‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 82 sur 328 · PÉTITION DE SES ÉLÈVES · texte numérisé non relu

PÉTITION DE SES ÉLÈVES

« Mais, ajoutait-il, la Convention doit, quand un de ses membres est accusé, le juger avec la plus impartiale justice, afin qu’il soit puni s’il est coupable ; ou, s’il est innocent, que la confiance dont il a besoin pour exercer sa mission lui soit rendue sans réserve. »

Et la Convention applaudit à cette fin de non-recevoir.

Chénier cependant, mû par un bon sentiment, demande la parole.

« Je ne veux pas pallier les torts de David. Je sais combien il a été injuste envers les artistes, et personne ne connaît plus que moi peut-être jusqu'où il a poussé la prévention. Mais tout aurait été beaucoup mieux dans la Révolution si l’on n'avait pas mis les passions particulières à la place de l'intérêt public, et si les factions qui se sont succédé tour à tour n'avaient pas pris à tâche de trainer sous le glaive de la loi des citoyens qui n'avaient commis d'autre crime que celui d’avoir attaqué des hommes de tel ou tel parti.

» David a été fanatique de Robespierre, mais comme beaucoup d'autres ont été aussi fanatiques que lui, beaucoup d’autres ont plus que lui servi les crimes de ce tyran, et ils n'ont point été incarcérés.

» C’est à tort qu'on a comparé David à Joseph Lebon; il n'existe aucune parité entre eux. Celui-ci est accusé par une grande Commune pour avoir avili la représentation nationale par des crimes atroces. On ne reproche à David qu'une extrème rigueur dans ses fonctions comme membre du Comité de sûreté générale et sa prévention contre les artistes qui lui portaient quelque ombrage; mais ce ne sont pas là des crimes.

» Quant au talent de David, il n’est pas contesté. Avant la Révolution, son pinceau avait tracé des tableaux qui attestent son amour pour la liberté. Vous avez encore au milieu de vous deux tableaux qui sont l'hommage de son patriotisme. Sans doute ce patriotisme a été plus ardent qu'éclairé ; mais la leçon que vous lui avez donnée doit lui faire sentir

ce que vaut le sang d’un homme, et nous devons espérer que dorénavant il ne (rainera pas

sous la hache de la loi, ou sous celle de l'opinion, ce qui est à peu près la même chose, ceux dont les talents pourraient l'offusquer.

» Il est nécessaire que David soit jugé, je le demande moi-même; mais, en attendant, je crois que la Convention pourrait lui accorder d’être gardé chez lui. »

Mais Raffron, qui tient à la motion du 7 frimaire, avec l’entètement d’un vieillard de quatre-vingt-cinq ans, répond :

« On ne peut faire valoir dans cette occasion les talents de David. Tout homme, quels que soient ses lalents, ne mérite aucun égard s’il est coupable. Je n'ai point assimilé David à Lebon, leur cause n’est pas pareille, mais {ous deux sont prévenus et j'ai demandé que és. Je crois que la Convention doit passer à l'ordre du jour motivé qui

tous deux fussent jt

charge les trois Comités d'examiner la conduite de David. »

Boi que David soit rendu à sa famille sous la garde de deux gendarmes, puisque Carrier jouis-

-d'Anglas succède à Chénier, et, reprenant son ancienne proposition, il demande

sait de cette faveur.

Ces généreuses tentatives devaient encore venir se briser contre le parti pris de la

Convention, grâce au sophisme dont elle n’usait que pour maintenir ses préventions.

Coren-Fustier en fut l'interprète.

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« La Convention ne peut avoir deux poids et deux mesures. J’ignore s’il y à ou non des

charges contre David, mais je dis que si vous élargissez David, il faudra aussi que vous

élargissiez Lebon. »

Sur ces paroles aussi injustes que spécieuses, l’Assemblée passe à l'ordre du jour, et, par une contradiction étrange, accorde aux pétitionnaires l'honneur de la séance.

Mais les élèves de David plus consciencieux que les représentants ne tinrent pas à profiter des distinctions que leur accordaient ces hommes si peu jaloux de la justice.

Ils furent plus fiers de la lettre que leur maître leur adressa pour les remercier du fond

de sa prison.

« De la maison d'arrêt, dite Luxembourg, ce 13 frimaire an III.

» Mes bons et chers amis,

» On rencontre donc aussi des jouissances dans le malheur, et certes j'en ai éprouvé depuis quatre mois, d’une nature à ne s’effacer jamais de ma mémoire : celles qu'on éprouve dans la prospérité, se succédant rapidement, ne font qu'effleurer notre cœur; mais les jouissances qui proviennent du malheur s'y gravent bien plus profondément ; la raison en est

qu’elles sont plus rares et qu’elles nous sont offertes par des amis courageux et dégagés de tout intérèt personnel.

» Vous venez, mes bons amis, de m'en donner une preuve bien sensible ; vos noms qui m'étaient déjà bien chers, maintenant sont pour jamais identifiés au bonheur de mon existence.

» Il n’a pas dépendu de vous que votre démarche ne fût couronnée du plus heureux

ecevez-en le remerciement, généreux amis; actuellement restez en repos auprès de

succès la Convention, mon innocence fera le reste.

» La seule grâce que je vous demande, pour compléter votre ouvrage, c'est d'aller de ma part porter les témoignages de ma reconnaissance aux députés sensibles, qui ont bien Vous

voulu prendre ma défense, et n'oubliez pas surtout l'honnète Boissy-d'Anglas. avez combien il aime les arts; d'ailleurs vous avez lu ses ouvrages, vous devez y avoir vu sous quelle manière grande il les envisage; il paraît me vouloir du bien et il vous dira ce qu'il

vous reste à faire auprès des Comités pour revoir parmi vous votre dévoué ami.

» DAMWID. »

Voyant qu'il n'avait rien à attendre de l'impartialité de ses collègues, David s’en remit aux événements pour recouvrer sa liberté.

En attendant le jour de la délivrance, il se livra à l'exécution d’un sujet que les circonstances actuelles lui avaient inspiré.

Il avait été extrèmement ému du dévouement de sa femme, et désirant lui consacrer un hommage public et durable de sa reconnaissance, il avait élevé sa pensée jusqu'à la

mission bienfaisante que les femmes peuvent remplir dans les discordes civiles. Pour

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