PÈRE ET FILS, MARI ET FEMME
La lune faisait pleuvoir sur les bois et le ruisseau de magiques rayons. Tous les objets changeaient de forme à mesure que l’astre voyageur, en s’en allant, déplaçait les ombres ; et les cailloux,les rameaux, les troncs, les touffes de gazon paraissaient euluminés maintenant, qui tout à l'heure n'offraient que des contours vagues et noirs. Les deux bandits achevèrent leur œuvre infernale. [ls apportèrent des roches, des souches, des débris de toutes sortes, pour dissimuler la fosse, Et quand à leurs yeux pervers tout fut bien, il reprirent le chemin de la maison. Lorsqu'ils entrèrent, trois heures du matin sonnaientà la grande horlog® surmontée de trois pommes de bois dorées.
Madame Asselin, prévenue, avait levé le loquet de dessus la clenche, afin qu'ils pussent entrer sans faire de bruit. Son mari n'était pas dans le complot, et la prudence voulait qu'on ne fit rien pour éveiller ses soupçons.
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Le lendemain, dans la relevée, Saint Pierre, toujours mis en bourgeois, la tête couverte de sa perruque noire, :et la: bouche surmontée d’une longue moustache, sortit sous prétexte d’aller voir quelques fermes ou quelques emplacements dont on lui avait parlé. Il se dirigea vers l'église. C'était ce jour-là même,et vers'le même moment, que l'ex-élève et la jeuhe Fmmélie se promenaiant en révant d'amour, cc - “llées du petit jardin nouvellement acquis par la maîtresse de La Colombe victorieus... étsit an moment où le cynique Picounoc venait d: x rouver sa, mère et. sa sœur, en ravivant, dans leurs âmes pures, des souffrances insupportables. Le vieux fripon cheminait d’un pas rêveur. Il regardait, de côtés et d'autres, lesichamps jaunis qui se déroulaient bordés au Join par la forêt, comme par un ceinturon de deuil. Les chemins des charroyeurs et les routes publiques perçaient des trouées claires dans la bordure sombre.
Saint Pierre s'arrêta pour causer avec les habitants qui le saluaient en ôtant leur chapeau. Les habitants étaient heureux de lui donner les renseignements qu’il sollicitait. Il arriva près d’une maison plus petite et plus coquette
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que ses voisines. La propreté reluisait aux alentours. Le jardin révélait des mains soi-
gneuses. Le devant de la porte était balayé ;
les vitres des fenêtres brillaient sous les petits rideaux blancs plissés par des galons. Dans un chassis s'étalaient des pipes de plâtre arrangéesen étoiles, des chevaux en pâte sucrée, des pelotes de fil, des rangées d'épingles, des cartes garnies de boutons, et mille petits objets à bon marché C'est peut-être la maison achetée dernièrement par la veuve, pensa le vieux brigand ; on m'a dit qu’elle faisait, cette veuve, un petit négoce, et que je verrais divers arti. cles dans sa fenêtre. Je vais entrer lui demander si cette maison est à vendre. Il ne faut rien négliger. Un détail qui semble insiguifant peut sauver ou perdre un homme. Et tout en pensant ainsi il frappa à la porte.
L'arrivée de Saint Pierre mit fin à une situation amère et critique. Picounoc tendait la main à l’ex-élève, ét célui-ci ne savait s’il devait cracher à la figure du misérable ou lui pardonner, à l'exemple de la mère infortunée. [l regardait Emmélie qui pleurait le visage caché dans le sein de sa mère, et il semblait attendre son ordre. À l’arrivée de l'étranger la jeune fille sortit.