‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 72 sur 328 · DAVID ET LE 9 THERMIDOR · texte numérisé non relu

DAVID ET LE 9 THERMIDOR

j'éprouve dans ce moment-ci. Dorénavant, j’en fais le serment, et j’ai cru le remplir dans cette malheureuse circonstance, je ne m'attacherai plus aux hommes, mais seulement aux principes. »

« David à embrassé Robespierre aux Jacobins, s’écrie un représentant, et il y est allé prêcher l'insurrection. »

Goupilleau de Fontenay prend la parole :

« J'interpelle David, dit-il, de déclarer si, au moment où Robespierre descendit de la tribune, après avoir prononcé son discours ou plutôt son acte d'accusation, lui, David, n'alla pas l'embrasser en lui disant : « Si tu bois la ciguë, je la boirai avec toi. »

« Ce n’était pas pour faire accueil à Robespierre, répond David, que je descendis de son côté; c'était pour monter à la tribune et demander que l'heure de la Fête du 10 fût avancée. Je n’ai pas embrassé Robespierre, je ne l'ai mème pas touché, car il repoussait tout le monde.

» Il est vrai que lorsque Couthon lui parla de l’envoi de son discours aux Communes, je dis qu’il pourrait semer le trouble dans toute la République.

» Robespierre s’écria alors, qu'il ne lui restait plus qu'à boire la ciguë : Je lui dis : « Je la boirai avec toi. »

» Je ne suis pas le seul qui ait été trompé sur son compte, beaucoup de citoyens l'ont cru vertueux, ainsi que moi. »

En parlant ainsi, se rappelait-il Pétion, qui, dans les débats violents qui précédèrent la chute des Girondins, alors qu'il se lançait au milieu de l'assemblée en criant : « Je demande que vous m'assassiniez ! Je suis un homme vertueux aussi, la liberté triomphera! » lui avait répondu : « Que prouve l’action de David? — le dévouement d’un honnète homme en délire et trompé.

» — Non, lui répliquait l'artiste.

» — Vous vous en apercevrez, » avait repris Pétion.

Accusé à son tour, David apercevait la vérité cruelle des paroles de Pétion.

Heureusement, Thibaudeau vint à son secours en demandant le renvoi de l'examen de sa conduite aux deux Comités. Tallien présente les observations suivantes : « Si un membre de la Convention, dit-il, n'avait pas été inculpé ici d’une manière directe, S'il ne s'était pas présenté à la tribune pour repousser l'inculpation, je demanderais aussi le renvoi aux Comités. Mais autant nous devons être soigneux de ne pas attaquer légèrement la représentation nationale dans aucun de nous, autant, lorsqu'elle est attaquée, nous devons exiger une réparation authentique.

» Il ne doit siéger dans cette enceinte que des hommes purs. Aucune réputalion ne doit plus vous aveugler. Nous sommes au moment où les hommes, quelque talent qu’ils aient, ne sont plus rien : la vertu et la liberté sont tout.

» On a reproché à David de ne s'être pas présenté ici dans le moment de la crise : moi

je dirai plus. Dans la nuit du 9 au 10, Coffinhal dit qu'il était bien sûr que la signature de David apposée au bas d’une proclamation n'était pas la sienne, parce qu'il était l'ami PP J' » I J

de Robespierre. Ce ne serait sans doute pas là le sujet d’une accusation, s’il n’y avait pas j' ; À :

d'autres inculpations à faire à David; mais aux oscillations de sa conduite au Comité-de sûreté générale, on peut joindre d'autres reproches.

» Je déclare qu'aucun représentant ne peut siéger à côté de David, jusqu'à ce qu'il se soit disculpé.

» DAVID. — J'étais malade depuis huit jours, et le 9 je pris de l’émétique qui me fit souffrir et me força de rester chez moi toute la journée et toute la nuit. Je ne vins à l’Assemblée que le lendemain matin.

» FRESSINE, député de Loir-et-Cher. — David était ici le 9 au matin. »

Un autre membre demande à David pourquoi, dans le projet de fête qu’il a présenté, il proposait de partir à trois heures. « J'ai observé, dit-il, que cette proposition tenait

beaucoup au plan de Robespierre et pouvait avoir les plus grands dang

David lui répond : « Dans toutes les fêtes dont j'ai donné le programme, on m'a reproché de les faire durer trop longtemps. Cest pour cela que j'ai proposé de faire commencer celle du 10 thermidor à trois heures. Le Comité de salut public me fit remarquer ensuite que cela pouvait ètre dangereux, et je vins demander qu'elle commençät à neuf heures. »

Lecointre demande qu’il soit décrété que David ne pourra être d'aucun Comité.

David, continuant à expliquer sa conduite, ajoute : « Les deux Comités de salut public et de sûrelé générale étaient assemblés. Robespierre nous lut un discours dans lequel j’en—

endis prononcer mon nom. Je crus que c'était une plaisanterie, et je vous avoue que je ne

fus pas peu surpris quand, le lendemain, je l'entendis proférer mon nom à cette tribune. » Enfin, Citoyens, je vous assure qu'il me faisait plutôt la cour, qu'on ne peut dire que je la lui ai faite. »

Alors Goupilleau reprend : « David a entendu Robespierre lire ici son discours, il le ui a entendu répéter aux Jacobins, et je soutiens que s’il n'avait été que trompé, il n'aurait

as dit à Robespierre après avoir entendu deux fois son acte d'accusation : « Si tu bois la

» ciguë, je la boirai avec toi. »

Legendre (ermine ainsi la discussion :

« J'allai hier au Comité de salut publie, dit-il, demander s’il n'y avait pas quelques griefs à reprocher à David, car je le soupçonnais ; Billaud me répondit qu'il y en avait de

grands. Je crois donc que, puisque ces Comités ont des reproches à faire à David, on doit

leur renvoyer ceux qui ont été faits ici pour qu'ils les réunissent et en fassent un rapport très prochainement. »

La proposition de Legendre fut décrétée. David put se retirer librement de la

Convention.

C'était du temps de gagné ; et dans des jours de révolution une heure de délai apporte souvent le salut.

Mais, le 15 (hermidor, la Convention nationale ayant décrété l’arrestation de Lebon, le proconsul d'Arras, le député Montmayaut se levant tint le discours suivant : « Je ne suis ni accusateur, ni accusé, je suis juge; mais je n'ai pas entendu l'accusateur. L'accusé ne

s'est pas défendu : il nie les faits. Il y à quelques jours qu’un de vos membres avouait ceux

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