‹ Le pèlerin de Sainte-Anne [microforme] (volume 2)Chapitre 51 sur 56 · EST · texte numérisé non relu

EST

er une heure.

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au repos. Asselin.entra dans sa chambre. Sa femme dormait. Du moins il la crut.endormie, Le visage, caché dans.le. duvet.de son oreiller, elle songeait. lle avait raison de; songer.

Elle était assaillie, de mille pensées: diverses, de mille craintes amères. L'assassimat de lorphelin qui, tout à l'heure, lui semblait chose facile et simple, n'avait. pas réussi: plus que cela, les meurtriers expiraient,. probablement victime de leur propre malice. Ce: tour imprévu du Destin, qui n'est. pas souvent aveugle, la jetait dans un abattemgnt profond. Il Jui semblait maintenant que les soupçotis les plus odieux allaient planer sur sa tête; comme une volée d'oiseaux de mauvais augure. Elle devinait bien qu'ils étaient enserelis sous les décombres, car son frère ne revenaït point:

Elle cherchait à s'étourdir par la pensée que, vivants encore, ils pouvaient être tirés. des débris de la care et sauvés. Les voisins s'étaient informés du maitre d'école qu'ils ne voyaient pas chez son beau-frère, Madame Eusèbe avait expliqué l'absence de son frère par un mensonge fort bien paré des couleurs de la vérité. Cependant ce mensonge causait wmaintenaht-son désespoir, non pas parce qu'il

était une offense envers Dieu, mais parce qu’il menaçait de la compromettre. Elle s'accusait de manque de jugement, d'imprudence, de sottise et d'aveuglement. Il eut été si simple de répondre qu'elle ne savait pas ce qu’il était devenu. Elle n’était nullement tenue de le savoir. Au lieu de cela, la sotte avait dit qu'il était allé au Platon, marchander la terre de Thomas Hamel. Et maintenant si l’on trouvait le cadavre de Racette enterré sous les décombres de la::cave avec celui dé l'étranger:

comment réussirait-elle à convaincre les gens qu'elle ne connaissait rien des Li is infâmes des deux assassins ?

Asselin s'endormit, Rarement il s'éveillait avant l’aube. Son sommeil était profond comme la léthargie. Pour le chasser de ses paupières, il fallait un vacarme d'enfer. Madame Asselin se lève doucement, car on craint toujours d’être vu quand on fait une action qui doit être secrète Elle revêt sa jupe et son mantelet, chausse ses bottines, met son chapeau de paille et, munie d’une pioche, elle s'éloigne de la maison. Vingt minutes après elle arrive au cavean, dans le haut du champ. Elle est tentée de s'enrevenir, car elle a peur

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de voir se lever, dans les ombres de la nuit, les spectres des deux morts. Elle frémit, ses yeux grands ouverts croient voir toutes sortes de formes infernales danser sur lacaveécroulée. Tout à coup une plainte longue et sourde sort des décombres. Elle s'approche et prête l’oreille avec attention. Une seconde plainte s'élève.

— Est-ce toi, José ? dit la femme éponuvantée; es-tu mort?

Une voix souterraine murmure: Non....dépêche-toi...….

Assurément il n’est pas mort, mais il ne vivrait pas longtemps dans son étroit tombeau.

Couché le long des pièces qui formaient le côté de la care, il eut échappé sain et sauf sans le morceau de bois qui lui écrasa ie pied. Il est enfermé comme dans un étui, peut à peine faire un mouvement, et mourrait asphyxié sans le faible courant d’air que laisse passer une fente imperceptible. Il a, lui aussi, des terreurs indicibles et des emportements de damnés. Il invoque le ciel et-l’enfer, prie et blasphême, sans pouvoir rompre l'enveloppe de plomb qui le ceinture. Parfois la douleur qu'il ressent au pied lui fait perdre connaissance, etun

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moment après une douleur plus aigue le réveille encore. 11 entend la voix qui vient du dehors et les coups de la pioche qui s'enfonce dans la terre et les pièces de bois pourri. Il ressent une joie immense, L’insensé! il ne songe pas à la honte, au déshonneur, au châtiment qui suivront sa délivrance, ‘L'horreur de la mort est tellement naturelle que, pour vivre un jour de:plus, l'on échangerait la mort calme et sans douleur d'aujourd'hui contre le‘niartyre de, demain. ; Une Jlambourde fait: baisser la masse de terre, et le maître d'école pousse ‘un gémissement prolongé ! La terre pèse sur lui comme sur un tombeau... [1 sent.sa poitrine se briser contre le sol; et il ne peut.plus remuer. Sa main droite reste libre et s’agite comme un tronçon de serpent. Madame Eusèbe introduit le bras dans l'ouverture que l'instrument vient de pratiquer en dérangeant la pièce.

Elle sent ane main vigoureuse saisir la sienne, et frémit de terreur.

—José ! répète-t-elle, laisse moi! je vais te sauver.

La main qui la tient ne se desserre point ; c'est la poigne énergique du malheureux qui se noie. |

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—Laisse-moi donc ! dit-elle encore.

Et elle s'efforce de se débarrasser de l'étreinte horrible du, mourant..…..Les doigts du, meurtrier, fermés comme des mâchoires de tenailles, s’enfoncent de plus.en plus dans.la main potelée de la femme.

— Je ne pourrai pas enlever la terre quite couvre, repart-elle.. et tu seras trouvé demain matin par les hommes qui vont venir!

Laisse-moi ! Laisse-moi donc !..…..José!..…..,.je t'en prie !...... pourquoi fais-tu cela 2... Je suis venne pour te sauver !.....Je suis venue toute seule, en pleine nuit......Il fait noir ! Eusèbe dort.…....laisse-moi travailler avant le matin !.…

La main crispée la serre toujours.

—Tu ne m'aimes donc point, mon frère ?.....

Ah ! comme tu as le cœur dur! Moi je me sacrifié pour toi!..…..…Laisse-moi donc aller, hein ? mon petit! mon cher ?....…..Je suis ta sœur, tu sais ?......ta, petite Caroline que. tu aimais tant... Desserre les doigts un peu, rien qu’un pen !......Pourquoi me fais-tu mal ? …..Veux-tu me faire mourir de peur? Tu n'es pas méchant !......tu ne m'en veux point 4.….iJe té- donnerai de l'argent..:...oui, tant que tu en voudras..….. à

Ro nu Eube PAR He < 7” 2 M DENÉRE RÉ CINE EE RE LS

La main du moribond ne s'ouvre point, car il pense, dans son trouble inexprimabie : Si la

pioche donne encore un coup, je vais être tout à fait écrasé.

Il ne peut parler, et râle comme un asthma-

tique après une course. Madame Eusèbe fait de nouveaux effurts pour se soustraire à cètte main formidable. Elle donne des secousses violentes, elle s’arc-boute sur les débris de la cave. Peine inutile, vaines tentatives; elle est enchainée là, commeuue embarcation par une ancre. Elle s’irrite.

— Laisse-moi ou je dirai tout ! s’écrie-t-elle,

je te trahirai!......je ferai co inaître tes projets

iufàmes! Entends-tu? laisse-moi! ou je te ferai monter sur l’échafaud ! .... Canaille!

canaille! me laisseras-tu ?...... Ah! si j'avais su !...... Pour l'amour de Dieu, José, laissemoi donc aller!...... Tiens! je t'en conjure à deux genoux !...... Pardonne-moi ce moment de colère... Vite! iaisse ! il va faire jour

bientôt !......

La main implacable ne s'ouvre point.

—Il est mort! pense-t-elle,......c'est la main d'un mort qui m'a saisie !.....

point, car abie: Si la is être tont

in asthmae Eusèbe JUstraire à e des .se- | sur les aines teneuue em- *

rie-t-elle, 8 projets ou je te Canaille !

si j'avais sé, laisse.

Conjure moment re jour

la main

Alors elle a une frayeur mortelle. Son esprit surrexcité lui fait souffrir mille tortures imaginaires. Elle éprouve une sensation de froid, et elle croit que c’est une couleuvre qui s’entortille autour de son bras : Sa langue fourchue va me piquer, pense-t-elle..

Un moment: après elle se figure qu'une araignée écœurrante et noire se promène sur sa main; elle sent le châtouillement de ses pattes velues ; elle voit bien que le repoussant insecte traine les lambeaux de sa toile brisée ; elle s'attend qu'il va la mordre, et cela lui cause des frissons d'horreur. Elle pense mouürir là, fatalement attachée à son complice, sur les débris du caveau.

Personne ne saura jamais quelles angoisses elle endura pendant cette nuit de crimes et de châtiments. Quand l'aurore laissa tomber sur les prés jaunis son éclat serein, quand le soleil parut au-dessus des bois grisâtres, elle était encore enchaînée par la main impitoyable de son frère,

Asselin se réveilla vers l'heure accoutumée.

La grande horloge nta quatre coups. et le

timbre clair résonna gaiment dans toute. la demeure encore silencieuse, Il fut surpris de ne pas trouver sa femme à ses côtés, 11 le fut bien plus encore de ne pas la trouver dans la maison. Îl appela. Personne ne répondit.

Elle n’était ni à la laiterie, ni au hangard, ni à l'étable

— Voilà quiest singulier ! pensa-t-il, où peut elle être ? qu'est-ce qué cela signifie ?......

Il réveilla Joseph le pèlerin.

—Saistu ce qu'est devenue ta tante? c’est curieux ! je ne la vois point...

—Ma tante ? fit l’orphelin tout étonné. Et il se prit à réfléchir. Je ne le sais point continua-t-il après un moment... Elle est peut-être..…….I[l n’acheva pas.

— Où? demanda l'oncle en peine, — Peut-être à la cave aux patates.

—À la cave aux patates, pourquoi ?..... la Et il sortit fort embarrassé, et l'air bien mquiet. Le pèlerin se leva. Pendant la nuit il avait songé aux cont.ad.ctions de son oucle et dsatante, au sujet de la cave, et l'événe-

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