‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 91 sur 328 · ÉVÉNEMENTS DE PRAIRIAL · texte numérisé non relu

ÉVÉNEMENTS DE PRAIRIAL

» Après plusieurs persécutions et plusieurs menaces, ne pouvant rien obtenir de moi, il se lève en disant :

» — Je demande que le citoyen Boze monte à la tribune pour nous dire la vérité : il peut sauver la France,

» Je montai à cette tribune pour la première fois. Je déclarai que je ne savais que ce que les députés présents m’avaient entendu dire au sein de la Convention; que n’ayant pas l'habitude de parler en public, j'invitais les membres de la Société à me faire des questions ; ce qui fut fait. Je demandai de plus à me justifier par écrit des inculpations dirigées contre moi; on me refusa.

» Aussitôt David, comme un homme furieux, demanda ma radiation et l'obtint.

» Non content de cela, il conçoit le projet de m'assassiner à la sortie: ce complot était prémédité. En effet, comme je défilai le couloir, je rencontrai le citoyen Dufourny qui, me suivant et m'entraînant bientôt avec lui, me dit tout bas :

» — Venez vite, je vais vous faire passer par la porte de derrière.

» À peine suis-je dehors, que trois hommes veulent se jeter sur moi. Le citoyen Dufourny se met entre eux et moi, et les arrête d'un bras, tandis que de l’autre il favorise mon évasion.

» Les trois hommes étaient David, un artiste de ses amis, dont j'ignore le nom, et un volontaire, armé d’un sabre.

» En foi de quoi j'ai signé le présent, comme contenant vérité et y persistant (1). »

« Nous, membres de la Commission des Douze, nommés par l’assemblée de la section du Muséum, le 20 ventôse an III de la République française, pour rechercher les anciens agents et complices de la tyrannie décemvirale, certifions que les déclarations et lettres des citoyens Chemelat, Hubert et Boze, dont copie est ci-dessus, sont conformes aux pièces originales qui sont entre nos mains.

» Paris, le 12 floréal an troisième de la République une et indivisible. »

Suivent les signatures :

DEMESTRE, MEUNEAUST, LORMAND, SAUVAGE, LECHARD, PIGALLE, LECARBONNIER , LOUVRIÉR, LEGROS, PIERRON, AMY.

Pendant qu’en son absence ses ennemis et peut-être ses envieux conspiraient sa perte, David faisait à Saint-Ouen le portrait de sa belle-sœur, 27" Sériziat, avec son jeune enfant ; il s'occupait aussi à rédiger un long mémoire qui réfutait un à un les chefs d'accusation que la section du Muséum avait articulés contre lui.

C'est à ces occupations paisibles que les événements du 1° prairial vinrent le surprendre.

Comme au 12 germinal, une foule révoltée attaque la Convention aux cris : « Du pain et la Constitution de 93! » Après quelques essais de résistance qui coûtent la vie au malheu-

(1) Déclaration du citoyen Boze, peintre du Louvre; pièce n° 45.

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