‹ Le peintre mystiqueChapitre 5 sur 49 · XAVIER DE REUL XI · texte numérisé non relu

XAVIER DE REUL XI

nature sensible en restait ébranlée. II vécut sous le poids du passé avec le souvenir constant de ses rêves décus, en une muette adoration des choses mortes, dans des songeries qui se prolongeaient au fil des heures. Il mourut brusquement en 1895 d'une attaque d’apoplexie. Le peintre Eugène Smits, qui l'avaient beaucoup connu, le caractéris2 d'une phrase exquise dans une de ses lettres : « Il était bon,

disait-il, et ne ressemblait à personne. »

Si, de cette biographie rapide on veut dégager les traits essentiels, on verra que de Reul arrriva tardivement à trouver une formule dans laquelle s'exprimaient sa nature et son caractère. Pendant bien longtemps, il demeura ce que l’avait fait l'enfance : librement développé dans une insouciance parfaite, nomade d'esprit et de désir, impatient d'un joug quelconque, incapable de poursuivre une direction avec cette persévérance qui mène jusqu'à laccomplissement d’un acte. Toute sa vie, il lutta, souvent avec insouciance, parfois avce énergie, Et cependant, il sarda toujours le dégoût de cette lutte: il ne pouvait se plier devant ses servitudes; il préférait passer d’une chose à l’autre, prenant à chacune l’intérèt qui surgissait tout à coup, ne s’arrètant point dans un compartiment fixé, dans

une classification limitée. Les circonstunces ne lui permi-

INTRODUCTION

rent guère la concentration. Au point de vue raison, son histoire est la plus singulière qui puisse être ; il n’a point tiré parti — au sens plat et utilitaire du mot — des efforts qu'il avait donnés. Il sacrifie à l'éducation de ses enfants le temps qu'il aurait pu consacrer à ses propres travaux, Parce que son fils pleure à l’idée d’êtré séparé de lui durant de longs mois, il renonce à l’occasion qui s’offrait d’un voyage aux Indes d’où il eût rapporté une vision merveilleuse des choses, une âme renouvelée. Son intelligence s'était développée à travers les caprices de la nature. El lui en resta ce caractère primesautier, plein d'indépendance, qu'aucune influence ne parvint à faire plier. Il traversa la vie; il n’y rechercha point la conquête d’un de ces postes fixes qui mettent un homme en évidence devantses contemporains et, quelquefois, devant la postérité. Ecrivain, il ignore le plus parfaitement du monde les courants divers qui se partageaient la littérature à son époque. Il écrit pour fixer des choses qui habitaient son âme et débordaient de lui. Il est toujours, modeste et discret, derrière les personnages qu'il anime et qui promènent à travers le monde l’invraisemblance de son caractère et les rèveries de son esprit. 11 n’a point cherché à se placer sous une étiquette quelconque ; il écrit la bonne vieille langue francaise, sans recherches, sans apprèts ets’il y met une émotion délicate, un sens affiné, des subtilités de sentiments cachées derrière

les grisailles de son imagination vagabonde, c'est sans

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