‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 71 sur 328 · LE LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

LE LUXEMBOURG

David et le 9 Thermidor, — Son arrestation. — Il est enfermé à la prison des Fermes. — Soins de Delafontaine, son élève. — Dénonciation de Lecointre. — Lettre de David au Comité de sûreté générale, — Il est transféré au Luxembourg. — Il écrit à la Convention. — Dévouement de Madame David. — Efforts de Boissy-d’Anglas pour lui faire rendre la liberté. — Pétition de ses élèves. — Il est mis en liberté, — Il demande un congé. — Dénonciation de la section du Muséum. — Événements de prairial. — Il est incarcéré

ux Quatre-Nations. — S4 Défense écrite par lui-même. — Il est mis en liberté provisoirement.

Le moment était proche où malgré son enthousiasme exagéré les événements allaient, d'une manière cruelle, convaincre David que la voie où il était engagé n’était pas celle où devaient se développer les qualités naturelles et de son esprit et de son cœur.

Selon ses indications, les mesures avaient été prises et les ordres de police donnés pour la célébration de la fête funèbre de Barra et de Viala, fixée au 10 thermidor, quand éclata la révolution célèbre qui mit fin à la Terreur.

David ne joua aucun rôle dans la crise du 9 Thermidor. Il était depuis quelque temps assez sérieusement malade, pour ne pouvoir ce jour-là sortir de chez lui. Il n'avait sans doute pas été instruit par Robespierre et ses amis de leurs projets secrets, car l’organisation des fêtes populaires de l’Être suprème et des jeunes Martyrs de la République, ainsi que les nombreux concours décrétés par le Comité de salut public, l'avaient assez absorbé pour qu'il négligeñt la politique et les séances du Comité de sûreté générale, auxquelles depuis longtemps déjà il n’assist

Cependant, en cette circonstance, il serait demeuré attaché aux hommes de son parti:

ait que très irrégulièrement.

car, à la séance des Jacobins du 8 thermidor au soir, pendant que Robespierre y répétait le discours qu’il avait déjà lu dans la journée à la Convention, il s'était écrié : « Si tu bois la ciguë, Robespierre, je la boirai avec toi. »

Ces sortes d’exclamations, au reste, n'étaient pas rares dans ces assemblées, où souvent

l'auditoire, excité par la véhémence d'un orateur, jurait de partager le sort qui l'attendait au milieu des dangers qui menaçaient la-liberté.

Les membres rebelles de la Commune connaissaient aussi sa fidélité à leur cause, car

lorsqu'on leur amena dans la salle du Conseil général les Commissaires de la section des Arcis qui lisaient à haute voix, sur la place de l’Hôtel-de-Ville, la proclamation de la Convention nationale mettant hors la loi Robespierre et ses complices, le maire de Paris, Fleuriot Lescot, en remarquant parmi les signataires le nom de David, s'écria « que cette

pièce était une scélératesse de plus de la part des intrigants, parce qu'il était d'autant plus

sûr que David ne l'avait pas signée, qu'il était malade chez lui ». Enfin, grâce à cette maladie, qui épargna à la France la douleur d’avoir à regretter

les chefs

l'œuvre que créèrent depuis les pinceaux de David, il échappa aux premiers coups portés par la colère et la vengeance; et la peur était disparue, la confiance même était revenue, quand ses collègues de la Convention songèrent à lui.

Ce fut à la séance du 13 thermidor qu'André Dumont, qui avait répandu la terreur dans le département de la Somme, dénonça ainsi David à la Convention :

« Citoyens, d’après l'attitude majestueuse et imposante que vous avez prise, d'après cette sublime énergie dont vous avez donné un si frappant exemple, souffrirez-vous qu'un

traitre, un complice de Catilina, siège encore dans votre Comité de sûreté générale? Souf-

frivez-vous que David, cet usurpateur, ce tyran des arts, aussi lâche qu'il est scélérat, souffrirez-vous, dis-je, que ce personnage méprisable, qui ne se présenta pas ici dans la mémorable nuit du 9 au 10, aille encore impunément dans les lieux où il médite l'exécution

des crimes de son maitre, du tyran Robespierre? Le moment est arrivé, citoyens; il faut

ssée ; il faut

faire disparaître les ombres du scélérat dont la France vient d’ètre débar conserver cette énergie, sauvegarde de la liberté, il faut conserver cet héroïsme, sauveur de la patrie.

» David n’est pas le seul qui ait été vendu à Robespierre; la cour de ce Cromwell

n'est pas encore anéantie. Ses ministres, sur la figure desquels on lit le crime, seront bientôt

émasqués : je jure de les poursuivre jusqu'à la mort; mais en ce moment je me borne à

emander que le traître David soit à l’instant chassé du Comité, et qu'il soit procédé à son

remplacement. »

Un autre député se lève pour dénoncer aussi Jagot, membre du Comité de sûreté générale, comme s'étant, suivant son habitude, caché durant la nuit périlleuse du 9 au 10 thermidor. Donnant suite à la proposition de Dumont, la Convention décrète successivement que Jagot, Lavicomterie et David seront remplacés. A ce moment, ce dernier entre

dans la salle, et, apprenant qu'il était question de lui, il demande à être entendu; la

Convention le lui accorde.

« Je ne connais pas, dit-il, les dénonciations qui ont été faites contre moi; mais personne ne peut plus m'inculper que moi-même. On ne peut concevoir jusqu'à quel point ce malheureux m'a trompé. Cest par ses sentiments hypocrites qu'il m'a abusé, et, citoyens, il n'aurait pas pu y parvenir autrement. J'ai quelquefois mérité votre estime par ma

franchise. Eh bien! citoyens, je vous supplie de croire que la mort est préférable à ce que Jens; ] PI 1!

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