DES MALADES ET DES MALADIES
J'ai énuméréles influences pathogènes, communes à tous les pèlerinages, telles que l’agglomération, la chaleur, le surmenage, la faim, la soif, les maladies plus ou moins contagieuses, indigènes ou importées.
Voyons leur action sur les pèlerins de cette année.
Cette année il y a eu de plus, comme l’an dernier, le choléra.
Je parlerai d’abord des malades que j'ai vus. N'ayant pas été à même d’observer l'épidémie cholérique, je me contenterai de relater ici tous les
renseignements que j'ai pu recueillir à son sujet.
Voici le tableau des maladies que j'ai eues à bord :
A l'aller :
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Contusion lombaire avec rétention d'urine. . . I MOFE RORSSCR pelleto ae e Ve no 2 PURGE RON RE. cles ni eu : 10 environ.
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- La quinine, administrée après une purge, eut raison de tous les paludiques.
La contusion lombaire s'était faite le jour de l’embarquement à Alger. Le malade ne s’âperçut de sa rétention d’urine que le lendemain matin. Je le sordaï. Elle ne dura qu’une journée et demie ; pas de paralysie des jambes.
Un Kabyle, à peine embarqué à Bougie, tomba dans l’escalier des entreponts et se cassa la sixième côte à droite. Je le fis débarquer craignant une complication pour la suite du voyage. Il se récria d’abord, mais bientôt il demanda lui-même son débarquement. .
Dans ie canal de Suez, j'eus encore à constater une côte cassée chez une femme sur laquelle un pèlerin avait fait tomber une pièce de bois très lourde. J'appliquai un appareil. Elle débarqua sans accident à Djeddabh. Je ne l’ai pas revue au retour.
Ces 21 embarras gastriques se caractérisaient par une langue très saburrale, plusieurs fois un peu fuligineuse et un peu de fièvre. Une purge ena toujours eu raison.
J'ai déjà parlé des deux accès pernicieux. Ils éclatèrent, l’un, la veille de notre arrivée à Port- Saïd, l’autre dans le canal de Suez. Tous les deux étaient dans le coma quand on m'appela mais avec une fièvre intense : le premier avait 40o°1, le second 40°. J'ai toujours pensé que la chaleur avait contribué à rendre pernicieux un accès ordinaire. Je les traitai avec deux grammes de quinine, des injections d’éther, lotions d’eau froides et frictions à l’alcool camphré. La fièvre reprit le lendemain, mais moins forte; elle disparut au bout de quelques jours. Je les revis au retour, L’un d’eux arriva à Alger bien portant ; l’autre épuisé, avec entérite, mourut comme nous approchions de Tunis.
Premier voyage de Djeddah à Yembo.
Paludiques ce RS EN PEER ESS une dizaine.
Diarrhées profuses . . . . . RE D ne Dates LE
— avec vomissements . . . . . 2 Diarrhées ordinaires et embarras gastriques. . . beaucoup. ADCÉMCLO MAIS RER RE CR Er . beaucoup.
Syphihitiques ire REA SRI CRUE, quelques-uns,
Je n'avais ces malades que pour 24 heures; je n’eus pas le temps d’en faire le dénombrement exact.
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En partant de Djeddah, comme je l'ai dit plus baut, je recherchai le choléra. À l’embarquement je ne vis personne qui en eût des symptômes. En visitantles passagers, je trouvai bien près du château une femme se plaignant du ventre et ayant de la diarrhée et des vomissements. Je l'isolai de suite pour plus de sûreté. Néanmoins je ne lui trouvai aucun symptôme de choléra: ni crampes, ni hypothermie, ni cyanose, ni aphonie, etc. Je lui donnai du laudanum et du bismuth. Les douleurs cessèrent bientôt. C'était une simple gastro-entérite. Je tenais à étuver les vêtements de cette femme ainsi que ceux d’un homme ayant aussi de la diarrhée profuse. Tous les deux s’y refusèrent absolument.
Les petits abcès étaient nombreux. Je les attribuais d’abord au mauvais état général des pèlerins. Il paraît cependant que sous cette latitude, même les personnes bien portantes y sont snjettes.
Les plaies étaient surtout aux pieds et aux jambes. Je vis aussi quelques plaques muqueuses dans la bouche. 3
Dans une des coursives du navire, je trouvai un vieillard présque inanimé avec fièvre (40°). IL fut porté à l'arrière et lotionné à l’eau froide; il prit de la quinine, de la teinture de quinquina en potion qui abattirent la fièvre et le ranimèrent. Mais il se refusa à manger et but à peine quelques gorgées de bouillon et de lait. Le lendemain, même refus. Arrivé à Yembo, il fut débarqué avec assez de peine. Je croyais fort qu’il mourrait le soir ou le lendemain.
Ta En passant dans une rue, deux jours après, je vis son cadavre étendu sur la terre nue, ses camarades étaient assis près de lui. Il venait de mourir. Je regrettai de ne l'avoir pas recherché et soigné à terre.
C'étaitle premier spécimen de cet épuisement que je voyais. Je devais en revoir beaucoup par la
suite.
Second voyage de Djeddah à Yembo.
DIRETRÉÉS RER y. « beaucoup.
HISNeUL SEL EN Leo CE, 7 PRUSIQUE ME RES ES so Abcès.et plaies.” . : .:. .. . : beaucoup.
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Toutes ces diarrhées étaient anciennes, entérites
chroniques. En 24 heures de traversée, on ne pouvait songer à les guérir. Je leur donnai en général
une purge de sulfate de magnésie, puis du bismuth et du laudanum.
Ce phtisique était un tout jeune homme, 18 ans. 1l était au dernier degré, se soutenant à peine et ayant 39°,; de fièvre. Il avait des cavernes à droite et à gauche. Je combattis la fièvre et je lui donnai des toniques. J'ai appris plus tard qu'il était mort en allant à Médine.
Ce fou dontje n'ai pu savoir exactement l’histoire avait de la monomanie religieuse, avec accès de manie. J'ai soupçonné un peu gratuitement peutêtre les dévotions du pèlerinage de lui avoir tourné
no latête. La première fois qu’il me vit il voulut se jeter sur moi. Ses camarades lui avaient lié les mains et les pieds. Je voulus lui donner du bromure, mais il fut impossible de lui faire rien prendre. Le lendemain matin, il était plus calme. Dans la nuit, avec ses dents et ses mains, il avait dilacéré la couverture piquée sur laquelle il était couché. Le coton était répandu tout autour de lui.
A Yembo.
I1 n’y eut aucun cas de choléra. Comme il n’y avait là ni médecin, ni pharmacien, :je continuai à aller voir à terre quelques malades du bord non païtis pour Médine ; quelques habitants vinrent aussi à bord chercher des remèdes.
De Yembo à El Tor.
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Rien à dire des diarrhées ni des fiévreux. La plupart des diarrhées étaient des entérites chroniques
dues au surmenage du tube digestif.
Les épuisés étaient très nombreux. J'ai parlé du spectacle que présentait une caravane revenant de Médine. C’étaient les mêmes pèlerins que nous embarquions. Le pèlerinage fini, nous en recueillions les épaves. Ils se rembarquaient fatigués physiquement, attristés par la perte de leurs parents ou de leurs amis dont beaucoup étaient morts. Le moral ne les soutenait plus comme à l’aller.
Parmi les épuisés, la patente de santé saignée de M. le D' Vaume en signalait dix « ayant du marasme sénile, épuisement par surmenage et pouvant mourir dans les 48 heures. »
À l'hôpital installé à l’arrière, j'en fis mettre huit dès notre départ de Yembo.
Le n° r était un homme d’une quarantaine d’années qui à peine monté à la coupée du bord s'était affaissé sur lui-même et était tombé dans un état syncopal inquiétant. Tout le monde autour de lui pensait qu'il allait mourir: yeux vitreux, relâchement complet des sphincters et des” membres, *etc® Ilrevint cependant peu à peu (éther, frictions, caféine, etc.). Cet homme n'avait pas mangé depuis huit jours, ainsi qu'il mejle dit le lendemain. Il se plaignait beaucoup du ventre et avait des gargouillementsà droite. À six heures, je commençai à lui donner du bouillon qu’il prit. La nuit il but environ un demilitre de lait et un de bouillon. Le lendemain il fut beaucoup mieux toute la journée, ayant repris toute sa connaissance, cependant ilse plaignait toujours du ventre et il avait toujours une diarrhée jaune
abondante. Ce jour-là purge, et vers le soir bismuth et laudanum ; environ deux litres de lait avec cognac et deux de bouillon avec pepsine.
Le jour suivant dès le matin pour la première fois je lui trouvai de la fièvre (399,5). La respiration et le pouls étaient cependant redevenus très réguliers, et sa connaissance parfaite, mais faiblesse extrême.
Il se plaignaït toujours du ventre. Toute la journée encore gargouillements et diarrhée.
Laudanum, cataplasmes sur le ventre, lavements phéniqués, rien n'y fit. Il garda la fièvre toute la journée, malgré quinine, antipyrine et lotions fraîches. I1 mourut doucement à sept heures et demie du soir. :
Le n° 9 était un vieillard, petit, semblant avoir 70 ans, n'ayant plus sur les os que la peau, peau sèche et comme recouverte d’un enduit pulvérulent. Cet enduit, du reste, je l’ai remarqué chez presque tous ces malades d’inanition. Ce n° 2 refusait toute boisson.
Il ne pouvait rien avaler sans être pris d’une toux spasmodiqueet sèche; diarrhée. Tout letube digestif était enflammé : c'était pour lui un supplice de boire. Il n’avait pas mangé depuis plusieurs jours. Il mourut le troisième jour de notre traversée à sept heures du matin.
Le n°3, vieux aussi, dysenterie avec sang ; perchlorure de fer, laudanum, lait. J’ai revu ce malade à l'hôpital de El-Tor.
A la fin des vingt jours de quarartaine sa dysen-
pe”
terie durait encore. Nous ne le rembarquâmes pas; il resta à l'hôpital.
Le n° 4, 35 ans environ, paludique, eut un fort accès de fièvre pendant quelques heures, diarrhée; était un vrai squelette, marchait à peine. Resté aussi à l'hôpital de Tor après notre départ. À bord, il n’avait pour toute provision de bouche que huit grenades dans un mouchoir.
Le n° 5, vieux, diarrhée, épuisement, large plaie putride et sanieuse à la malléole externe droite, somnolence permanente.
Ilsresta à Tor.
Le n° 6, vieux, encore assez robuste d'apparence, mais diarrhée abondante qu’il garda à El-Tor. Nous le rembarquâmes. Il était presque guéri en arrivant au cap Matifou.
Le n° 7 très maigre, 4oans environ, diarrhée, épuisement. Il buvait assez volontiers du lait.
11 resta 20 jours à l’hôpital de El-Tor. ?
Nous le rembarquâmes avec la même diarrhée.
De plus l’inflammation semblait avoir gagné. Il n’avalait plus, refusait de boire. Il se soutint cependant jusqu'au cap Matifou, où nous le débarquâmes.
Le n° 8, vieux, diarrhée, très maigre. Je ne l’aipas revu sur le bateau. Il a dû mourir à Tor.
Le n° 9 était un vieillard qui se plaignait le lendemain de notre départ de Yembo de ne pouvoir uriner, je le sondai. IL sortit une urine couleur choco-
lat. C'était évidemment du sang. Je ne sentis aucun
= 77 — calcul avec ma sonde. Je dus me contenter de le sonder plusieurs fois pat jour.
Je ne le revis pas mon plus sur le bateau; àil dut mourir à El-Tor.
A El-Tor.
Pendant la quarantaine dont M. Ardouin bey, inspecteur général, eut la gracieuseté de me permettre de visiter l’organisation, je revis mes malades à l’hÔpital. Leur installation sera décrite plus bas.
Nous nenous occupons pour le moment que des maladies et des malades. À El-Tor, les malades étaient nombreux.
Il y avait entre autres, des soldats turcs revenant du Yémen. Ces malheureux étaient dans un état plus pitoyable encore que les pèlerins. Presque tous avaient un scorbut grave (œdème, pétéchies, déchaussement des dents, etc.), tous étaient cachectiques et dans la plus grande misère.
Je signalerai encore un fait curieux qui intrigua tous les médecins de la quarantaine.
Le 7 septembre, dans l'après-midi, on apporta devant la porte de l’administration du lazaret un bédouin du village présentant beaucoup de symptômes du choléra : jambes et bras froids, diarrhée, vormissements, cyanose des extrémités, douleurs vives du ventre, langue pointue, pas froide, pas d'aphonie proprement dite. On le fit porter à l’hôpital. En route, on le crut mort. Il se remit un peu en y aïri-
vant. Cet homme avait pris, la veille, beaucoup de dattes ainsi que du lait et, le matin même, beaucoup de raisins. Dans ses selles on reconnaissait des dattes.
Cet homme portait des vivres aux vivandiers des sections, mais jamais ne pénétrait dans celles-ci.
Le lendemain d’ailleurs, il alla mieux. Il eut 38°, deux selles seulement, pas de vomissements, ventre rétracté et anurie.
Il mourut le jour suivant. À l’autopsie on trouva toutes les lésions de la gastro-entérite.
I1 y avait au lazaret un élève du D' Koch, M. le D' Kaufman venu spécialement pour étudier le choléra, en rechercher et cultiver le bacille. Il examina les selles de ce malade; elles contenaient des éléments spécifiques du choléra. Cependant les cultures décidèrent que ces éléments n'étaient pas ceux du choléra asiatique.
De El-Tor au cap Matifou.
Le jour de notre passage à Port-Saïd je comptai APOrdA:
Conjonctivites et blépharites.
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Syphilitiques avec accidents divers. .
D RM A 20 Diarrhées profuses. . . . . a Fe .. 7
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Toutes ces conjonctivites dues au sable et à la forte réverbération du soleil, n’étaient pas très intenses, sauf deux qui avaient une forte vascularisation conjonctivale. Eau boriquée et collyre au sulfate de zinc.
Les plaques muqueuses étaient très nombreuses, indépendamment des stomatites. La mauvaise nourriture etla mauvaise eau ont dû contribuer à leur apparition. Iodure de potassium et touché quelques-unes au mitrate d'argent.
J'entends par diarrhées profuses des diarrhées très liquides incoercibles et épuisantes. Tous ceux qui en étaient atteints étaient presque au dernier degré de l'inanition. Des sept que nous avions à bord, cinq sont morts.
Cette diarrhée assez difficile à spécifier a été quelquefois considérée comme suspecte de choléra. Le 18 septembre 1890, un membre du conseil d'Alexandrie proposa de considérer comme infectés tous ceux qui avaient de la diarrhée et qui venaient d’un pays où régnait le choléra. Il est vrai que sa pro-
position fut rejetée.
Ces diarrhéïques, les vieillards surtout, doivent néanmoins éveiller l'attention en temps d’épidémie, car, ainsi que l’a dit M. Fauvel, « dams toutes les épidénvies de choléra du Hedjaz, il a été noté que parmi les pèlerins épuisés par la misère et les fatigues, le choléra ne se révélait pas. par tous les symptômes classiques de la maladie, tandis qu’à côté d'eux, parmi les individus sains, les attaques présentatent l’apparence ordinaire du choléra bien: caractérisé. Ces différemces furent particulièrement bien accentuées dans l'épidémie de 1887, et cela aw point que plusreurs: médecins peu au courant deces particularités se crurent autorisés à mettre en doute la nature rmême: de la maladie: et à n’y voir que des manifestations banallesdues à lznrisère et aux intempéties. Cette interprétation ne peut résister à l’évidence: quand à côté die: ces. cas mal caractérisés se manifestent des attaques violentes: rapidement moxtelles avec tout le cortège des symptômes classiques. »,
La description de la plupart des cas mal caractérisés nous: a été. donnée avec beaucoup d'exactitude pat M. le D' Ardouin au lazaret d'EL Ouedij. Les symptônres violents du: choléræ faisaient défaut: mi vomissements, ni crampes, ni phénomènes asphyxiques: bien promoncés, ni réaction; mais factes cholérique très accusé, diarrhée plus ou moins caractéristique, ammaigrissement rapide et mort tranquille: sans: phénomènes de réactiom.
Ce n’était pas un choléra fruste maisiun état mor-
der iosiin nd méntitini nd tés ite PP
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