‹ Le Pèlerin de la Mecque: Son Hygiène, Ses MaladiesChapitre 12 sur 34 · LA NOURRITURE DES PÉLERINS · texte numérisé non relu

LA NOURRITURE DES PÉLERINS

Sur le bateau, les pèlerins ne sont pas nourris par le bord. Chacun emporte des vivres. Il achètera en route, s’il le peut. Les Égyptiens ont un Mekououm, sorte d’entrepreneur qui, moyennant un prix con-. venu, leur assure chameaux, nourriture et eau pour tout le voyage. Nos Algériens n’en ont pas.

À l'aller cependant, pas de difficultés; tous ont de quoi manger.

Pendant les fêtes, en caravane, les vivres commencent à s'épuiser pour quelques-uns, et l'argent aussi. Ils n’ont presque plus rien à manger et plus d'argent pour rien acheter.

Au retour le spectacle est pénible, voici exactement la situation:

Quelques-uns ont encore abondamment de quoi manger. Ils ont fait des provisions à Yembo ou à El Tor, ils ont du pain, du riz, des poules dans une cage et quelques morceaux de viande salée.

D’autres font plus maigre chère, mais enfin ils ont encore du pain, des oignons, un peu de café, des

en dattes de Médine. Ceux-là déjà ne se servent plus beaucoup de leurs fourneaux.

Une autre catégorie n’a plus rien. Elle achetait du pain au restaurateur du bord, ou bien elle en prenait à la distribution gratuite faite chaque matin; elle le trempait dans l’eau et parvenaïit ainsi à trom- PERSA Naim,

La dernière catégorie “entre nettement dans le cadre pathologique. Elle renferme des individus pas ou mal nourris depuis longtemps, quatre, cinq, dix jours, ou qui ayant le tube digestif irrité par la mauvaise nourriture, n’ont même plus la force de manger. Dans cette catégorie se trouvaient surtout des vieillards, se soutenant à peine, maigres, hâves, la plupart du temps atteints d’entérite chronique avec diarrhée. Ne souffrant pas, du reste, somnolents le plus souvent. Seulement, un jour ou l’autre, je les trouvais sans connaissance. Ils revenaient vite à eux avec des frictions répétées, quelques cordiaux ou des injections d’éther. Le bateau les prenait à sa charge. Il fallait voir leur joie, presque leur délire quand je leur faisais boire d’abord quelques gorgées de lait ou de bouillon. Peu à peu j'augmentais la dose, je donnais un peu de pain, puis du lait et du pain presque à volonté. Beaucoup se sont remis comme cela. Mais quelques-uns n'avaient plus même la force de réagir, ou bien, comme cela est arrivé pour trois, l’entérite chronique dégénéraiten entérite aiguë. Les dix qui sont morts à bord sont morts des

suites de cette inanition.

La circulation, la respiration étaient régulières quoique très faibles, mais le sang ne contenant plus. aucun élément nutritif, la vie s’éteignait comme la lumière d’une lampe qui n’a plus d'huile.

Mon grand regret alors était d’avoir eu ces hommes trop tard entre mes mains. Si j'avais pu les nourrir dès leur arrivée sur le bateau plusieurs des passagers se fussent peut-être rétablis.

Voici donc le vœu que j’exprime :

Que désormais, on oblige tous les pèlerins à payer en même temps que leur billet un supplément équivalent au prix de leur nourriture au retour. Ce supplément n’est pas difficile à évaluer d'avance.

On embarquerait un cuisinier arabe qui ferait une cuisine conforme aux prescriptions musulmanes. Avec du kouskous, du mouton, du riz, du café et quelques légumes on soutiendrait facilement tous ces gens épuisés.

À terre, comme je l’ai dit, les pèlerins se nourrissent avec les vivres qu’ils ont apportés.

À Mina, les pauvres prennent une partie des animaux égorgés. |

À El Torl'alimentation est laissée à chacun. Beaucoup de pèlerins ont encore quelques vivres. IL y a du reste dans.chaque section des marchands de comestibles chez lesquels ceux qui ont quelque arpent peuvent acheter sucre, café, wmande, pain, "etc. |

Les pauvres, ceux qui n’ont plus ni vivres ni argent, sont nourris grâce à la munificence du sultan

de Constantinople et du khédive, qui envoient du pain, du riz et des olives. Un colonel turc et le colonel des soldats égyptiens de El Tor, étaient chargés cette année de la distribution.

Quand nous quittâmes El Tor on nous embarqua à bord 80 sacs de pain destiné à être distribués aux pauvres.

Cette distribution se fit deux fois par jour.

Mais quand nous arrivâmes à Tunis la provision était depuis longtemps épuisée et le pain manquait complètement à bord. Nous n'avions même plus de farine.

Le commandant, dès notre arrivée à La Goulette, avait demandé qu’un vivandier allât vendre des comestibles le long du bord.

On craignit la communication même avec une cotde, et on refusa.

Le lendemain matin seulement, comme nous protestions de nouveau après avoir entendu les plaintes réitérées des Arabes, on nous dit qu’on avait donné des ordres la veille pour nous ravitailler. En tout cas’ces ordres ne furent pas exécutés.

Au cap Matifou, des marchands vendaient des vivres aux pèlerins. Leurs tarifs avaient été déterminés par M. le Directeur de la Santé.

VA

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