‹ Le peintre mystiqueChapitre 17 sur 49 · V2: LÉ · texte numérisé non relu

V2: LÉ

ot

C'est un pays austère que cette Forêt de la Thuringe. Il y a dans les mamelons sombres, arides du basalte, dans le port raide des sapins, dans la rude harmonie d’une végétation variant du gris-vert au bleu sourd de l’épicéa quelque chose de mélancolique. Les obscures vallées, les forêts denses, les lointains vaporeux sollicitent la rêverie et l’on comprend la prédilection du mystique pour des aspects qui devaient attirer ses pensées au delà des trivialités quotidiennes de la vie.

Quoique peu sensible aux beautés natu-

relles, chaque matin, Rhoda, par besom

d'exercice, s’en allait promener sa fantaisie à

de St

l'heure où les premiers rayons de l'aube baignaient les cîmes environnantes.

Il suivait, le matin, la Hôrsel qui coule au pied du Hôrselberg, ce mont fameux où la légende a placé le boudoir de Vénus, foulait d'un pied dédaigneux les perles fines de la rosée, indifférent aux libellules qui s’envolaient à son aspect de leur couche parfumée. Lui n'avait pas dormi, la nuit s'étant passée en prières, en lectures, en dissertations sur la nature incorporelle des visions avec Sainte Thérèse, Saint Jean, Saint Augustin et Swedenborg dont il emportait les Arcana cœlestia comme pièce de conviction.

Peut-être bien regrettait-il d’avoir brisé la veille devant von Schléwitz son piédestal de stoicien, mais comme il se sentait pour lui plus d'amitié que de déférence, il ne s’en chagrinait pas outre mesure. Il avait repris son rôle de

martyr ou de prédestiné et, sans se prononcer

Page 1