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Aussitôt les fêtes terminées, tous reprennent leur costume habituel. En caravane, à bord, tous nos Algériens portaient leur costume national auquel je ne reproche que de couvrir trop la tête, alors même qu’il n’y a pas de soleil. De là beaucoup de céphalalgies. Arrivés à Djeddah, les pèlerins partaient généralement le plus tôt possible pour La Mecque, les uns à Âne, les autres à chameau. Les premiers ne mettaient qu’une nuit, les autres deux nuits (les caravanes ne marchent que la nuit).
À Djeddah, à La Mecque ou à Yembo, les pèlerins se logeaient diversement. Les uns campaient sous la tente, d’autres dormaient à la belle étoile, dans la rue ; la plupart louaient des chambres dans les maisons de la ville, maisons généralement toutes primitives où il n’y a que la charpente et les pierres et dont les murs ne sont pas même crépis. Les chambres se paient, deux, cinq, six, quinze francs et plus par jour. Dans chacune, les pèlerins s’entassaient dix, vingt, cinquante même, m’a-t-on assuré. Les Malais et les Javanais surtout s'accumulent ainsi. Il est à remarquer que c’est toujours parmi eux que sévit la plus forte mortalité.
Ces chambres sont le réceptacle de tous les microbes; ce sont elles, comme je le dirai plus loin, qui auraient été la cause du choléra de cette année.
À La Mecque, le pèlerin, à peine arrivé, commence par faire les visites, dans lesquelles il est conduit par le métouaf qui l’exploite et se fait payer fort cher.
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Je passerai rapidement sur le détail des fêtes ; je veux seulement donner une idée des fatigues qu’elles occasionnent au pèlerin.
Celui-ci va d’abord à la grande mosquée. Il entre par la porte Bab el Salam dans le Bit Allah (maison de Dieu) où se trouve une grande cour où tous les pèlerins en longues files serrées se rangent pour prier autour de la Caabah (maison d'Abraham). Il baise ensuite la pierre noire (hadjer el esfoued) fixée dans un coin de laCaabah.
De là, il se rend à un pavillon (makam) réservé à sa secte. Il y a quatre sectes orthodoxes reconnues. Chacune a son pavillon dans le Bit Allah.
Près de l’un de ces pavillons, se trouve le puits de Zemzem (rétréci), puits d'Agar et d’Ismaël ; chaque pèlerin va s’y laver et y prendre de l’eau. Cette eau est blanchâtre, un peu tiède, mais douce à boire. Chacun en emporte chez lui avec dévotion. Des petits bidons de cette eau se vendent très cher, ainsi que des suaires qui y ont été trempés et qui doivent préserver du feu de l’enfer ceux qui en seront enveloppés ; cette eau, comme je le dirai plus loin, est détestable au point de vue sanitaire.
En sortant de la mosquée, le pèlerin monte dans la rue Oued Ss’'afa. Là il est obligé de faire sept fois de suite en courant un espace de 400 mètres en souvenir d'Agar. C’est la cérémonie du Saï.
11 fait ensuite une visite à Omra, chapelle située assez loin de la ville, où Mahomet allait prier de
préférence.
Ces visites que beaucoup de pèlerins font en une seule fois leur font faire trente ou quarante kilomètres en une journée, presque sans manger. Ils en répètent au moins une partie tousles jours de leur séjour à La Mecque.
Le neuvième jour du mois Dhi el Hadja commencent les fêtes du pèlerinage proprement dites. Ce jour-là tous les pèlerins se rendent au mont Aarafat (il a reconnu — où Adam et Eve se sont retrouvés). Chaque année devant tous les pèlerins assemblés, le Cadi monte sur un chameau blanc, fait une prière à haute voix à laquelle tous répondent en disant : « Mon Dieu, nous sommes dans ta main. »
11 paraît que cette journée est la plus fatigante des fêtes. La marche de toute cette multitude, une longue station debout, les ardeurs du soleil, le jeûne qui dure presque tout le jour, tout cela contribue à la rendre très meurtrière.
En descendant de l’Aarafat les pèlerins s'arrêtent tous dans la vallée de Mina ou Mouna. Ce nom vient sans doute de celui de Mimoussa, femme de Mahomet, dont le tombeau est tout près.
À Mina, chaque pèlerin doit, selon son degré de fortune, tuer un ou plusieurs animaux. Le riche tue des chameaux, le pauvre des moutons ou despoulets. Cette tuerie est faite en mémoire du sacrifice d’Abraham.
Tout bon pèlerin doit encore dans les trois jours qu’il reste à Mina, aller jeter chaque matin sept pierres sur le tombeau du diable Heblis.
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Ce tombeau était, paraît-il, avant Mahomet le principal but du pèlerinage.
Mina est un endroit malsain pour les pèlerins. Outre l’agglomération, la chaleur, la putréfaction des animaux égorgés, il faut ici faire entrer en ligne de compte le dévergondage et les excès des pèlede rins pendant ces trois jours.
D'après le Coran, en effet, rien de ce qui se fait à Mina ne peut être péché. Il y a là des marchands d'esclaves, des femmes publiques, des marchands et des marchandises de toutes les nations et de toutes les espèces. Les pèlerins vident souvent Ià leur
boutse.
. À partir de ce moment, pour beaucoup la misère commence. |
Après trois jours passés à Mina, les départs commencent à s'organiser. Les caravanes de l’intérieur repartent les unes après les autres.
Cette année, quelques-uns de nos Algériens sont revenus à Djeddah presque immédiatement après les fêtes. D’autres voulaient aller en caravane de La Mecque à Médine. Ils n’ont pas pu, et voici pourquoi :
Le chef religieux de l’Islamisme est le grand shérif de La Mecque. IL descend de Mahomet par Fathma, comme du teste la plupart des habitants de La Mecque, presque tous shérifs.
Ce grand shérif reçoit cinquante ou soixante mille francs par mois de la Sublime Porte.
Il a un gouvernement pour les bédouins, à côté
du gouvernement turc de la province.
I1 profite beaucoup du pèlerinage.
Outre les cadeaux qu’il reçoit, il prélève sur le prix accordé aux bédouins pour chaque chameau des caravanes une somme déterminée.
Ainsi, de La Mecque à Médine il était convenu que les pèlerins donneraient pour chaque chameau, la somme de 29 tallaris. Le shérif en prenait 15 pour lui ; le reste était pour le bédouin propriétaire du chameau.
Cette année, le grand shérif avait fort mécontenté les bédouins;
La Turquie n’avait pas payé le tribut mensuel;
Dès le commencement du choléra, au milieu même des fêtes, le grand shérif s'était enfui à Taïf;
De plus, cette année encore, l’un des deux bédouins mis en prison comme otages, ainsi qu’il est d'habitude avant le départ des caravanes, mourut à La Mecque. Les bédouins prétendent qu’on l'avait assassiné. Irrités et excités, ils refusèrent de conduire les pèlerins. Ils remmenèrent leurs chameaux, annonçant qu'ils attaqueraient et arrêteraient toute caravane qui oserait passer dans leur pays.
Et en effet, l’une d’elles, s'étant risquée par la route de l'Est menant de La Mecque à Médine, eut 80 hommes tués par les bédouins.
C’est alors que les pèlerins qui voulaient aller à Médine retournèrent en foule à Djeddah et s’embarquèrent pour Yembo.
Au point de vue sanitaire, cette combinaison était la meilleure pour nos Algériens. Elle leur épargnait
nn la fatigue inévitable de quinze jours consécutifs de caravane.
Mais à Yembo, les chameaux manquaient, on en pressa l’arrivée. On obtint même que nos passagers algériens et tunisiens partissent les premiers. Ils payèrent 16 tallaris (80 francs) pour un chameau aller
et retour. Il y a cinq jours de voyage pour l'aller seulement.