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utilise et qui tout en se défendant avec une confiance aveugle contre les difficultés de la vie,crée autour de lui des situations auxquelles d'autres, moins forts ou moins doués, sont obligés de se soumettre.
C'est pourquoi Rhoda, spectateur attentif au fond de sa baignoire, attendait les événements avec une extrême impatience. [l ne pouvait voir de la salle que le rez-de-chaussée, les stalles, le parquet, mais il pressentait M" Sellv et se réjouissait de cette incertitude qui le laislait avec ses illusions. L'opéra l’intéressait peu, Rhod:1 méprisait le genre décoratif et sensuel fait de bouts rimés, d’oripaux et de passion feinte. Encore moins pouvait-il se faire au poème de Gæœthe noyé dans le brouet d'un libretto. Ce pleurnichard ténor qui daubait sur les rigueurs de la destinée lui semblait d’un haut ridicule ; non moins extravagant ce Mé-
phisto-Croquemitaine. D'ailleurs il méprisait
ce Faust qui veut embrasser par la jouissance le monde de la pensée. Il n’aimait pas non plus cette légende accommodée à une idée philosophique.
Mais la musique, dans l'opéra, ressemble au brouillard [lumineux qui enveloppe au matin les objets et permet à chacun d’y tracer d’autres formes, suivant ses caprices et ses goûts. Dans le frémissement des archets, l'artiste retrouvait l'émotion qu'il avait éprouvée un Jour à Eisenach devant le piano de M'° Selly. Cet orchestre n’était qu'un murmure dont il faisait l'écho de ses pensées et, dans son for intérieur, 1} ne pouvait s'empêcher de s'appliquer à lui-même les paroles du poète
« Ilélas ! et je languis dans mon cachot... misé-
rable trou de muraille où la douce lumière du Ciel ne pénètre que par des vitraux peints, entouré
d’un amas de livres poudreux et vermoulus... Voilà
ton monde, est-ce là un monde ?.. Pars, fuis, lance-toi dans l’espace...