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XAVIER DE REUI Ne
puissant dont l'âme prisonnière ne se libère qu’en le formulant et en pleurant sur le sépulcre où elle enferme à mesure les souvenirs accumulés.
De mème, le nomadc une fois fixé se mit à rêver au nomade. C’est de là que naquirent Les Enfants d'Apollon. Déjà, dans le Roman d'un Géolog'ue, de Reul s’était complu à faire de ses héros, Max Kilian et sa sœur Hulda, deux artistes ambulants, tyroliens amoureux de leur musique primitive, qui parcourent le monde au hasard de leur caprice, avec la bande qu’un musicien, renommé dans les vallées, à rassemblée et dirige de ville en ville. C’est un type exquis de jeune fille que cette Hulda, fine, délicieuse, dont la voix émeut comme la voix des sirènes et qui murmure l’aveu de son amour dans une de ses plus jolies chansons. Elle est sage aussi; lorsqu'elle sent tout ce qui l’écarte du géologue rêveur et passionné, et que la vie tient en réserve des choses qui creusent un abîme entre le savant et la paysanne, elle s'écarte tristement : « Moi, je ne prétends être dans le chemin de personne », dit-elle. Alors l’oiseau blessé, que le vieux grand-père a envoyé vers l'Italie pour y refaire sa santé chancelante, n’a plus de chansons ni de rires. Il essaye, courageusement, de poursuivre sa route vagabonde; mais l'effort est trop grand pour sa pauvre petite chair souffrante, il s'arrête au bord
de la route et il meurt.
INTRODUCTION
Le souvenir s'était fait moins amer, moins douloureux, moins profond, lorsque le géologue, devenu poète, écrivit Les Enfants d’'Apollon ; il n'était point mort, cependant. Le type réel, déjà transposé pour Hulda, se transforme encore. On y voit passer dans l’activité falote d'un cirque forain, la figure de Manuelita qui se détache en un dessin fortement tracé, captivante et capricieuse, étrange et singulière, formée par une vie pleine d'aventures et d'invraisemblance, comme dans un conte de fée. Hulda était à peine touchée par le côté vagabond du nomade ; Manuelita y plonge toute entière. Elle vit, dompteuse dès son enfance, parmi les fauves qu’elle soumet. Elle à des aventures qui la mènent de la richesse opulente, avec un non de grande dame, au service de directeurs de ménageries qui l’exploitent honteusement. Elle parcourt le monde, de Cuba et du Sud-Amérique jusqu’en Belgique, en Hollande, en Angleterre; elle passe à travers mille aventures qui s’égrènent dans une fusée d’étrangetés, comme la lumière des lampes fumeuses sur les païlleteries de faux or et les toiles peintes du cirque; elle est nomade de la tête aux pieds, charmeuse, coquette et presque irréelle.
., Parmi les personnages du livre, elle est cependant la plus vivante. Comme la pauvre Hulda, elle aussi, elle est touchée au cœur ; elle a cette phrase, étrangement sem-
“lable à celle de la tyrolienne : « Je n'aime à déranger
XAVIFR DE REUL XVII
personne ». C’est aussi la résolution dans laquelle sombre le rève de l'amour ; elle répète, dans une fiction plus lointaine et moins amère, ce qui, jadis, causa le premier désespoir.
La conclusion est plus optimiste, moins profondément blessée, moins mélancolique que celle du Roman d'un Géologue. Nous sommes ici eu pleine féerie. C’est comme un rappel attendri d'une chose inoubliée, mais si le chagrin demeure dans les profondeurs de l’âme, d'autres choses nouvelles sont venues le masquer doucement. C’est comme une brume qui s'étend, qui baise les lèvres saignantes de la blessure d’un souffle pacificateur. On plonge dans le bruyant, le fragile décor de l'existence nomade. Le rèveur qui, jadis, parcourait l'Italie et l'Allemagne, à pied ou en diligence, avec quelques pièces d’or au fond de son bissae,
&yant maintenant charge d'âme, après avoir tenté « l’apprentissage de la vie » se complaisait dans les imaginations vagabondes où s’aÿitaient les bizarres créations du songe.
De là est né un livre singulier, sautillant, un peu fou, avec des fantaisies et des caprices qui mènent à droite et à gauche, dans un grouillement imprécis de fantoches, vêtus de costumes bizarres et vivant d’une vie spéciale, dans des contours fumeux, fuligineux, pareils à ceux que dessinent le décor imprécis d'Hoffmann ou les personnages étranges
d’Achim d'Arnim,
XVII INTRODUCTION
Cependant, tous ces types sont fort réels. À travers la fantaisie singulière du poète, perce un vigoureux esprit d'observation. Il fait de ce livre une étude des gens de cirque, profondément originale, digne d'être citée à côté des Frères Zemganno des Goncourt, des Hard Times de Dickens, et des Gens de Cirques de Hugues Leroux. Il fait de ce milieu forain dans lequel s’épuise une fantaisie singulière, une sorte de raccourci du monde où chaque peuple semble concentrer les traits les plus saillants de son caractère dans un personnage qui l’exprime. On admire sans réserve le sentiment profond, l'émotion poignante, dans le Roman d'un Géologue. Ici c’est une œuvre où le côté douloureux s’efface pour laisser place à la fantaisie la plus délicate et la plus fine, à une observation pleine d'humour, quise grave dans la netteté même des types.
Ils défilent, tracés à la Callot ou à la Goya, d’une forte ligne d'aquafortiste. C’est, d’abord, le vieux Rosenbaum : « Le personnage interpellé, qui paraissait être le chef, ôta son bonnet de fourrure, tira de sa poche un agenda crasseux qu'il déficela, baragouinant des politesses qui tombaient par intermittence sur une lèvre pendante, avec un clapotement sourd, comme l'eau tomte d’une gargouille. Il avait des sourcils mouvants, haut placés sur des yeux en boule de loto, bordés de rouge et qui jetaient
une ombre sur son visage ridé comme ces figures de
caoutchouc que l’on transforme à volonté ; et tour à tour,
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