‹ Le peintre mystiqueChapitre 4 sur 49 · XAVIER DE REUL VII · texte numérisé non relu

XAVIER DE REUL VII

Cette conception qu’une profession définie pouvait être une nécessité, n’effleura jamais sa pensée. Non point qu'il manquât de caractère ou d'énergie, maïs il avait trop aimé la solitude pour y pouvoir renoncer jamais.

De Reul naquit en 1830. C'était à Bombaye, près de Liége, dans une nature accueillante qui, à cette époque lointaine, se pénétrait encore d’un charme de solitude et d'abandon. Son père, habitant sur ses terres, menait une vie de sport et de chasse qu’il continua après son mariage. Tout en s’attachant à cette vie physiquement fort active, il n’en apprit rien à son fils. Celui-ci errait à sa guise et, durant ces années de l'enfance dont l'influence retentit jusqu'aux extrêmes jours de la vieillesse, il allait déjà parmi les aspects du monde, promenant son attention de chose en chose avec cette inlassable curiosité, cette attention rêveuse qui lui laissa.jusqu'à la fin un aïr de flânerie.

C'est ainsi que s’accumulaient les impressions premières : elles formaient, peu-à-peu, les particularités de l’intelligence. On ne semble guère avoir eu de fortes notions d'esprit pratique dans l'entourage de Xavier de Reul. La maisonnée était placée sous l'influence d’une vieille grand mère. Ancienne émigrée de la Révolution, chanoïinesse du chapitre de Sinnich, elle gardait les manières précieuses et les habitudes du xviue siècle. L'âge et les malheurs y

avaient ajouté quelques singularité; elle possédait quatre

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chats, ses bêtes favorites, plus un vieux tromblon qu’elle chargeait de gros sel et dont elle usa un jour sur Ia. personne d’un jardinier en maraude. Elle connaissait les simples et distribuait à la ronde ses recettes empruntées à d’étonnamment vieilles traditions. C’est autour d’elle que se groupaient les sept enfants de la famille. Xavier de Reul garda toute sa vie le souvenir de cette femme étrange et cérémonieuse.

Son éducation s'était poursuivie un peu au hasard de ses caprices, de ses rêveries d'enfant. Il avait dix-hnit ans à peine lorsque son père et sa mère moururent en même temps du choléra. Les sept enfants passèrent sous la tutelle inintelligente d’un parent et l'ainé, Xavier, plus que les autres endurci dans ses habitudes d'indépendance, ne pouvant supporter l'oppression brusque qui tombait sur lui, s’échappa.

Il partit pour Mayence où il donna des lecons de français. Il empilaïit avarement les pièces d’or qu’il parvenait à économiser sur ses maigres ressources et, un beau jour, se mit en route pour l'Italie.

11 fitle voyage en grande partie à pied, comme les étudiants qui, à cette époque, parcouraient l'Allemagne. En 1853, il était à Florence. Il voyait une Italie que nous ne connaissons plus, une Italie qui s’éveillait à peine d'un

long sommeil, où les traces du passé n'étaient pas encore

rongées par l’envahissement de l'évolution moderne. 11 1x

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voyait « à travers le voile rose de la jeunesse et de la fantaisie, dans l'atmosphère des traditions. » Il y devait recueillir la plus grande partie des notes, des impressions et des souvenirs qu'il fixa plus tard dans quelques livres. Il garda toute sa vie l’éblouissement des jours heureux qu'il y vécut dans l'enthousiasme de ses vingt ans.

C’est là, pourtant, qu'il devait éprouver une douleur profonde dont l'écho semble avoir retenti bien longtemps dans son cœur. Il rencontra à Florence une jeune fille de Zurich, orpheline comme lui, pupille du sculpteur Imhof et qui voyageait avec lui afin de se perfectionner dans son éducation musicale. Il devint son fiancé, l’accompagna jusqu'à Rome où elle mourut. De Reul avait alors vingtquatre ans ; ilne se maria que seize ans plus tard.

Revenu d'Italie, il vécut à la campagne, puis suivit les cours de l’Ecole des Mines à Liége où il fut l’un des élèves favoris d'André Dumont. Il se passionna pour la géologie, y porta cet enthousiasme coutumier à sa nature. Il y connut Edouard Dupont qu’il accompagna durant son: exploration des grottes de la Lesse, où l’on découvrit les riches matériaux préhistoriques, aujourd’hui réunis à Bruxelles, dans une salle spéciale du Muséum d'Histoire naturelle.

En 1866, il est à Rome où il vit en compagnie de quelques artistes qni sy étaient réunis. Il s’arrèta à San Damiano d’Asti vers 1868 et y poursuivit des recherches scien-

tifiques. Il lui resta de ce séjour des impressions si

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profondes qu'il en fit plus tard le décor du Roman d'un Géologue, ce livre où l’on peut entrevoir une trace de ses déceptions et de la vie de son cœur. On le retrouve ensuite à Weimar, où il demeura longuement, où il connut Jäszt, et où, tout en donnant libre cours à son activité de polyglotte, il se mêla aux mouvements qui agitaient ce petit monde allemand, Il utilisa ces souvenirs et ceux d’un voyage qu'il fit plus tard en Thuringe dans son œuvre posthume : Le Peintre mystique. Derrière les êtres fictif du roman, on devine les personnages réels.

En 1870, il était rentré en Belgique. C’est alors qu’il se maria. Il commença à réaliser ses projets d'écrivain. Sa vie semblait s'être fixée : il y pouvait trouver ce bonheur paisible et tranquille qu'il avait rêvé. Mais, une fois encore la mort devait détruire le repos promis par ce tardif amour. Trois ans ne s'étaient pas écoulés qu'il demeurait veuf avec ses deux tout petits enfants.

C'était la fin des caprices nomades. Il se consacra à l'éducation de ceux qu'il aimait et donna, au hasard des circonstances, les quelques livres qu'il a publiés. Il tenta Joyalement de faire cet «apprentissage de là vie » dont il parle dans le Roman d'un Géologue en termes si douloureux, si profondément poignants qu'on y sent encore la pesée du désespoir. C'était un être trop fin et trop rare

pour n'être point blessé tous les jours de brutalités trop

réelles. Il avait subi par deux fois l’assaut du malheur, sa

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