‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 74 sur 328 · DÉNONCIATION DE LECOINTRE · texte numérisé non relu

DÉNONCIATION DE LECOINTRE

qui, la veille, s'était élancé à la tribune un pistolet à la main, faisant mine de vouloir attenter à ses jours, se hâte de se disculper personnellement des reproches adressés au Comité de sûreté générale pour le procès de Danton, et, abandonnant la cause de ces collègues, il s’écrie :

« Citoyens, hier, un mouvement de sensibilité me faisait préférer la mort au décret d'ordre du jour que vous avez rendu; j'exprimai ce sentiment à la tribune, je n'étais plus maître de mes facultés ; ne pouvant être entendu, je ne voyais que la honte dont on voulait me couvrir.

» Citoyens, on m'accuse d’un fait qui a causé dans mon âme un fort mouvement d'horreur; si je m'en étais rendu coupable, je mériterais mille fois la mort. Le voici Lecointre à dit que j'étais du nombre de quelques-uns de mes collègues qui avaient influencé les jurés dans le jugement de Danton et d’autres. Citoyens, le jour où Danton fut condamné, je fus au tribunal avec mes collègues Thirion et Dupuis; nous fûmes introduits dans une petite pièce d'où nous pouvions entendre les débats sans être aperçus des accusés. Je n'aurais même pas été au tribunal ce jour-là, si je n'avais appris que les accusés inculpaient le Comité de sûreté générale, et que je serais peut-ètre entendu comme témoin. Voilà le premier fait pour lequel je figure nominativement dans cette accusation.

» Les faits relatifs à l’administration sont communs aux membres des deux Comités.

Si la loi du 17 septembre nous a quelquefois oblig

ss de prendre des mesures de risueur, la o ?

plus profonde douleur les à précédées. Je suis venu, au nom du Comité de sûreté générale, demander la liberté des cultivateurs dont on avait demandé la perte.

» .… Citoyens, vous avez rejeté avec horreur l’idée que nous puissions être coupables des faits qu'on nous impute. Je déclare, en présence de la France entière et au nom de mes collègues, à l’exception d’un seul, avec lequel, par un excès de perfidie, on nous a accolés, que les chefs d'accusation portés contre nous sont de la plus grande calomnie. »

Billaut-Varennes, prenant la défense de David absent, qu'incriminait lâchement Vadier, l'interrompt par ces mots :

« J'observe qu'il ne s’agit pas ici de s’isoler; l'accusation porte sur {ous, nous devons tous répondre. » Et l’Assemblée applaudit à cette observation, que la pudeur, sinon le courage, faisait un devoir à Vadier de ne pas s’attirer.

Mais la peur l'emporte et il continue, : {

« Je n'ai pas entendu me soustraire à la généralité des faits qui portent sur mes collè-

gues; s'ils sont coupables, je le suis aussi. J'ai seulement voulu répondre aux faits qui m'étaient particuliers. Il n’y avait que moi d'inculpé pour Héron et pour le jugement du

Tribunal révolutionnaire relatif à Danton. Je dev:

is donc y répondre et déclarer que je n'étais pas solidaire avec David; mais je ne m’isolerai jamais de mes autres collègues. » Enfin l'Assemblée décide qu’elle passera à la lecture des pièces et qu’elle videra cette question séance tenante. Lecointre commence par la lecture de chaque article, puis celle des pièces à l’appui. Mais ou les pièces manquent, ou elles ne sont tirées que des dépositions de Fouquier-Tinville désireux de se décharger d’une partie de ses crimes, ou de

lettres anonymes ou des écrits d’un nommé Fabricius, partisan déclaré de Danton.

Aussi chacune des dénonciations énoncées par Lecointre est accueillie par ces mots «les pièces » qui reviennent comme un refrain.

C'est ainsi qu'est reçu l’article 16, le seul dans lequel le nom de David fût cité.

IL était ainsi conçu :

« D'avoir, Amar, Vouland, David et Vadier, lorsque les jurés étaient à la chambre des délibérations, et que le bruit se répandait dans le tribunal que la majorité était pour l'absolution des accusés, passé, par la buvette, dans une petite chambre voisine de celle des jurés, et d’avoir engagé Hermann à les déterminer par toutes sortes de voies à condamner à mort : ce que celui-ci, en entrant dans la chambre du Conseil, à exécuté en parlant contre les accusés et en excitant ceux des jurés qui avaient voté pour la mort à menacer les autres du ressentiment des Comités.

« PLUSIEURS VOIX. — Les pièces.

» LECOINTRE. — Les témoins en déposeront. »

Le représentant Bréard dit que ce qu'on vient de lire est encore dans l'écrit de Fabricius.

Vadier continuant à ne penser qu'à lui invoque le témoignage de ses collègues qui élaient avec lui dans cette journée ; ils peuvent dire s’il a parlé au président, aux juges et aux jurés.

Thirion vient au secours de Vadier. « Le jour, dit-il, où la Convention prononça que les accusés qui résisteraient ou insulteraient à la justice du tribunal seraient mis hors des débats, j'étais dans le tribunal à côté de Vadier et de plusieurs de mes collègues ; Vadier ne pouvait pas plus voir ce qui se passait que moi, il ne pouvait qu'entendre. Je montai sur une chaise. C’est alors que Danton m'aperçut et m’interpella de demander à la Convention

que les témoins fussent entendus. Vadier resta avec moi jusqu'à la fin de la séance, et il n'a

pas pu contribuer à faire condamner les accusés Amar prend la parole. « Je déclare, dit-il, à la Convention et à la France entière, que les faits qui me sont imputés, à moi et à Vouland, sont autant de calomnies atroces. Nous

étions, Vouland et moi, au tribunal, derrière les juges el les jurés, dans un espace (rès

étroit et très resserré, au moment où l'on apporta le décret dont on parle. Conséquemment ce n’est pas nous qui l'avons apporté. IL est également faux de dire que Vouland ou moi avons voulu influencer le président ou les jurés, car aucun de nous ne leur parla et nous ne vimes même pas Fabricius. »

« Fabricius était le chien couchant de Danton », interrompt Duhem.

Vouland vient à son tour se justifier.

« Je déclare aussi que je n’ai pas porté le décret dont il est question. Dans la nuit qui

pré

éda le jour où il fut rendu, on apporta au Comité de sûreté générale une déclaration du nommé Laflotte, qui parut intéressante et faite pour jeter de la lumière dans la procédure.

Les Comités me chargèrent de la porter au tribunal; jy fus avec Amar. Je la remis à

Hermann qui medit que les jurés étaient assemblés et qu'il ne pouvait pas entrer dans leur

chambre. Je lui remis la pièce et je ne le vis plus. Je n'ai rien que la dénégation à opposer

à un homme qui à souffert une longue détention dont il accuse le Comité mal à propos. »

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