convention. »

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