‹ Le peintre mystiqueChapitre 34 sur 49 · A LE · texte numérisé non relu

A LE

Ca

Bizarre coïncidence ! Pourquoi suis-je 161 devenu le témoin de ma nropre existence qui se déroule au son des instruments ? Comment ne pas me reconnaître sous les traits de ce tenorino, caricature de mon moi bouffi de sotte raison, moi, « le grand scarabée qui s'en va, voletant et sautant par les prés, en ressassant sa vieille chanson > !

Les plaintes de Faust, l'ironie de Méphistophélès retentissaient en lui et quelquefois à l'unisson des rires de Séraphine.

Et sa fantaisie évoquait le gazon vert du Wilhelmsthal et le déjeuner de Thécla sous les rameaux des pruneliers.

L'entrée de Marguerite le prit par tous les désirs de la vie.

Ce rôle était rempli par une artiste dont le nom privilégié — Rose Milde — le talent délicat, la personnalité, la physionomie incarnaient

admirablement la naïve jeune fille. Vêtue en

paysanne, on ne la distinguait pas de ses

compagnes, contrairement à la plupart de nos

chanteuses qui s’habillent en grande dame, et

follement dès leur entrée détruisent le génie du rôle, cette simplicité juvénile, cette inquiétante fracilité morale qui devient une angoisse dans l’âme du spectateur à mesure que l’idyile prend le ton de la tragédie.

Aux premiers mots de la chanteuse, il ne vit plus en elle qu'un idéal, emblème de la passion qui gouverne le cœur de l'homme au-dessus des autres puissances, du rang, de la fortune ou de

l'autorité : l'amour ! Et déversant sur Margue-

‘rite, à mesure que l'innocente victime appro-

chait de l'expiation, tout l'amour que l’auteur prête à son héroïne, il sentait déborder son émotion. Lorsque toujours aimante, dans la prison, folle de douleur, Marguerite refuse la

liberté que son amant veut lui donner, Rhoda

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