‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 75 sur 328 · LETTRE DE DAVID AU COMITÉ DE SURETÉ GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

LETTRE DE DAVID AU COMITÉ DE SURETÉ GÉNÉRALE

Amar reprend sans doute malgré lui : « Tallien me fait observer que j'ai commis une erreur. J'étais au Comité des procès-verbaux lorsqu'on vint y expédier le décret. Il est vrai que je le portai au tribunal, mais il est faux que je menaçai les juges. »

Le représentant Garnier (de Saintes) s’écrie, que « c’est le comble de la scélératesse que de produire des lettres anonymes contre les représentants du peuple qui ont bien mérité de la patrie, qui l'ont déjà sauvée et qui la sauveront encore, car la Convention ne craint ni les dangers ni la mort ». Au milieu des applaudissements, il conclut en demandant qu'on passe à un autre article, attendu qu'il n'existe aucune pièce à l’appui de celui-là.

Voilà done le cas que faisait la Convention de cette accusation que les ennemis de David ont depuis relevée et mème très amplifiée.

Il faut remarquer que lui seul n'était pas là pour se défendre, et qu'il fallait que l’accusation fût bien peu justifiée à son égard pour que parmi ses collègues il n’y ait eu que Vadier qui ait essayé de la faire peser tout entière sur lui; et Amar, qui avait légèrement altéré les faits en disant qu'il n'avait rien remis au président du Tribunal révolutionnaire,

s'il avait pu le faire avec une apparence de

n'aurait pas manqué de se décharger sur David vérité.

On poursuivit la lecture des autres articles au milieu du même tumulte. Lecointre est aux yeux de quelques-uns de ses collègues atteint de folie; pour lie Lacoste, c'est un conspiraleur qui veut arborer le drapeau blanc sur le pavillon de l'Unité, et qu'il faut faire arrêter. Enfin, après un discours de Collot-d'Herbois, qui croit inutile toute défense individuelle, et qui assure que, maintenant que Lecointre est éclairé sur le rôle que les aristocrates ont voulu lui faire jouer, il doit être au désespoir d’avoir dénoncé ses collègues, la Convention, sur la proposition de Cambon, déclare à l’unanimité el au bruit des applaudissements, que les accusations portées par Lecointre contre Billaut-Varennes, Barère, Collot-d'Herbois, Amar, V ouland, Vadier et David sont calomnieuses.

D'après ce vote, on aurait pu croire que les mesures préventives prises contre David allaient être levées. Aussi Le 14 fructidor le président annonce à la Convention qu'il a reçu une lettre de lui. Quelques représentants demandent que cette lettre soit renvoyée au Comité de sûreté générale.

Bentabole est d'un avis contraire. « Comme ce renvoi, dit-il, était en usage du temps de la tyrannie de Robespierre, je m'y oppose. On ne me soupçonne pas de vouloir défendre David, maïs je demande la lecture de sa lettre. »

Un secrétaire en donne connaissance à l'Assemblée, Elle est datée de la maison d'arrêt dite des Fermes, le 14 fructidor.

David annonce « qu'il est glorieux pour lui de se trouver au nombre des membres que la Convention a déclarés calomniés par Lecointre. 11 pourrait, d'après ce décret, réclamer la liberté, mais il ne veut que la gloire de figurer à côté des athlètes de la Révolution; il demande que la Convention veuille bien l’admettre à sa barre pour entendre sa justification. »

La lettre est renvoyée au Comité de sûreté générale. Ainsi cette demande était remise

à l'examen des hommes qui avaient réclamé son arrestation.

Quelques jours après, le Comité de sûreté générale était renouvelé, mais sans améliorer la situation de David. Au contraire, le 29 fructidor, on arrète que les députés détenus à l'hôtel des Fermes seront transférés dans d’autres prisons.

David est conduit au Luxembourg et mis au secret. Ces mesures rigoureuses étaient peut-être provoquées parce qu'aux Jacobins, où les partisans de Robespierre se sentant en nombre commencaient à relever la tête, Carrier s'était écrié que c'était une pertidie d'avoir, aux membres dénoncés par Lecointre, ajouté le nom de David.

A peine est-il arrivé à sa nouvelle prison qu'il adresse au Comité la lettre suivante :

« Du Luxembourg, 29 fructidor.

» David aux représentants du peuple, composant le Comité de sûrelé générale.

» Représentants du peuple,

» Je cherche vainement dans mon esprit et dans ma mémoire les causes du traitement que j’éprouve ; il m'est impossible de les découvrir, et dans la paix de ma conscience je ne puis que m'afiliger de me voir l’objet d’une rigueur qui semblerait ne point s’accorder avec la justice.

» Je jouissais dans la maison des Fermes de la faculté de communiquer avec ma mère, mes enfants et le petit nombre d'amis que l'adversité ne m'a pas ôtés, dont la plupart sont

mes élèv. tout à coup j'ai été transféré ici où je ne peux voir personne. Pourquoi ce

changement? La loi du 18 thermidor veut que les personnes incarcén puissent avoir

connaissance des motifs de leur détention. Ne puis-je pas réclamer l'exécution de cette loi, pour être informé des causes qui ont aggravé ma situation déjà si pénible puisqu'elle fut si peu méritée ?

» Je le répète avec une ferme assurance, représentants du peuple, on ne peut me reprocher qu’une exaltation qui m'a fait illusion sur le caractère d’un homme que beaucoup de mes collègues plus éclairés que moi regardaient comme la boussole du patriotisme ; mais l'exaltation des idées favorables à la liberté ne peut être un crime aux yeux des patriotes qui savent qu'elle n’est que le produit de cet amour ardent de la patrie, de la chaleur du sentiment et de cette vigueur de l'âme sans lesquelles il n’y aurait point eu de Révolution.

» On ne pourra jamais me reprocher aucun fait repréhensible, parce que mes intentions ont toujours été droites et que je n'ai jamais coopéré ni directement ni indirectement aux

trames criminelles que les conspirateurs ourdissaient dans le silence et bien à mon insu.

» Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur.

» Je demande donc, représentants du peuple, que les Comités veuillent bien s'occuper

La Ed

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