‹ Le Pèlerin de la Mecque: Son Hygiène, Ses MaladiesChapitre 22 sur 34 · SI · texte numérisé non relu

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bide toujours mortel et ne s’accusant que par une réaction incomplète de l'organisme due à la déchéance vitale des individus frappés.

Quoi qu’il en soit de la nature de la maladie, voici comment elle évolua chez ceux qu'il me fut donné de voir.

Le n° 1, vieux, se plaignait de diarrhée depuis notre dépait de Tor, le 14 septembre. Le 16, à Ia visite du matin, je le trouvai couché près des cabinets, sur ses matières fécales, froid. Ranimé par des injections d’éther, frictions avec de l'alcool camphré et du café et porté à l’hôpital, il revint à lui. Dans la journée, il prit un peu de lait et de cognac, mais en très petite quantité car il se refusait à rien avaler. I mourut dans la nuit suivante.

Le n° 2, 50 ans environ, diarrhée, souffrant beaucoup du ventre, fièvre. Trouvé couché au bas d’un escalier le 18 septembre, presque inanimé, éther, frictions. Il,se refusait absolument à rien avaler. Aux premières gorgées, il était pris d’une toux spasmodique et vomissait presque immédiatement ce qu'il avait quelquefois avalé. De plus, il avait fréquemment des petits vomissements verts qui me firent penser à une péritonite, toutefois il n'avait pas de points douloureux dans le ventre. En tout cas, il avait une entérite aiguë avec gastrite. Le ventre était très rétracté et douloureux. Compresses fraîches sur le ventre, laudanum, lait.

Le lendemain 19, il n’avait plus de fièvre, mais

encore de la diarrhée et des vomissements, Refuse de rien avaler. |

Le 20, même état toute la journée. Il mourut le soir à 7 heures et demie.

Le n° 3, trouvé le 16 septembre à la visite du matin, épuisé, presque inanimé, porté à l'hôpital; mêmes soins qu'aux précédents, mort à l'hôpital le 17 dans la nuit. .

Le n° 4, 45 à 50 ans, porté à l'hôpital le 18, épuisé, diarrhée, soigné toute la journée, un peu mieux le soir. Le mieux continua le 19, et ainsi jusqu’au 25. Il consentait à prendre un peu de lait et du bouillon dans lesquels je mettais de la pepsine ou du cognac. 1l eut de la fièvre plusieurs jours, ainsi qu'une toux spasmodique déjà observée chez plusieurs autres. Il débarqua au cap Matifou ayant encore de. la diarrhée, maïs un peu plus vaillant.

Le n° 5, trouvé le 16 septembre, à la visite du matin, épuisé, diarrhée, envoyé à l’hôpital, reprit un peu les jours suivants, le 17 et le 18. À partir du 19, il se refusa à rien avaler; toux spasmodique. Le 20 au matin, il était glacé et presque inanimé, éther, frictions, Le 21, de même; le 29, je le trouvai mort le matin.

Le n° 6, vieux, mis à l'hôpital le 19, diarrhée abondante et refus de manger; mais il avait encore toute sa connaissance et n'était pas dans cette somnolence où se trouvaient généralement les précédents. Le 21 au matin, je le trouvai sans connaissance, yeux voilés, respiration très faible, pouls 46 à la minute,

mais régulier. Malgré tous les soins, il ne reprit pas connaissance et mourut le soir à 3 heures et demie.

Avec l'autorisation du commandant, je fis son autopsie, loin des yeux des autres Arabes. Je ne trouvai aucune lésion bien marquée: l'estomac était petit, rétracté, congestionné par place, intestin grêle rétracté et épaissi, cordiforme, gros intestin plutôt dilaté, rien au cœur, ni aux poumons, rate normale, foie petit.

Le n° 7, vieux, trouvé mort à l'avant, le 22 septembre. Je le soignais depuis Tor pour la diarrhée. J'étais resté ce jour-là longtemps à la Santé, à La Goulette. Je le trouvai mort en revenant. Comme les autres, il était mort d’inanition. jrs

Le n° 8, vieux, trouvé mourant près des lieux, le 23 septembre, mené à l'hôpital, ranimé, n’avait rien mangé depuis notre départ de Tor, me dit-il. Je lui donnai un pew de lait; le soir encore un peu de lait et du pain. IL mangea d’abord avec une joie qui tenait presque du délire, mais après trois ou quatre bouchées de pain, il me dit: assez! assez! et se recoucha. Son estomac ne voulait plus rien supporter. Dans la nuit toutefois, il prit un peu de lait et du bouillon. Le 24 au matin, il prit encore un peu de lait, puis refusa complètement bientôt. Le 25,il mourut à 11 heures et demie du matin.

Le n° 9, vieux, diarrhée comme les autres, très faible. Il vivait encore en arrivant au cap Matifou. J'avais recommandé à ses camarades de ne pas le transporter sans mon ordre, me chargeant de le faire

débarquer. Mais ceux-ci l'ayant amené au milieu de la bousculade des débarquants, il mourut en arrivant à l'échelle. |

J'ai tenu à donner l'observation succincte de tous les morts. On voit qu’elle est presque identique pour tous. Ils étaient épuisés.

Je répète donc encore ici qu’il est indispensable de nourrir les Arabes à bord. Je l’ai déjà dit en parlant de leur nourriture. Beaucoup de ces malades auraient sans doute été sauvés, s’ils avaient pu dès lé principe manger à leur appétit. Presque tous ces affamés arrivant petit à petit au dernier degré de l'inanition ne se sentaient pas malades. Ils tombaient tout à coup pris de faiblesse. À ce moment, il était trop tard pour leur rendre leur force.

. Les diarfhées ordinaires étaient très nombreuses.

Deux panaris : l’un au médius évolua bien. L’autre était ancien et dans un état pitoÿable : les deux premières phalanges du petit doigt étaient sphacélées et les os nécrosés. Je conseillai l’amputation. Je la fis, le 22 septembre. À notre arrivée au cap Matifou, la cicatrice allaït très bien, pas de pus.

Les maladies de peau étaient de l’herpès circiné, du pityriasis versicolore, de la teigne faveuse, du vitiligo. |

Nous eûmes à bord cinq cas d’influenza, tous dans

l'équipage. J'ai déjà dit que cette maladie régnait à Djeddah pendant notre séjour. À bord de l’autre bateau français, presque tout l'équipage fut atteint.

Sur le Pictavia, le lendemain de notre arrivée à

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Tor, le 28 août, j'en trouvai un cas chez un chauffeur : saignement de nez, courbature générale, éruption, douleurs dans les genoux et les reins, gorge très rouge et toux. Je l’isolai de suite; j’étuvai la literie et les vêtements de l'équipage ; le poste fut lavé à l’eau phéniquée. Nous n’eûmes pas d’autres cas jusqu'au 15 septembre.

Ce jour-là, je fis coucher un jeune matelot ayant tous les mêmes symptômes.

Le lendemain matin, les deux sous-chefs mécaniciens, ainsi qu’un autre matelot, restaient couchés ayant une forte fièvre et les symptômes de l’influenza. Au bout de cinq ou six jours, tous les quatre étaient rétablis. Nous n’eûmes plus aucun autre cas.

La rétention d'urine était due à de la paralysie de la vessie, vieillard, ni rétrécissement, ni prostatite. La sonde en métal passait facilement; le malade ne souffrait pas. Je le sondais deux ou trois fois par jour.

L’insuffisance mitrale était caractérisée par de l’œdème des jambes, un peu d’ascite, pouls -petit et irrégulier, albumine en petite quantité dans les urines, parfois de la dyspnée. Sur le bateau, il ne fallait pas songer à entendre les souffles ou les dédoublements des bruits du cœur.

Voilà un aperçu des maladies du bord.

Avant de parler des maladies à terre, et en particulier du choléra, quelques mots sur les maladies et

les malades dans les caravanes.

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Les malades y sont naturellement sans secours. Plusieurs de ceux que nous avions amenés à Yembo sont morts en allant à Médine.

Outre les maladies, les pèlerins en caravanes ont à craindre les blessures faites par les Bédouins.

L’an dernier une caravane de 446 Marocains fut massacrée ; il n’en échappa que deux. Cette année toutes les caravanes furent attaquées. Nous avions à bord un Algérien ayant eu l’omoplate brisée d’un coup de matraque, et un autre auquel un Bédouin avait perforé le nez, coupé la lèvre supérieure, le cartilage de Ia cloison du nez et transversalement toute l'oreille. Je suturai toutes ces plaies, elles reprirent très bien.

Une caravane ayant essayé d’aller de La Mecque à Médine par la route de l'Est, fut attaquée et eut quatre-vingts tués.

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