‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 80 sur 328 · EFFORTS DE BOISSY-D'ANGLAS POUR LUI FAIRE RENDRE LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

EFFORTS DE BOISSY-D'ANGLAS POUR LUI FAIRE RENDRE LA LIBERTÉ

être en même temps bien consolante pour moi, celle d’en avoir été retiré par des hommes qui ont constamment joui d'une probité à toute épreuve. » Salut, fraternité, reconnaissance sans bornes. » DAVID. »

Quelques jours après, sur les conseils de son ami, sans doute, David adressa une nouvelle lettre à la Convention nationale :

« Paris, le 27 brumaire an III.

» David, représentant du peuple, détenu au Luxembourg,

à la Convention nationale.

» Représentants du peuple,

» Déjà trois fois les accents de ma douleur ont retenti au milieu de vous; trois fois vous avez manifesté l'intention qu'il me fût rendu justice, et mes pétitions, renvoyées à vos Comités, restent ensevelies dans l'oubli.

» J'ai demandé la permission de rentrer dans mon domicile, sous la condition de ne pas m'en éloigner, jusqu'à ce qu’il ait été prononcé définitivement sur les inculpations qui m'ont été faites, et je me suis fondé sur les mêmes raisons qui vous avaient déterminés en faveur d’un grand nombre de nos collègues, le soin de ma santé, la nature des travaux que j'ai entrepris dans la retraite qui m'est imposée, et mes besoins domestiques ; mes espérances ont été déçu

s, mes plaintes n’ont point été écoutées.

» Quoi! lorsqu'un de nos collègues, décrété solennellement d’arrestation comme prévenu des plus grands forfaits, obtient son domicile pour prison et la liberté de commu-

niquer avec ses parents el amis, moi, David, à qui la malveillance la plus exaspérée n'a

pu, jusqu'à présent, imputer que des discours, je serais repoussé lorsque je me borne à demander à prouver mon innocence et à jouir, en attendant, des facilités accordées par la loi au titre dont je suis revêtu? Non, cela n’est pas possible, et je ne peux attribuer qu’à quelque ennemi secret un résultat si contraire à vos principes, puisqu'il blesse la justice et l'égalité.

» Je le répète, représentants du peuple, et je le publierai jusqu'à mon dernier soupir : ma conscience est pure et mon cœur fut toujours exempt d’ambition. Je n'ai jamais formé de vœux que pour le triomphe de la liberté: je ne me suis jamais attaché aux hommes qu'à cause de l'ardeur que je leur ai supposée pour cette belle cause à laquelle je suis dévoué tout entier; et si j'ai été trompé par eux, mon erreur est excusable, puisque ce fut une erreur de l'opinion publique.

» Je réclame donc, citoyens représentants, en attendant le rapport qui doit vous ètre fait sur ma conduite, la liberté de rentrer dans mon domicile sous les conditions qui me seront imposées.

» Salut, fraternité. » DAVID. »

FE red

Cette lettre fut lue à la séance du 29 brumaire. Boissy-d'Anglas prit la défense de David. « Vous ne devez point avoir deux poids et deux mesures, dit-il : vous avez décrété que Carrier, contre lequel il y à des accusations très graves, aurait la faculté de demeurer chez

lui sous la garde de quatre gendarmes; je demande que David, qui est moins inculpé,

puisse jouir de la même faveur, et qu’il lui soit permis de retourner à son atelier avec deux gendarmes. »

Malgré ses efforts, on demanda et on obtint que cette lettre serait renvoyée au Comité de sûreté générale pour en faire un prompt rapport.

David, à cette occasion, avait cru toucher à la liberté; sa cause était si simple qu’elle semblait devoir être gagnée d'emblée. Quelques empressés, quittant la séance avant la conclusion de l'affaire, étaient accourus lui annoncer le succès de sa requête. Hélas! il n’en fut que plus vivement affecté, quand la vérité se fit connaître. Mais il n’en remercia pas moins Boissy-d'Anglas de sa généreuse tentative, car, le 2 frimaire, il lui écrivait

encore du Luxemboure.

« David au citoyen Boissy-d’Anglas, représentant du peuple.

» Un devoir sacré me presse; je brûle de m’en acquitter envers vous, et l'épanchement de ma reconnaissance calmera mon nouveau chagrin. Ce n'était pas assez du décret fatal qui renvoie ma demande au Comité de sûreté générale, il m'a fallu encore éprouver un contre-coup terrible. Des amis trop pressés, sans doute, sans attendre la fin de la discussion, partent de la Convention et viennent dire, à la porte de ma maison d'arrêt, que je suis mis en liberté sur votre proposition, sous la surveillance de deux citoyens, sans mème dire gendarmes.

» A cette heureuse nouvelle celui qui se présenta d'abord à mon imagination, ce fut vous. Sur-le-champ je fis vœu, en quelque sorte, de ne rentrer dans mes foyers qu'après vous avoir exprimé les vifs témoignages de ma reconnaissance. Plein de cette idée, je me disposais à l'accomplir, lorsque j'appris par les journaux que, sur la réclamation de plusieurs membres, ma lettre était envoyée au Comité de sûreté générale pour y statuer sous le plus bref délai. Quoique je susse bien à quoi aboutissent souvent ces sous le plus bref délai, vu la multiplicité des travaux des Comités, croyez-le, et c'est la vérité, je ne sais ce qui m'affecta le plus, ou du décret qui continuait ma détention, ou de la privation de voler aussitôt dans vos bras.

» Ce qui me console dans mon malheur, c’est la différence que vous avez établie entre mon affaire et celle de Carrier. C’est surtout d'avoir été défendu par un homme qui à l'estime générale; la voix seule d’un homme probe est une grande majorité.

» Vous nous avez dit que toute votre ambition se bornait à retourner dans vos foyers, y embrasser vos enfants et cultiver paisiblement votre champ; combien de fois, dans la journée, je forme le mème vœu! Retourner à mon atelier, qui est le champ auquel m'a destiné la nature, y embrasser aussi mes enfants et leur répéter mille fois le nom de celui

à qui ils sont redevables de ce bonheur.

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