‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 76 sur 328 · IL ÉCRIT A LA CONVENTION · texte numérisé non relu

IL ÉCRIT A LA CONVENTION

enfin de l'examen de ma conduite, et qu’en attendant il me soit permis de me livrer ici à la culture d’un art dont je n'ai jamais si bien senti le prix que lorsque j'ai pu le faire concourir à l’affermissement d'une Révolution au succès de laquelle jamais personne ne fut plus dévoué.

» L'achèvement d’un tableau commencé nécessite que je me serve de modèles. Je demande en conséquence que vous autorisiez le concierge à les laisser entrer, de plus que vous me permettiez de recevoir à diner deux fois par décade ma mère et mes enfants.

» Salut, fraternité.

» DAVID

Cette détention plus «

vère servit surtout à faire éclater le dévouement de ceux qui ne l'avaient pas renié. Me Dejoux, la femme du sculpteur, parvint à s’introduire dans le Luxembourg, déguisée en paysanne, et à remettre au prisonnier l’argent que son mari lui offrait généreusement.

La seule distraction de David dans ces jours d'épreuves, était la vue du jardin du Luxembourg, qui s’étendait sous ses fenêtres. Un jour, parmi les promeneurs qu'il apercevait dans le lointain, il remaïqua un groupe qui affectait de rester sous ses regards. Il le reconnut: c’élaient ses enfants avec leur gouvernante Catherine. Tous les jours, à la même heure, ils quittaient la rue de Tournon où habitait alors Me David, pour accomplir leur pieuse promenade, apportant à leur père l'espoir et la consolation. Mais une fois, quelle dut être l'émotion du prisonnier, le groupe aimé lui apparaît tout vêtu de noir. Quelle angoisse pour le cœur de David; de qui ses enfants portaientils le deuil?

Enfin on se relâcha un peu de cette sévérit ; il lui fut permis de revoir son élève Delafontaine. Reprenant ses crayons, il acheva son dessin d'ÆZomère récitant ses vers aux Grecs attendris, et commença une autre composition représentant Deux jeunes filles faisant l'aumûne au poète endormi. I plaça comme fond de son sujet la partie du palais du Luxembourg, qu’il découvrait de sa chambre. Puis, pour avoir un souvenir de sa captivité et de l’amour de ses enfants, il peignit une étude de ce jardin où ils lui apparaissaient chaque jour : c’est le seul paysage qu'il ait jamais exécuté.

Cependant les événements politiques se succédaient, le mouvement de Thermidor

suivait son cours, et malgré les efforts et les cris des anciens Montagnards, la réaction contre

ant s’attachait aux victimes

leur système éclatait de toutes parts. Un intérèt toujours crois de leur gouvernement; aussi les soixante-freize députés détenus à la suite du 31 mai demandaient justice à la Convention. Le Comité de sûreté générale nous semble à ce

moment avoir penché vers des mesures moins rigoureuses, car nous avons retrouvé dans

ses registres, à la date du 26 vendémiaire, un arrêté qui rendait provisoirement la liberté à David. Par quel concours de circonstances cet arrêté fut-il rapporté? nous n'avons pu le découvrir. Serait-ce à l'influence qui faisait alors ouvrir les portes des prisons aux restes de la Gironde et reprendre avec plus d’animosité les anciennes dénonciations de Lecointre ?

En apprenant la mesure prise à l'égard des derniers Girondins, David fait écrire à la

Convention, par son beau-frère M. Sériziat, la lettre suivante :

« 14 brumaire an IF.

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