AUMONT
David avait enfin trouvé des juges, et, comme il l’espérait, ces juges lui avaient rendu la liberté; car, appelé devant les trois Comités, il leur avait lu un mémoire qu'il avait écrit pendant sa détention, exposant sa conduite et démontrant que tout avait contribué à l'entretenir dans l'erreur où il était tombé, ainsi qu'un grand nombre de ses collègues, à l'égard de Robespierre et de ses projets.
Son premier mouvement, à sa sortie du Luxembourg, fut d'aller remercier Bois
d'Anglas de l'intérêt qu'il avait bien voulu lui manifester; il eut le chagrin de ne pas le rencontrer. Boissy-d'Anglas, alors très occupé à la Convention, répondit ainsi à cette preuve de reconnaissance :
« Paris, le 14 nivôse an III.
» J'ai éprouvé un grand regret, mon cher collègue, de ne pas m'être trouvé chez moi quand vous êtes venu. J'aurais été fort aise de me réjouir avec vous de la justice que vous avez obtenue et de vous renouveler les assurances de l'intérêt que j'ai pris à votre sort. Vous avez attaché trop de prix aux démarches que j'ai faites. Un des besoins de mon cœur, c’est la justice, et peut-être l’une de mes plus douces jouissances, c'est de manifester hautement l’impartialité qui m'anime.
» I y a une satisfaction si grande à prouver qu'on est au-dessus de l'esprit de parti, que je suis étonné tous les jours de ce que des différences d'opinion élèvent entre les hommes des barrières insurmontables. J'espère vous rencontrer, mon cher collègue, dans le lieu de la Convention et dans votre atelier. Il est doux, pour un ami des arts, de songer que l’immortel David n'est plus séparé de ses pinceaux.
» Puisse-t-il nous donner par eux de nouveaux chefs-d'œuvre et être toujours persuadé que personne ne jouira, plus que moi, de ses succès et de sa gloire.
» Salut et fraternité.