À LA CONVENTION NATIONALE
» David, représentant du peuple, détenu au Luxembourg, à ses collèques.
» Citoyens représentants du peuple,
» Depuis trois mois je languis sous le poids d'un soupçon d'autant plus accablant qu'il n'a pris sa source que dans l'excès de mon amour pour la patrie et pour la liberté, car si les fausses vertus de Robespierre égarèrent mon patriotisme, l'erreur qui m'entraina fut moins l'effet des sentiments particuliers qui m'attachèrent à lui que le résultat de l'estime universelle dont je l'ai vu toujours environné.
» Quelques-uns de mes collègues, supposant entre cet hypocrite et moi des liaisons qui n'ont jamais existé, firent ordonner qu'il serait fait un rapport particulier sur ma con duite, et je l’attendais avec impatience comme le moyen le plus sûr de faire éclater mon innocence, lorsque, trois jours après, une mesure qui m'était étrangère détermina mon arrestation, sous le prétexte irréfléchi que la Convention ne devait pas avoir deux poids et mesures.
» Gette maxime, qui m'a été si funeste par sa fausse application, je l’invoque aujour-
d’hui en faveur de mon innocence. Vous venez de rendre justice à soixante el onze de mes
collègues, victimes d’une longue oppression; comme eux je viens vous dire, punissez-moi si je suis coupable, mais rendez-moi l'honneur, rendez-moi la vie, et l'honneur est plus que la vie, si je suis innocent.
» Les Comités de sûreté générale et de salut publie ont pu recueillir contre moi tous les traits que m'ont lancés à la fois la haine, l'envie ou la malveillance ;
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qu'ils les rassem—
blent tous en un mème faisceau et je suis sûr qu'ils n’en tireront pas la plus légère preuve
que j'aie jamais participé aux complots affreux qui ont menacé la patrie. Je suis prèt à
répondre à toutes les inculpations qui ont été hasardées par mes ennemis pour épaissir sur vos yeux le voile de la prévention. A travers ce voile tissé par la perfidie, vous apercevrez la vérité et son flambeau sera mon guide.
» Ordonnez done, citoyens représentants, l'exécution de votre décret, qui veut qu’un rapport soit fait sur ma conduite. Ma santé s'altère, ma fortune dépérit, mes élèves sont sans guide, et un désordre général attaque les faibles ressources qui assuraient la subsistance de mes enfants. Livré depuis ma détention aux travaux de l’art que je professe, j'ai entrepris un tableau d’une composition étendue et pleine de difficultés. Je suis dans l'im-
puissance de le continuer par l'impossibilité de me procurer des modèles, et cet art conso-