XAVIER DE REUL VY
poèmes auxquels certains attachent un grand prix; Otto Beckmann, qui s'occupa exclusivement de l'étude des modifications pathologiques des reins, commença par dessiner et décrire des fleurs et des insectes. Chamisso qui fut l’auteur de Pierre Schlémihl fut aussi directeur du Jardin Botanique de Berlin et botaniste éminent; Charles Nodier fut polygraphe, naturaliste, entomologiste surtout, philologue, historien, poète et romancier, sans compter sa vivacité singulière de pamphletaire et de journaliste. Sainte-Beuve avait lait des études de médecine, il possédait une science spéciale de théologien et ses études scientifiques et philosophiques ne lui furent pas inutiles au point de vue littéraire. Armand Silvestre qui laïssa de beaux poëmes et des volumes de contes grivois auxquels il a dû la plus grande part de sa célébrité, fit des études de mathématiques supérieures, sorti de l’école polytechnique et appartint à l’administration française des ponts et chaussées, C’est aussi avec le titre d'ingénieur que le romancier Marcel Prévost entrait dans la vie. Tout cela montre que l’éducation scientifique n’est pas si éloignée des facultés esthétiques que celles-ci ne s’y puissent attacher. On peut dire plus : cette base scientifique devient nécessaire. Dans la production si touffue des lettres, le mot prend trop de place: les œuvres qui ne se soutiennent pas par autre chose que de la pure littérature, disparaissent
vite. L'art de demain, l’art d'aujourd'hui ne peuvent plus
INTRODUCTION
être faits d’ignorance. Dans une lettre qu'il écrivait ex 1874, de Reul montrait qu'il avait ressenti cette nécessité. « Depuis le courant scientifique, il n’est plus possible à un romancier, à un simple écrivain de s'attaquer à des descriptions de nature. Le paysage littéraire est devenu ce qu'il est en peinture, une reproduction fidèle de la nature. Il faut être homme de science pour s’en mêler car les compilateurs sont débordés par l'abus que l’on a fait de là peu près. Il en résulte qu'il faudrait être à la fois naturaliste et écrivain. » Xavier de Reul possédait ces deux qualités et la solidité de sa culture générale ne fit que donner plus de force à sa fantaisie. C’est en quoi il présente à l'analyste un intérêt tout spécial. I n’a pas seulement le mérite de tenir dans l’histoire des lettres en Belgique, une place que l’injuste silence de beaucoup, l'outrecuidante agitation de quelques-uns ont seuls empêché de lui attribuer. il montre encore comment, dans une imagination rêveuse, les choses les plus opposées sont parentes et
s'entremêlent en mille rapports secrets.
L'enfance de Xavier de Reul était faite pour porter à l'extrême ses facultés de rêverie et son amour de l’indépen-
dance. Toute sa vie il fut, quant aux apparences, un oisif.