‹ Le peintre mystiqueChapitre 39 sur 49 · AXE · texte numérisé non relu

AXE

Séraphine cependant depuis les aveux passionnés de Rhoda, ne pouvait s'arracher aux fanfares d'amour qui lui résonnaient aux oreilles. Kille se sentait aimée d’un homme enivré tout à coup par elle des désirs de la vie et devenu son œuvre ; elle l’aimait comme on aime une œuvre d'art, qui contient au-delà de la réalité quelque chose de soi. Et, voyez la bizarrerie ! depuis qu'elle s'attendait de sa part à une explosion passionnée qu'elle ne pourrait ni réprimer, ni diriger, elle espérait que Rhoda, acharné dans ses convictions, se défendrait encore, parce qu'elle voulait trouver en lui

l'opposé de son caractère à elle, d'autres apbi-

tudes ; qu’elle le voulait tel qu’il était dans son originalité, avec son emphase orgueilleuse, son symbolisme, son lyrisme bizarre. Et dans la fièvre de l'attente, elle s'exaltait à la pensée qu'il faudrait apaiser cet irritable orgueil, remplir le vide immense laissé par son art incompris et désavoué.

Au stimulant de la curiosité, aux perplexités de l'attente, se joignait certain embarras introduit au retour du lac par la tante Meyer qui, bien qu'ayant fait à Rhoda les premières avances, alors qu’elle le jugeait un maniaque bon à récréer son salon, était devenu silencieuse au retour de cette fête, en voyant briller les yeux de sa’ nièce. Peu s’en fallait qu'elle ne lui reprochât comme un abus de confiance la grâce et les talents du patineur.

Ce brusque revirement provenait de ce que Séraphine était pour le ménage un fort appoint

de considération, qu'elle ne pouvait sans déficit

pour la inaison quitter sa tante, à moins que ce ne fût pour épouser von Schléwitz, son noble et généreux COUSIN.

Entre autres biens, le capitaine possédait la clef de l'Eden que l'on nommait la Cour. Etre ou n'être pas < de cour + à Weimar et surtout aux yeux d'un oncle employé au château, exclu par son état de subalterne, obligé par son état de regarder de loin ce paradis inaccessible, était le to be or not to be de l'existence fashionable. À plus forte raison ne pouvait-il venir à l’esprit de la ‘tante de peser dans la même balance un Rhoda, quel que füt son talent, avec un baron Romuald von Schléwitz, officier familier des Altesses rovales et grand-ducales.

Me Selly, le lendemain, s'était levé entre l’enclume et le martean, d’un côté Paigreur de sa tante, de l'autre la menace d’une explosion du cœur de Rhoda. Avant d'en accepter les

dernières’ conséquences, elle avait résolu

d'avouer tout à sa miuraine, M Werner, la bonne tante qui l'avait élevée.

À peine faisait-il jour, elle courut à la poste et comme elle craignait pour sa tante l'effet de la surprise pour ce voyage inattendu, elle envoya cette dépêche :

« Thécla et moi viendrons embrasser ce SOIr. »

Là-dessus, prétextant vis-à-vis de son oncle l'hostilité inaugurée la veille par sa tante Meyer, elle partit sans explication.

Me Werner vivait à (rotha, strictement économe, malgré certains airs d'élégance obtenus à grands frais d'ordre et de sagacité ménägère, estimant quà défaut d'argent, il fallait garder de sa position de veuve d'un magistrat ce que l'emploi lui rapportait jadis d’attentions et d’égards. Elle avait été fort jolie, un peu coquette et s'était amusée de ses victoires jus-

qu'au jour où l'étudiant Werner, sentimental ef

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