‹ Le peintre mystiqueChapitre 22 sur 49 · REG · texte numérisé non relu

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éice des sens. Ainsi pendant le rêve, la momdre impression du sens subit un orossissement, une amplification dans le cerveau : un frôlement contre le bois du lit, par exemple, ou le bourdonnement d'une mouche devient pour le rêveur un éclat du tonnerre. Mais l’équilibre entre l’idée et la sensation peut se rompre à tel point qu’une idée dominante se transforme en sensation ; alors des souvenirs se produisent à nos yeux sans excitation extérieure et ils revêtent toute l'apparence de la réalité. C’est ce que l’on appelle une hallucination.

— Comment expliquez-vous ce phénomène ?

— Ah! comment on l'explique. Le cerveau d'un halluciné est un fusil qui fait long feu... c’est une trompette dans laquelle est resté un son, lequel s'échappe sans que le musicien y touche. c'est un souvenir spontané.

— Ce n’était pas un souvenir.

— Et que diantre veux-tu que ce soit? L'imagination ne peut réfléchir que des analogieS, des perceptions antérieures.

— Ah! vraiment? que faites-vous de l’inspiration ?

— L'inspiration est un désir d'expansion qui produit un effet utile sous des influences exeitantes et favorables.

— Et le génie créateur?

— Un acte de mémoire et de perception individuelle. Quand l'homme invente, il ne fait que réunir et distinguer entre eux des souvenirs épars.

— Ceux-là sont des fontaines sans eau! dit le Nazaréen.

— L'artiste n’est pas un Prométhée, répliqua l'officier, il ne fait rien de rien, il compare, il traduit, il reproduit des émotions par des moyens artificiels et s’efforce de les commu-

niquer aux spectateurs.

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— Ceux-là sont fils de la matière, ils ont le cœur endurci aux rapines, riposta le mystique. Le génie vient d'en haut, mais Dieu choisit le champ qu’il veut ensemencer; là où la main jette une étincelle, le génie s'épanouit, non autre part. J'ai vu l'étoile et je sens que le jour s’est levé dans mon âme.

Et Rhoda développa son torse avec une expression de hauteur, de dédain qui, pour le coup, fit éclater von Schléwitz.

— Je nie l'intuition, je nie l'inspiration, si celle-ei n’a pour cause un phénomène d'instinct, un désir d'expansion qu'engendre l'exercice de certaines facultés! Je taccorde le bénéfice des aptitudes héréditaires, je te concède le génie, s’il est Le résultat d’une culture antérieure, d’un travail accompli dans les plis de l'intelligence et qui tout-à-coup se résume,

éclate, vient au jour. Mais je nie les fantômes

de l'imagination bornée et circonscrite…

Von Schléwitz s'arrêta devant l'excitation du camarade, son œil s’animait d’un éclat fiévreux.

— O Dieu ! qui me dira si c’est un rêve ou si c’est la fleur qui tressaille, prête à s'épanouir | |

Ses regards se fixèrent sur le sol avec l'expression d'une angoisse.

— Prends garde à toi ! ce sont des hallucInations, reprit von Schléwitz. — Ne sais-tu pas que la pensée exige une perte de substance pour accomplir son travail intérieur ? Tu te fais ton propre vampire en macérant ton corps, en refusant au sang sa nourriture, de là cette maladive acuité des sens : tes rouages vibrent comme une roue sans huile, tu deviens le jouet de ce monde extérieur que tu méprises….

Ecoute les avis d’un ami dévoué. — Il prit la main du camarade et lui tâta le pouls : —

Ton pouls bat la breloque! avec un pouls de

cette espèce, on prend du bromure de potassium. Je te conjure de te soigner si tu ne veux pas regretter ton entêtement.

Rhoda fut touché de l'expression que son ami donnait à ses conseils.

— Oui, c'est le démon de l’orgueil qui parle par ma bouche, lui dit-il : eritis sicut Deus. Conseille-moi, que faut-il faire? Tu sais combien 1l est malaisé de récolter un grain de sagesse.

Absorbé dans ses réflexions, il marchait dans l'appartement et s’obstinait à ne donner aueune explication sur ce qui se passait en lui, se contentant de murmurer : — Oui, le vase est fragile... tu dis vrai, que faut-il faire ?

— Il faut chasser les abstractions, te distraire, cesser tout espèce de travail, manger de la viande saignante, favoriser la digestion

par un exercice modéré et ne pas oublier cet

univers physique auquel tu tiens par tes

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racines. Car enfin, l’homme, parmi les animaux, est le seul qui se crée des habitudes en dehors des lois naturelles : c'est à lui de pourvoir à sa conservation. Quand tu te remettrais au cheval, quand tu chasserais avec nous — tu nous en remontrais à tous, jadis, au tir en plaine! mais tu fais fi de ton adresse, de tes dons naturels... Klopstock et Gæthe patinaent aussi bien que toi mais regardaient cet exercice comme une nourriture musculaire.

Kant s'observait au point de ne respirer que par les narines afin que l'air eût le temps de sadoucir, il se chaussait de bas de soie qu'il soutenait par des cordes de boyaux en guise de jarretieres, liées au gousset de sa montre. En fut-:11l moins grand philosophe pour avoir inventé les jarretières ?

— Tu voudrais que je fusse régénéré par une semence corruptible, soit, je t’obéirai, dit

Rho:la, tendant la main avec plus d’effusion

qu'il n'en avait montré jamais à son ami. Puis se dirigeant vers la porte, au moment de sortir : Adieu, dit-il, en relevant le front. Quand nous nous reverrons, 1] y aura sur mon front une

étoile ou bien je serai fou.

À partir de ce jour, Rhoda ferma son oratoire, changea de vie et suivit le régime tonique imposé par le capitaine. La santé lui revint. Il se surprenait même à sourire quand au retour d'une longue course, Barbara lui servait un diner succulent.

Mais quand l'ami étourdiment le complimentait sur sa mine : « Je me suis raffermi par l'espérance, disait-il, honteux ou peut-être effrayé de devoir aux soins matériels une souplesse de corps, une force d’abstraction qu'il n'avait pas éprouvées de longtemps.

Malheureusement, à cette époque, une idée

saugrenue qui, depuis vingt-cinq ans, germait

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dans le cerveau du capitaine, vint à maturité on ne sait pourquoi ni comment. Un matin, Romuald, vêtu d'un élégant veston de cuir anglais. coiffé d'un chapeau de paille et fouettant l'air de sa badine, entra chez Rhoda ct se jetant dans nn fauteuil avec la décision d’un homme qui prend une résolution :

— Mare, lui dit-il, je songe à construire un foyer en prévision de mes vieux jours; tes désirs amoureux ne sont que des cantiques, cest à moi de songer à notre avenir. Je voudrais échanger le joug du service militaire, froid en hiver, chaud en été, contre un lien plus agréable. Qu'en pense maître Rhoda ?

— Il te sait gré de l'intention et te souhaite un heureux choix, répondit Rhoda.

Rien n'était décidé cependant; von Schléwitz flott:ut entre six cousines : choisir l’une c'était

déconsidérer les autres. Il comptait passer en

famille, à Hmenau, le reste de son congé et

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verrait à se décider à la satisfaction de tontes les parties.

.— Cette visite est un adieu, reprit le capitaine avec une certaine émotion, un adieu temporaire, nous nous reverrons plus liés, plus complets dans nos affections réciproques.

Là-dessus les amis se quitièrent avec force recommardations.

Comme tous les gens à idée fixe, Rhoda resté seul n'eut rien de plus pressé que de reprendre son dada et de l'enfourcher, maloré toutes ses promesses. [l recommenca ses études destinées à l'ange Gabriel.

Le capitaine-était parti depuis une semaine.

C'était un jour de chaleur douce, entre trois et quatre heures ; l'artiste crayonnait, sans se préoccuper d'un rayon de lumière qui, tombant du vitrail obliquement, se jouait dans l'embrasure de la porte entr'ouverte lorsque,

dans ce rayonnement multicolore, se dessina

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