IL EST ENFERMÉ A LA PRISON DES FERMES
qu'on articulait contre lui; vous n'avez pas ordonné son arrestation. Le roi David n’a pas été arrêté.
» Je ne vois pas que vous deviez non plus prononcer l'arrestation de Lebon, jusqu’à ce que vous ayez entendu le rapport, ce serait préjuger en quelque sorte que de prononcer avant ce moment. »
Après une courte discussion consacrée à savoir si les deux représentants seront entendus d'abord, on maintient le décret contre Lebon. Un des membres dit que l’Assemblée ne peut avoir deux poids et deux mesures ; on à fait à David, ainsi qu'à Lebon, les reproches les plus graves ; il demande les mêmes dispositions à son égard.
L'Assemblée ayant décidé que David serait provisoirement mis en état d’arres{ation ; un secrétaire fait la lecture des décrets portant l'arrestation de ces deux députés, dont la
conduite cependant avait élé bien différente.
Le Comité de sûreté générale, conformément aux intentions de l'Assemblée, chargea
l'officier qui commandait le poste de la gendarmerie nationale du Comité, de procéder à l'arrestation de David, et le citoyen Redeau, secrétaire et agent du Comité, de procéder à l’apposition des scellés sur ses papiers.
Cet arrêté était signé : Moyse Bayle, Vadier, Louis du Bas-Rhin, Bernard et Goupilleau de Fontenay. Les trois premiers avaient été les collègues de David, et, mieux que personne, ils connaissaient la part qu'il avait réellement prise aux complots de Robespierre, mais ils exécutaient aujourd'hui les ordres du vainqueur, avec la même ponctualité qu'ils
avaient, la veille encore, rempli ceux donnés par le parti maintenant vaineu.
Nous reproduisons ici le récit d’un témoin oculaire, de M. Delafontaine, alors élève de David, qui était auprès de lui dans ces pénibles circonstances :
« Lorsque l'arrestation de David fut décrétée, c'est moi, Delafontaine, qui l'accompagnai avec un seul invalide ou gardien qu’on lui avait envoyé, avec l'ordre de se rendre à
l’ancien Hôtel des Fermes, rue de Grenelle-Saint-Honoré, à la maison d’arrèt où étaient
encore détenus les soixante et onze membres de la Convention arrètés le 31 mai. Nous les trouvâmes tous rangés sur les marches de l'escalier. Ils saluèrent David, et, quoique je fusse encore jeune, je devinai qu'ils le saluaient avec dérision. Il s'en aperçut lui aussi, et me dit : «Ils vont sortir de prison, et c'est notre tour de les remplacer; vois-tu, c'est pour » me narguer. »
» Au haut de l'escalier, nous tournâmes à gauche, on ouvrit une petite porte et nous entrâmes, lui et moi, dans une chambre peinte en vert. Il fut frappé d'étonnement en
voyant que celte pièce était un petit atelier ; mais je lui dis aus
itôt que cette pièce était
l'atelier d’un de ses élèves, nommé Léger, qui était le fils de l’ancien concierge, lequel avait obtenu une place au bureau des passe-ports, et que son élève était aux armées.
» Il me pria alors de lui aller chercher un chevalet, une boîte à couleur, deux ou trois toiles, quelques livres, du papier, des crayons, enfin de quoi s'occuper et se distraire.
» On me laissa apporter tout ce qu'il avait désiré, et, de plus, on me permit de venir le voir. Je lui amenai mème M. Lethière, peintre d'histoire, qui l’embrassa affectueusement. »
Quelques jours après l'arrestation de David, les Sociétés populaires de Clermont et
d'Issoire présentèrent à la Convention nationale une dénonciation dans laquelle on se plaignait de ce que Amar et David eussent fait disparaître des pièces qui établissaient l’inno-
cence d'individus chargés par un nommé Augat, créature de Robespierre. La Convention
renvoya cette pétition au Comité de sûreté générale.
Cependant David retrouvait, dans sa prison, un calme qu'il n'avait goûté depuis longtemps. Soutenu par l'espérance que son innocence éclaterait aux yeux de ses collègues, qui reconnaitraient en lui l’ami mais non le complice de Robespierre, il était retourné à ses pinceaux et les avait repris avec un charme tout nouveau, comme d'anciens amis qu'on à abandonnés et qui vous sont restés fidèles; mais, manquant d'espace et de modèle, il
mit, grâce à une glace que Delafontaine lui avait apportée, à faire son portrait,
tenant sa palette à la main, revètu d’une houppelande grise à revers amarante ; puis il commença à esquisser différents sujets, entre autres un ZÆZomère récitant ses vers aux Grecs atlendris.
1 se livrait donc à ces différents travaux, visité par sa mère, ses enfants et quelques
rares amis, espérant bientôt voir poindre l'aurore de la délivrance, quand un incident ; >
graver le poids de sa captivité.
nouveau vint ag æ 11 fructidor, Lecointre de Versailles avait annoncé à la Convention que le lendemain il lui lirait une dénonciation dirigée contre ses collègues, Billaut-Varennes,
Collot-d’Herbois, Barère, membres du Comité de salut public; Vadier, Amar, Vouland et
David, membres du Comité de sûreté générale
12, en effet, au milieu de la curiosité publique qui, depuis le procès du roi, n'avait
jamais été aussi excitée, il était monté à la tribune et, dans vingt-six articles, avait attaqué
la conduite des Comités, leur reprochant d’avoir, par la terreur, comprimé tous les citoyens et les membres mème de la Convention nationale, de s'être perpétués dans leurs fonctions, d'avoir anéanti la liberté, couvert la France de mille bastilles; puis, désireux de venger lombre de Danton, il accusait les membres du Comité de sûreté générale d’avoir pesé, lors du procès de ce représentant, sur le Tribunal révolutionnaire, de n'avoir pas pris des mesures énergiqués dans les événements de Thermidor, et il terminait par l’imputation
d'avoir livré à des gens tarés, perdus de vices et de débauches comme Beaumarcheis
trésors de la République.
A cette dénonciation succède la plus vive agitation dans l’Assemblée. Les membres des Comités de salut public et de sûreté générale, même ceux qui n'étaient pas nommés, surtout Carnot et Cambon, se proclament solidaires et déclarent que c’est la politique de la Convention que Lecointre inerimine; qu'il n’est que l'agent des aristocrates dont les intrigues sont connues, et que, du reste, ils réclament la lecture des pièces. La séance se
termine par un vote de l’Assemblée, qui, reconnaissant que les députés inculpés se sont
toujours comportés conformément aux vœux de la Nation et de la Convention nationale, rejette avec indignation la dénonciatien de Lecointre et passe à l’ordre du jour.
Mais le lendemain, 13 fructidor, à la lecture du procès-verbal, le tumulte recommence.
Tallien, Legendre prennent la parole pour demander l'anéantissement des pièces; les
membres des Comités se soutenant entre eux en réclament au contraire la lecture. Vadier