‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 90 sur 328 · ESTRE, LECHARD, SAUVAGE, AMY · texte numérisé non relu

ESTRE, LECHARD, SAUVAGE, AMY

» PIERRON, LECARBONNIER, DE LEGROS, PIGALLE, MEUNEAUST. LOUVRIER, CORFIN, LORMAND.»

EXTRAIT des délibérations de l'Assemblée générale de la section du Mustum. « Du 20 floréal, l'an IL de la République.

» Appert que la Commission des Douze. chargée de recevoir les déclarations des citoyens contre les agents de la tyrannie, est autorisée à faire imprimer et afficher son rapport dudit jour, et l'extrait du procès-verbal du décadi 10 floréal, en ce qui concerne le citoyen David, membre de la section, et de plus, de 700 exemplaires en petit format pour être distribués aux membres de la Convention nationale.

» Pour copie conforme :

» MARTIN, vice-président.

» DARNAULT, vice-secrétaire. »

En conséquence de cette détermination, outre la pétition et les dix-sept chefs d’accusation lus à la barre de la Convention, on fit imprimer et distribuer les dépositions et les dénonciations qui avaient servi de bases aux accusations dirigées contre David.

Les voici dans leur entier :

COPIE ET EXTRAIT des déclarations failes à la Commission des Douze de lu section du Muséum, nOïnmée par un arrêté de l'Assemblée générale de ladite section le 20 ventôse

an IIT de la République française une et indivisible.

« Du 16 germinal an III de la République.

» Est comparu devant nous, le premier germinal de la troisième année de la République, le citoyen Sollier, demeurant rue Germain, n° 38, qui nous a déclaré avoir toujours connu pour désorganisateur, meneur de section et terroriste, le citoyen David. »

« Du 5 germinal.

» L'an III de la République française une et indivisible, le 5 germinal, sept heures du soir, par-devant nous, commissaires soussignés, est comparu le citoyen François-Antoine Robit, lequel nous a dit qu'il est à sa connaissance, qu'à l'époque de la fête qu’on célébra à

l'occasion de la mort de Marat, que Fleuriot engagea plusieurs citoyens de la section à un souper qui s'est plusieurs fois répété jusqu'au 9 thermidor; que parmi les citoyens qui composaient cette société, plusieurs ont péri sur l’échafaud comme complices des crimes de Fleuriot; que l’on & inspiré à lui comparant que quelquefois on faisait dans ces rassemblements des listes qu'on lui a dit ètre des listes de proscription ; qu'au surplus, comme il n'a rien vu par lui-mème, et que ce qu'il sait sur ce rassemblement, il ne l'a appris qu'in-

directement, il pense que le citoyen Koliquer sera plus à même que lui de donner des

renseignements positifs sur les objets dont s'occupaient les membres qui assistaient au souper.

» Il pense encore que le citoyen Verrier, qui vraisemblablement y à comparu par peur, pourra sans doute donner aussi quelques éclaircissements sur les motifs qui réunissaient si souvent les mêmes membres au même lieu. Il déclare, en outre, qu'il ne doute pas que le citoyen David n'assistät au souper, et à quoi il borne sa déclaration sur l'article des soupers donnés au Louvre. Lecture faite que dessus, à déclaré sincère et véritable et en y persistant, il a signé.

» Signé : ROBIT. »

« Du 6 germinal.

» Et le 6 germinal de l'an que dessus, est comparu le citoyen Antoine Verrier, peintre en bâtiments, rue Germain-l’'Auxerrois, n° 51, section du Muséum, lequel nous a déclaré qu'il venait avouer à la Commission qu'il était vrai qu'il s'était trouvé cinq ou six fois aux soupers qui ont eu lieu dans le Louvre, mais qu'il assurait qu'en sa présence il ne s'était rien tramé contre la liberté, ni la sûreté des citoyens dans ces sortes de fètes qui avaient cepen-

dant l'air de rassemblements ; qu'il lui a été néanmoins dit que lorsqu'on avait quelque

chose d’extraordinaire à décider à son insu, pour qu'il ne fût pas dans le secret, qu'on luia

assuré que les initiés dans ces mystères allaient boire la petite goutte chez le représentant

David : a déclaré en outre le comparant, qu’il est à sa connaissanee que l'Assemblée générale de la section du Muséum a été longtemps opprimée par quelques individus qui se sont emparés des premières places et s’y sont maintenus par la violence et la terreur; que parmi ces individus, qu'il regarde comme les terroristes, les meneurs et les intrigants féroces de la section, il a distingué particulièrement les nommés Trinchard, Berthelot, Servière, Leclerc, Richard, Champion, Theysset, Lecomte, coutelier, Chassant et Fontaine : de quoi lecture faite, etc.

» Signé : VERRIER. »

« Du 6 germinal.

» Et ledit jour et an que dessus, ou d'autre part est comparu le citoyen Philippe-

Victoire Vilmorin, botaniste, quai de la Mégisserie, n° 29, section du Muséum, lequel nous à

déclaré qu'il était instruit par la clameur publique qu’on l'accusait d'avoir fabriqué une liste

de proscription contre différents artistes du Louvre et de l'avoir déposée au Comité révolutionnaire, pour qu'il sévit contre ceux qui y étaient désignés: mais que voulant détruire Jusqu'au moindre soupçon sur son compte, il devait à la vérité de déclarer que la liste en question lui à été remise par le citoyen David, représentant ; que ce dernier lui a dit qu'il fallait surveiller tous ceux qui y étaient portés, et que le Comité ne mettait pas assez de zèle dans ses opérations et qu’il fallait agir avec plus de sévérité dans ces circonstances; que le motif qui avait déterminé le comparant à se présenter chez le citoyen David lui était inspiré par l'amitié qu'il avait vouée au citoyen Thouin et à son épouse qui étaient en état d'arrestalion ; que c'était en conséquence qu'il avait été solliciter plusieurs fois le citoyen David, mais que ses démarches auprès de ce représentant ont été infructueuses; ledit citoyen

David ayant déclaré ne point vouloir se méler de pareille affaire. Lecture faite, etc. » Signé : VILMORIN. »

« Du 9 germinal.

» Ledit jour et an que dessus est comparue la citoyenne Marie-Ange-Cécile Houdon, demeurant au Muséum, laquelle nous a déclaré que le 18 septembre 1793 (vieux style) s'étant présentée chez le citoyen David, représentant du peuple, pour lui parler au sujet de l'arrestation de son beau-frère, il lui répondit que son beau-frère était un aristocrate ainsi que le mari de la déclarante et tous les artistes académiciens, qu'ils allaient tous être mis en prison et ensuite égorgés. Que sur l'observation que lui fit ladite déclarante qu'il n'y aurait pas un second 2 septembre, ledit David lui répondit qu'il y aurait un massacre tellement général qu’il ferait oublier celui-là : au surplus, un bon canon chargé à mitraille, tiré sur les artistes, ferait beaucoup de bien à la République. Après une demi-heure de conversation à peu près de ce même genre, ledit David lui dit que le jour de la contrerévolution ; sur lequel mot de contre-révolution la déclarante l'interrompit en disant que les aristocrates mêmes n'y croyaient pas et que David lui répliqua : moi J'y crois, et je le

désire comme le Messie, parce que ce jour-là on égorg

ra tous les nobles, tous les prêtres, tous les bourgeois, tous les marchands. et. en lui serrant la main, tous les artistes, et alors nous serons libres. Lecture faite, ete.

» Signé : HOUDON. »

« Du 8 germinal.

» Le 8 germinal an III de la République est comparu le citoyen Antoine-Charles- Horace Vernet, peintre, demeurant galerie du Muséum, section des Tuileries, lequel nous a déclaré qu'ayant été avertir le citoyen David que la sœur dudit comparant venait d'être

arrètée sans qu'il en connût Je motif; qu'il lui pouvait assurer qu'elle était innocente et

qu'il répondait de ses sentiments envers la République; que ledit David lui répondit qu'il

s’en instruirait le soir même au Comité de sûreté générale ; que le lendemain, et il est à

remarquer que ce jour était le 6 ou 7 messidor, le citoyen David lui répondit que sa sœur était à la Conciergerie, mais que le Tribunal révolutionnaire était juste. Le comparant quitta David sur ces mots : ce qu'il atteste sincère et véritable pour valoir au besoin ce que de raison. Lecture faite.

» Siqué : VERNET. »

« Du 16 germinal.

» Et le 16 germinal, sept heures du soir, même an que dessus, est comparu le citoyen Claude Marcel, marchand épicier, rue de Rohan, section des Tuileries, et demeurant ci-devant rue Bertin-Poirée, section du Muséum, lequel nous a déclaré que lorsqu'il habitait sur la section du Muséum, il suivait habituellement les Assemblées générales, ainsi que

devait faire un bon citoyen; qu'alors il vit souvent le citoyen David, représentant du

peuple, se mèler parmi les citoyennes qui assistaient aux séances et leur indiquer d'applaudir les orateurs qui siégeaient de tel côté et de huer ceux qui voulaient parler de tel autre, parce, disait-il, que l’un était composé de bons patriotes et l'autre des marchands, des modérés et des contre-révolutionnaires : et il est à remarquer que le côté des patriotes était composé des Fleuriot, Trinchard, Deschamps, Berthelot, Vivien, Servières et autres de cette trempe, tandis que celui qu'il appelait sous des dénominations très méchantes et calomnieuses était composé, au contraire, de bons citoyens qui voulaient s'opposer à la tyrannie de ces domi nateurs et intrigants, et ledit comparant assure avoir vu David prendre les noms par écrit de ceux qui parlaient à l’Assemblée générale dans un sens contraire à celui que prèchait Fleuriot et consorts.

» Ledit comparant déclare qu'ayant été arrèlé injustement par les ordres du Comité révolutionnaire, il a fait solliciter le citoyen David par son épouse pour obtenir sa liberté; mais que jamais elle n'a pu obtenir la satisfaction d'entrer chez lui, quoique certaine qu'il y était ; que s'étant présentée au Comité de sûreté générale pour réclamer directement la mise en liberté du comparant son mari, elle y avait appris du ciloyen Laloi, représentant du peuple et membre du Comité de sûreté générale, que le citoyen David avait insisté au Comité pour qu'on n'accordât pas de liberté aux citoyens de sa section sans sa participation: qu’en conséquence il fallait que, préalablement, la citoyenne son épouse obtint l'agrément dudit David, mais qu'elle objecta que jamais elle n'avait pu être admise chez ce dernier et qu’elle désirait savoir où elle pourrait le rejoindre à ce Comité : qu'alors le citoyen Laloi lui indiqua un passage dans lequel elle pourrait l'apercevoir au bas d’un escalier, le lendemain à neuf heures du matin; qu'effectivement l'épouse dudit comparant s'y rendit, portant sur ses bras un enfant qu'elle nourrissait, el qu'elle aborda le citoyen David en se recommandant à son humanité pour obtenir la liberté de son mari; que le citoyen David lui parut furieux et lui dit que c'était à tort qu'elle sollicitait, parce qu'il ne voulait s'intéresser pour personne, surtout pour un marchand et encore moins un marchand épicier, et que son mari serait guillotiné ou déporté, où au moins enfermé jusqu'à la paix comme

suspect, et enfin que cette brutalité avec laquelle il répondit à son épouse lui à causé une

telle révolution que sur-le-champ elle et l'enfant qu'elle portait sur elle jetèrent des cris affreux, et que surtout son épouse tomba dans des convulsions douloureuses, qui depuis cet instant se renouvellent fréquemment et l'ont mise dans un tel état qu’elle s'en ressentira toute sa vie.

» Le citoyen Marcel croit devoir faire remarquer qu'il connaissait bien le citoyen David, mais qu'il était certain qu'il n’en était pas connu, et que l’animosité qu'il a pu prendre contre lui à été suggérée par quelques membres du Comité révolutionnaire.

» Ledit comparant nous a déclaré, en outre, qu'il regardait Legre

7 COMME un provocateur à la violation des propriétés ; que ledit Legray est venu le 25 février 1792 (vieux style) sur les dix heures et demie du soir, après la séance de l'Assemblée générale de la section du Muséum, lui témoigner son mécontentement de ce qu’il avait manifesté une opinion peu favorable au pillage: mais qu'il était essentiel, suivant ce que disait Legray, que, pour sauver la patrie, il fallait piller les gros marchands et les riches, ce qui lui faisait perdre la confiance qu'il avait dans ledit comparant : ledit comparant lui répondit qu'il préférait tenir le serment qu'il avait prêté que d’avoir la confiance d’un brigand.

» Ledit comparant ajoute encore que ledit Legray, lors de la réquisition, proposa de

désarmer tous les marchands et de casser la mâchoire avec la crosse des fusils à tous ceux

qui voudraient résister.

» Enfin ledit comparant a déclaré avoir connu pour meneurs de la section, intrigants et terroristes, les nommés Legray, Servières, Trinchard, Berthelot, Charpentier le père, Chassant, Barthe, Lefebvre du Comité civil, Lechard (Claude), Bailleux, Fontaine (Louis) dit bon Jacobin, Leclerc (de la rue Étienne), Theysset, Champion, Pérard, ancien membre )

du département, Chépy père, Penet, et Vallet, a sin du 2 septembre, ainsi qu'il s’en

est flatté en Assemblée générale.

» Lecture faite, etc. » Signé : MARCEL. »

« Du 18 germinal.

» Ledit jour et an que dessus est comparu le citoyen Guillaume Lethière, peintre, demeurant rue J.-J.-Rousseau, section du Contrat social, n° 392, lequel nous a déclaré que lors de l’acceptation de la Constitution, il fut ouvert un concours pour différents sujets révolutionnaires ; qu'en conséquence lui comparant crut devoir exercer son talent dans une

circonstance aussi favorable, et qu’il choisit pour son sujet le brûlement des anciens attributs

de la royauté, sujet que le citoyen David, représentant du peuple, avait choisi pour faire exécuter place de la Révolution ; le comparant déclare qu'il fut averti que ledit David était furieux contre lui, déclarant qu’il n'eût point à se présenter devant lui, parce que, dans sa toute-puissance, il pourrait être très à craindre.

» Effectivement, ledit comparant a éprouvé un accueil du citoyen David, qui n’a que trop justifié combien ce représentant élait mal disposé à son égard : il le reçut un jour chez

lui très malhonnètement et le traita d’aristocrate, et lui dit qu'il ne pouvait recevoir un

Ce e)

homme qui devait être guillotiné comme ayant traité un sujet qui dévoilait des sentiments

aristocratiques, lui reprochant surtout d'avoir mis en scène Hérault de Séchelles qui présidait la Convention lors de cette fête. Ledit comparant répondit au citoyen David que lui-

même était dans le même cas : que si c'était le seul prétexte qu'il eût contre lui, que l’on

i le guillotiner avec bien d’autres qui sont coupables du même délit. Le citoyen

devait a comparant insista longtemps auprès de David pour lui faire observer qu'il se trompait en lui faisant une pareille prédiction, où qu'il perdait la tête en imaginant qu'on pourrait sacrifier aussi injustement un bon citoyen : David, toujours prévenu contre ledit comparant, lui dit de sortir de chez lui, et l’engagea à ne plus venir l’importuner.

» Ledit comparant observe que son sujet a obtenu au concours, de la part du jury des Arts, un prix d'encouragement sur le mème dessin, et qu’en conséquence il exécute pour la République un tableau à sa volonté.

» Ledit comparant observe encore que, depuis cet événement, le citoyen David la envoyé prier de se rendre auprès de lui dans sa prison aux Fermes, et d'oublier ce qui s'était passé entre eux. Ledit comparant a été effectivement voir le citoyen David, ne l'envisageant alors que sous le rapport de ses malheurs particuliers; mais depuis qu'il à été rendu à la

liberté, ledit comparant n’a voulu ni le voir ni le fréquenter. Ledit comparant aurait gardé

le silence sur cette scène, si elle n’avait pas eu plus de vingt-cinq personnes pour

témoins.

» Signé : LETHIÈRE. »

« Du 21 germinal.

» Etle 21 germinal, mème an que dessus, est comparu le citoyen Guillaume Richarme, employé aux lettres, demeurant rue Boucher, n° 10, section du Muséum, lequel nous à déclaré qu'il est bien à sa connaissance que deux listes, contenant des noms des artistes du Muséum, ont été déposées au Comité révolutionnaire pour que l’on sévit contre eux; que ; d’être des aristocrates, et que ces derniers leur

Lemierre et Fleuriot accusaient les artist donnaient x entendre que ces listes étaient envoyées par le représentant David; que le Comité révolutionnaire éprouva des reproches très durs de la part de Lemierre et Fleuriot, parce qu'il se refusa constamment à mettre à exécution lesdites listes, et il persévéra ainsi dans ce refus, et parce que rien n'avait prouvé audit Comité que les artistes fussent coupables de ce dont ils étaient accusés légèrement, puisque ni Fleuriot, ni David, ni Lemierre n’avaient signé ces listes.

» Lecture faite. » Signé : RICHARME.

» Nous soussignés, membres de la Commission des Douze, nommés par l'Assemblée générale de la section du Muséum, en sa séance du 20 ventôse an HI de la République, à

l'effet de recevoir les déclarations des citoyens qui connaissaient les agents et les complices

de l’ancienne tyrannie, les terroristes et les hommes de sang, déclarons et certifions que les déclarations faites par les citoyens Sollier, Robit, Verrier, Vilmorin, citoyenne Houdon, Vernet, Marcel, Lethière et Richarme, sont conformes aux registres de la Commission, et sont exactement pareilles à celles qui ont été reçues.

» Paris, le 12 floréal an III de la République française, une et indivisible.

» Et ont signé les citoyens :

» LECHARD, DEMESTRE, LECARBONNIER , PIGALLE, LORMAND, LEGROS, » SAUVAGE, PIERRON, AMY, LOUVRIER, MEUNEAUST. »

Copie d'une lettre adressée à la Commission des Douze, de la section du Muséum, du 5 germinal an LIT.

« Permettez, citoyens commissaires, qu’en ajoutant à ma précédente déclaration du 29 ventôse dernier, à laquelle je persiste, je dépose entre vos mains Ja protestation de mon profond respect et de mon entier dévouement à la Convention nationale ; qu’en

conséquence je déclare que si, comme je le crois, le décret d'hier a été nécessaire pour

contenir les malveillants, les contre-révolutionnaires, c'est-à-dire les Jacobins, leurs complices, fauteurs et adhérents, ainsi que les royalistes et les aristocrates, s’il en est encore, ce décret est entièrement étranger, et ne peut atteindre sous aucun rapport, ni vous, ni moi, ni la masse entière de la section du Muséum, qui n'a cessé de donner à la Convention nationale les preuves les moins équivoques du zèle le plus ardent, comme du plus inviolable attachement et du respect le plus sincère.

» Je déclare que, lors de l'arrestation de mon fils, mise à exécution par le Comité révolutionnaire de la section des Marchés, les commissaires étaient porteurs de deux mandats d'arrêt, décernés, l’un contre mon fils, l’autre contre moi, en cas d'absence de mon fils; d'où vous pouvez conclure qu'ils ne pouvaient manquer de trouver chez moi une victime à offrir à la cruauté du Comité révolutionnaire de la section du Muséum, leur digne émule en atrocité.

» Je déclare que, le 10, 11, 12 et 13 messidor, l'opinion publique et le cri presque général dénonçaient David comme principal agent et premier ministre de l’infernal Robespierre; que partout on disait que ce lâche fanfaron dans une des plus nombreuses assemblées, tenue aux Jacobins le 7 ou 8 thermidor, avait promis à son détestable maître d'avaler, s'il le fallait, la ciguë avec lui; mais qu'au mépris de cet exécrable serment il avait eu la bassesse, le jour si heureux pour la chose publique et où l'on vit les deux partis presque aux mains, de fuir chez lui, d'où, comme d’un port assuré, il attendait l'issue du combat, pour se jeter ensuite impunément dans le sein et entre les bras du vairiqueur ; qu'ainsi, plus scélérat que Robespierre lui-même, il avait eu la lîcheté d'abandonner à la fois en ce jour, qu'il avait jugé si périlleux, son poste (la Convention, où il dût rester au péril de sa vie), la France entière, et enfin jusqu'à l'infime Robespierre, son complice, son ami surtout; que cependant c'était lui, David, qui, sous les ordres de Robespierre, avait

créé, organisé et nommé le maire et les membres de la Commune perfide; que dans les fréquentes orgies qui avaient lieu chez le détestable Lumière, et dont David était lâme et le président, il avait soin d’attiser la rage de ces furies, tant contre la Convention que contre le peuple; que dans ces repas somptueux où, tandis que nous pouvions à peine nous procurer à grands frais quelques petites rations de pommes de terre, ces monstres, déjà

is de sang, se savouraient des mets les plus exquis, lui David, de concert avec ses

gorg camarades, faisait les listes de proscription dont le terme était non plus comme autrefois celles imprimées et affichées par les ordres des Fiévé et des Trinchard, sous le nom de la

section qu'ils trompaient audacieusement, la perte de l'état civil des citoyens qui s’y trou-

vaient inscrits, mais tout droit et de plein pied la guillotine; que dans ces mèmes orgies s'était créé et organisé par le même David, toujours sous le nom de Robespierre, ce tribunal d'inquisition, si improprement nommé Commission populaire établie soit-disant pour rendre la liberté aux détenus qu’elle avait trouvés innocents, mais qui avait l'ordre formel et secret de ne trouver parmi eux que des coupables. Pour raison de quoi, et pour y parvenir plus sûrement, David avait mis à la tête de la Commission le plus coquin, le plus diffamé, le plus débauché, de tous les hommes, le plus atroce, le plus sanguinaire et le plus furieux des tigres, en un mot Trinchard.

» Quelque vraisemblables que ces faits me paraissent, d'après la connaissance que j’ai

du cœur de David, je ne les garantis pas (sic), ayant eu le bonheur de n'avoir jamais été initié à ces mystères d'iniquité et d'horreur, ni participant à ces orgies. Je les ai seulement recueillis d’après les récits multipliés que vous et moi avons entendus dans le temps se répéter dans tout Paris. Mais, citoyens commissaires, ce que je garantis, c'est le fait qui

m'est personnel, dont je vous ai fait le récit verbal le 29 ventôse dernier, et que je vais

mettre à la fin de ma déclaration, presque littéralement, sous vos yeux et tel à peu près que je l'ai déposé, le 13 ou 14 thermidor, entre les mains du représentant du peuple le citoyen Mathieu, lors membre du Comité de l'instruction publique et maintenant du Comité de

sûreté générale; il était ainsi intitulé : « Récit fidèle d’un acte arbitraire et abus d'autorité

» exercé le 10 et 16 messidor, l'an deuxième, par le citoyen David, représentant du peuple,

» membre des Comités d'instruction publique et de sûreté générale, contre le citoyen

» Chemelat père, ex-instiluteur et ex-employé dans les bureaux du Comité d'instruction » publique. »

» Le citoyen Chemelat père avait obtenu un emploi dans l’un des bureaux du Comité d'instruction publique. Le 10 messidor dernier, David le trouva au sortir de son bureau et lui dit :

« Est-ce que tu es employé ici? — Oui, répondit Chemelat. — Mais qui donc ty à » placé? reprend David. — Cest vous, c’est le Comité, dit encore Chemelat.

» serais certainement pas entré, mais je saurai bien l'en faire chasser : je n'y souffrirai

, répliqua David d’un ton furieux, si j'avais été au Comité ce jour-là, tu n'y

» point un mauvais citoyen comme toi, l'ennemi de Robespierre, de moi et des autres. » Par ce dernier mot, David désignait Legendre, municipal, Lescaut, Fleuriot,

Lemierre, Trinchard, Bernard et autres scélérats, ses complices et ceux de Robespierre; L ? ? ?

qui, dans le fait, détestaient le citoyen Chemelat, parce que souvent il avait essayé de les démasquer.

» Je ne te souffrirai, continua David, dans aucun Comité de la Convention, toi qui » nous appelle des factieux. »

» A ces reproches, David ajouta mille autres horreurs.

» Le pauvre Chemelat effrayé de ces menaces lui répondit en tremblant :

« Je n'ai jamais nommé factieux, ni vous ni Robespierre. Il serait trop dangereux » pour moi et trop inutile à la chose publique de vous nommer ainsi. J'espère donc que vous » ne serez pas assez injuste pour abuser de votre autorité, en me rendant victime de votre » haine particulière, haine que je n’ai jamais méritée. »

» À ces mots ils se séparèrent.

» Le 16 du même mois, David vint au Comité de sûreté générale, ensuite au Comité d'instruction publique. Dans ce dernier Comité, il calomnie à son aise celui dont il avait juré la perte, et le Comité, ajoutant foi aux imputations faites par son collègue, retire à l'instant sa confiance à l’infortuné Chemelat, qui depuis ce temps est réduit à vendre pour subsister, lui et sa famille, le peu d'effets qui lui restent.

» Telle est la conduite qu'a tenue à l'égard d'un père de famille sexagénaire, homme probe et vertueux, et bon citoyen, David, qui ce jour-là mème ne rougissait pas de donner pour prétexte à la persécution qu'il faisait aux patriotes les mieux prononcés, la haine qu'il leur supposait, et devait bien leur supposer contre ce monstre vomi par l'enfer pour le malheur de la France.

» J'assure et je proteste que le désir de la vengeance ni aucun intérêt particulier n’ont eu aucune part à ces déclarations, dont j'atteste la sincérité, et dans laquelle je persiste pour es fuils que je garantis, et je ne me suis déterminé à les faire que par respect pour

volre invilation el par amour pour le bien public (1). »

Autre du 14 germinal an troisième.

« J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite hier au nom de la Commission, dite

Commission des Douze, nommée par arrêté de l'Assemblée générale de la section du Muséum du 20 ventôse.

» La Commission m'invite par cette lettre à lui donner des renseignements sur la liste de proscription des artistes du Muséum, dont je suis, dit-on, accusé d’avoir été porteur.

» Je vais dans un très court exposé vous tracer la vérité des faits, et cet exposé suffira pour dissiper les nuages qu'une pareille inculpation aurait pu répandre dans l'esprit des vraiment bons citoyens sur la moralité de mon caractère.

» Je déclare d’abord que c’est non seulement sans mon aveu, mais encore contre mon

gré que j'ai été nommé membre du Comité révolutionnaire de la: section du Muséum ; que

(1) Déclaration du citoyen Chemelat, rue des Bourdonnais ; Pièce n° 15.

je n'ai paru que quatre fois au Comité dans les premiers jours de sa formation, et que je

n’y ai jamais touché aucuns émoluments attach

à celte place.

» Je déclare et j’atteste qu'une des quatre fois que j'ai mis le pied au Comité, partie des membres qui le composaient m'annoncèrent que le citoyen David leur avait envoyé

une liste de différents citoyens, contre lesquels il désirait qu'on sévit.

» On me demanda si j'avais connaissance de cette liste : Je répondis que non; et sur

la présentation qui m'en fut faite, je déclarai que les citoyens dont elle contenait les noms

ne m'’étaient connus que par leurs talents.

» Quelques jours après, plusieurs membres du Comité m'apprirent que le citoyen David leur avait manifesté son mécontentement de ce qu'on n'avait mis en arrestation aucun des individus dont il avait fourni les noms.

» Les membres du Comité, se trouvant dans une position embarrassante, m’engagèrent à porter cette liste au citoyen David, et à lui déclarer que s’il ne la signait pas, le Comité était déterminé à n’en faire usage.

» Je remplis cette pénible mission. Le citoyen David me dit qu'il reconnaissait cette liste et qu’il fallait incarcérer tous les individus dont elle contenait les noms.

» Je lui fis part des intentions du Comité, et après m'avoir observé qu'étant membre du Comité de sûreté générale #7 ne pouvait point signer celle liste, il m'engagea à apposer ma signature au bas.

» Je lui déclarai que je ne pouvais le faire, attendu que tous les citoyens m'étaient connus par leurs talents et non par leurs opinions. Je me retirai, après avoir essuyé ses reproches et même ses menaces.

» Je rendis sur-le-champ compte du résultat de ma démarche au Comité, qui décida verbalement que, malgré le courroux du citoyen David, 27 ne forait aucun usage de celle liste.

» Depuis cet instant, je n'ai point reparu au Comité, et j'ignore ce que cette liste est devenue.

» Voilà la vérité des faits, et ce que la malveillance et la calomnie ne pourront

détruire (1). »

Copie d'une déclaration du 18 gerininal an troisième.

« Je soussigné déclare que, vers le 15 janvier, l'an premier de la République française,

j'étais aux Jacobins comme membrede cette Société; que le peintre David, voulant me faire

servir ses passions contre les députés de la Gironde, me dit à voix basse, de manière à se

faire entendre, qu'il voulait que je chargeasse ces députés : » — Boze, tu peux sauver la patrie, si tu démasques ces scélérats. » Alors je lui répondis que ma tête serait sur le billot, que je ne dirais que la vérilé,

comme je venais de l’exprimer à la barre de la Convention.

(1) Déclaration du citoyen Hubert, architecte, place du Louvre; pièce n° 14-

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