‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 81 sur 328 · EFFORTS DE BOISSY-D'ANGLAS POUR LUI FAIRE RENDRE LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

EFFORTS DE BOISSY-D'ANGLAS POUR LUI FAIRE RENDRE LA LIBERTÉ

» Quoi! sous un rapport enfin, je serai donc comparé à Apelles? IL fut aussi accusé de conspiration auprès de Ptolémée par le peintre Antiphile, et c’est à cette occasion qu'Apelles fit son beau tableau de /4 Calomnie. Sans avoir son {alent divin, je compte bien des Anti phile, car j'insiste toujours à dire que ce sont les artistes académiciens qui me poursuivent auprès des membres de la Convention de leur connaissance,

» Veuillez bien, citoyen vertueux, achever votre ouvrage commencé, el croyez que quand mon innocence aura été généralement reconnue on dira : « C’est un honnète » homme qui a pris la défense d’un autre honnête homme.

» Salut, fraternité, reconnaissance éternelle. » DAVID. »

Cependant, à la Convention, on s’occupait indirectement de David. Le 5 frimaire, Legendre, à propos d'une pétition de la section du Muséum, demandant la mise en liberté des citoyens Bayeux et Degmi, incarcérés

iprès le 9 thermidor, et dont on attestait le civisme, s'était plaint de la lenteur des Comités à. examiner les arrestations faites à cette époque.

Après être convenu que ces retards provenaient de ce qu'Amar s'était retiré du Comité de sûreté générale au moment où il allait faire ce rapport, et de ce que Laporte, qui en avait été chargé après lui, était depuis tombé malade, il concluait en demandant une commission spéciale pour l'examen de la conduite des membres des anciens Comités.

Le 7 frimaire, Raffron obtenait la parole pour une motion d'ordre :

« Citoyens, dit-il, je ne viens point vous exposer les pénibles devoirs qui vous restent à remplir; vous les avez sans doute présents à l'esprit, et le grand courage que vous avez montré dernièrement est un sûr garant que vous en aurez autant pour achever cette importante et douloureuse mission. »

C'était le décret, rendu le 21 brumaire, qui mettait Carrier en accusation.

« Je viens seulement vous prémunir contre une lenteur qui pourrait être mal interprétée.

» Ce que vous venez de faire règle absolument ce que vous avez à faire; les cas sont parfaitement semblables ou d’une égale gravité. Vous comprenez que je sollicite votre activité sur les crimes imputés à nos collègues Joseph Lebon et David. Le long temps qui s'est écoulé depuis leur arrestation semblerait en affaiblir les motifs : innocents, ils ont le droit de se plaindre; s'ils sont coupables, c'est le peuple qui se plaindra, et il doit être écouté, et Carrier lui-même, du fond de sa prison, somme aujourd'hui votre impartialité. Si vous n'étiez pas également sévères envers ceux-ci, Carrier accuserait votre accusation.

» Pénétrons hardiment dans cet antre de Cacus; nos travaux recevront la plus belle récompense qui puisse être ambitionnée, l’affermissement de la République qui sera fondée sur la vertu, car le peuple aussi deviendra vertueux. Je ne cesserai de l'appeler à cette grande réforme dont il a besoin. Et vous, mes collègues, vous vous joindrez à moi, comme je me joins à vous, marchant tous d’un pas ferme dans les sentiers qui ne sont difficiles que pour ceux qui ne les fréquentent pas. Nous Y entraïnerons nos concitoyens, ils goûte ront nos lecons de vertu, parce qu’elles seront accompagnées de l'exemple.

» Je conclus à ce que l'examen de la conduite de Joseph Lebon et David soit confié à une commission, dans les formes que vous avez décrétées, pour en être fait un très prompt rapport à l'Assemblée qui statuera définitivement. »

Cette motion, comme toutes les autres, fut renvoyée aux trois Comités. La Convention refusait même des juges à David.

Pendant ce temps, sa femme redoublait d'efforts. Elle avait su ranimer la confiance äu petit nombre d'élèves qui étaient restés fidèles à son mari, et les décider à présenter à la Convention une pétition demandant la liberté provisoire de leur maître. Elle s’était aussi assuré le concours de quelques représentants, entre autres de Chénier, pour appuyer cette mblée.

demande, qui, peut-être, triompherait de l’insensibilité de l'4 Le 10 frimaire, ces jeunes gens avaient été admis à la barre, et Mulard avait lu l'adresse

suivante :

« Représentants du peuple,

» Élèves de David, nous ne dirons pas s’il est coupable, nous ne dirons pas s'il est innocent. Pleins de confiance et de respect en la Convention nationale, nous attendons en silence le rapport que le Comité de sûreté générale est chargé de faire sur sa conduite. Nous nous bornons à vous représenter que David, incarcéré depuis quatre mois, voit chaque jour sa santé dépérir. Cette situation cruelle émeut sans doute vos âmes sensibles, et nous espérons de votre justice que vous ne repousserez pas plus longtemps, pour David, la mesure que vous avez adoptée en faveur de vos collègues. Comme eux, vous le rendrez à sa famille, à l'instruction de ses élèves et aux travaux d’un art qu’il a toujours consacré à la propagation des vertus républicaines, auxquelles ila voué ses pinceaux bien avant la Révolution ; comme eux aussi, il attendra dans son domicile le rapport qui doit le signaler à la République comme un honnête homme trompé, mais dont l'âme est restée pure au milieu des orages qui ont couvert l'horizon politique.

» Pères de la patrie, vous qui sans relâche travaillez au bonheur de la nation, vous avez senti que l'instruction publique est la source d’où découlent les vertus qui viennent soutenir et alimenter la liberté. De lasont venusles décrets bienfaisants que vous avez rendus pour l'encouragement des sciences et des arts. Suivez la marche qui vous rend dignes de la législation d’un peuple éclairé et libre; rendez David aux arts, à la peinture et à lin struction publique qui le réclament, ne laissez pas plus longtemps ses talents dans l’avilissement; qu'il soit rendu à son atelier et à ses élèves. »

Cette pétition était signée de dix-sept élèves. Conservons pieusement leurs noms, car ils donnèrent un exemple bien rare, celui d’une amitié constante dans l’adversité.

C'étaient Mulard, Gautherot, Godefroy, Dubois, Taunay, Laneuville, Genty, Topino Lebrun, Harriet, Sérangeli, Boduin, Lafontaine, Lemaire, Léger, F. Gérard, Berthon, Devillers.

Le président Clauzel répondit aux pétitionnaires que leur demandeen faveur de David, qui les avait instruits dans l’art sublime de la peinture, honorait également leur sensibilité

et leur reconnaissance.

Eu

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