‹ Le pèlerin de Sainte-Anne [microforme] (volume 2)Chapitre 52 sur 56 · la · texte numérisé non relu

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ment démontrait que sa tante n'avait pas dit la vérité. Dans quel but? Il avait assez souffert autrefois de la mauvaise humeur de sa tante ; sa petite sœur avait révélé suffisamment, dans son innocente conversation, les intentions criminelles de cette femme à son égard, pour qu'il ne fut pas longtemps à le deviner. 1l éprouva un douloureux serrement de cœur:

Le maître d'école, pensa:t il, serait-il donc-pour quelque chose dans cette affaire? Pourquoi est-il ici, avec nous, quand il devrait éviter nos regards et nos reproches ? Le danger n’est-il pas encore disparu? Sommes-nous toujours entourés d'ennemis traîtres autantque lches..

I} fit sa prière du matin et; sortit.

‘Asselin revenait du voisinage. Personne n'avait eu connäissance de sa femme.

— Allons à la cave, dit le pèlerin.

— Allons-y.

Asselin marchait à regret. Il redoutait un malheur. Plusieurs des voisins se joignirent à eux, curieux de voir cette tombe du ruisseau que la folle avait signalée dans ses discours étranges.

‘Le soleil se levait. A quelque distance de

,. la cave, les hommes virent une ombre s'agiter auprès des décombres.

—Il y a quelqu'un, dit l’un des voisins.

Eusèbe était muet : il tremblait d’une crainte vague. À mesure qu'ilsapprochaient la forme se dessinait mieux.

—C'est ma tante! dit l’orphelin.

—C'est ta femme! dirent les voisins à:Ac selin. |

— Estelle folle? répondit celui-ci, que peut elle faire là ?....…. |

Ils arrivèrent. La femme était affreuse à voir, La terreur était peinte sur ses traits. Elle était échevelée et regardait autour d'elle d'un œilhébété. Ils l’entendirent murmurer d'une voix sombre et enrouée : Laisse-moi ! ;.….

—Que faistu ici, Caroline? Ini demande son mari.

Elle ne répond point et le regarde vaguement.

Viens-t'en, repart-il. ,

Il veut la tirer à lui; mais il s'aperçoit que son bras est pris dans les décombres comme

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dans un piége. L'un des habitants ramassa la pioche que la femme avait laissée tomber près d'elle, et se mit en devoir d'enlever la terre.

Au premier coup, la femme poussa un cri.

Les doigts impitoyables du mourant s'étaient enfoncés de nouveau dans ses chairs.

—Travaillez plus loin, de l’autre côté, dit-elle: il me serre de plus en plus.

--Qui? demande-t-on.

—Mon frère.

— Le maître d'école? s’écrient les habitants stupéfaits,

La femme penche la tête.

— Vite, des bêches ! déblayons le terrain !

Plusieurs avaient commencé leurs guérets et laissaient, chaque soir, leurs bêches plantées dans la tourbe, sur le bord des rigoles. Courir chercher ces instruments fut l'affaire de cinq minutes. L'opération du déblaiement commença. Elle ne fut pas longue. Les bras vigoureux faisaient jouer les ferrées (bêches) avec la force et la régularité d’une machine. La terre volait comme une poussière. Les pièces de bois cassées furent retirées par éclats. L'une des bêches toucha un corps mou, souple,

élastique qu'elle fit obéir sans l’entamer. Lu terre. fut enlevée avec précaution et la forme d'un être humain'se dessina,

—Ce n’est pas le. maître d'école ! dirent les travailleurs avec surprise,

Le cadavre fut tiré des décombres et couché sur la prairie. . Personne ne le :réconnaïissait. —C'est un vieillard,disait-on; Il est chauve!

—C'est un étranger.

—Que faisait-il ici ?......

Le pèlerin regardait le mort avec attention.

Moi je le connais, dit-il tout à coup, d’une voix triste, c'est le chef d’une bande de voleurs, le chef, des voleurs qui sont vènus chez mon oncle, cet été, le maitre: des bandits qui ont enlevé Marie-Louise, il ya quelque: jours:

—Il venait pour nous dépouiller, obserra lun des travailleurs.

Le pèlerin secoua la tête comme un homme

qui doute, où qui sait le contraire de ce que l'on affirme.

Les hommes se remettent à la besogne, Dès les premiers coupsde bêche ils tirent'un sac de provisions.

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—Tiens! remarque l’un d'eux, il ne s'attendait pas à mourir sitôt.

—1l voulait prendre une bouchée ävant de partir!

—Ï a oublié sa barbe, s'écrie un autre en montrarit une longue moustache noire qu'avait trahie le sable jaune.

—Et sa perruque ! fait un troisième, en secouant pour la débarrasser de la terre, une calotte richement garnie de cheveux châtains.

—C'est l'étranger quiest venu avec le maitre d’école pour acheter une ferme !

— Oui, c’est lui!

— Mais il était parti: Racette l’a conduit à St, Jean avec la voiture d’Ensèbe, Pas vrai, Eusèbe ?

—Oui, répond Asselin qui n’en revient point: de sa! surprise......mais c'est bien sa moustache :.....ce sont bien ses cheveux...

—T1 va arriver démasqué ; il ne pourra pas tromper St. Pierre, dit l'un des habitants.

On part à rire.

Les réstes d’un brigand u’inspirent ni crainte, ni respect.

L'une des ferrées heurte quelque chose de métallique.

— Mon fusil! dit Asselin, c'est mon fusil !… Et il manie l'armé, en l’examinant attentivement.

—Je comprends tout, mairftenant, dit le pèlerin, je comprends tout !

, On le regarde d’un air interrogateur.

—Je vois, reprit le jeune homme, pourquoi le caveau s'est écroulé au moment où j'étais tout auprès!...... Je devine pour qui cette tombe a été creusée dans le ruisseau. Et, de la

main, il montre dans le lit desséché de la petite rivière la fosse ouverte,

On le regarde avec étonnement...

—Je comprends, continue-t-il, pourquoi ma tante me disait, hier, que la cave était solide encore, et que Je n'avais qu’à y descendre pour m'en convaincre !.....Mon Dieu! mon Dieu !

qu'ai-je donc fait pour que l’on me refuse ma place au soleil *

Ce cri de désolation affecte vivement les travailleurs, dont les yeux se sont fixés sur la femme inhumaine. Elle, à demi-couchée sur le sol froid, folle de honte, de rage et de peur,

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elle regarde d’une étrange foçon les débris de la cave.

La stupéfaction des habitants redouble quand ils découvrent le maitre d'école. T1 vit encore. C'est bien lui en effet qui tient le poignet meurtri de sa misérable sœur. On lui desserre les doigts. La femme, libre tout à coup, s'enfuit à la maison.

Le maître d'école fut transporté chez son beau-frère. Il ne mourut point. Il y eut enquête sur le corps du vieux scélérat. Toute la paroisse se rendit sur le lieu de l'accident. Les hommes, les femmes, les jeunes filles, les enfants formaient comme une procession qui montait et redescendait sans cesse sur la terre du pupille. Le curé refusa d’enterrer dans le

cimetière le chef des voleurs.

—Sa tombe est toute prête, dit-1l, c'est luimême qui l’a creusée.

— Au ruisseau ! au ruisseau ! s’écrièrent les habitants.

Et la foule, enveloppant le cadavre dans un drap de toile blanc, le porta dans la fosse étrange du ruisseau. Pendant qu'on le recouvrait de terre, un jeune homme, mince et

long , la tête penchée sur sa poitrine, regardait en silence et pleurait. C'était Picounoe. ‘Une forme légère, sortant du fond des bois, ,&avança silencieuse sur la berge. Inchnée;:elle regardait l'œuvre sinistre avec curiosité, Fout à coup elle s'écria : Marie-Louise! :Marie- Louise ! Viens ! n’aie point peur !...,:.1la fosse du ruisseau n'a pas été. creusée pour: toi !...:La tombe se ferme !.....Le ruisseau ya couler sur la face d'un maudit....mais l'eau ne lavera pas les souillures de son âme !...… Marie-Louise | Marie-Louise ! Viens! Hâtez-vons ! hâtez-vous ! de crainte qu'il ne se réveille !..….. Foulez la terre avec vos pieds pour qu'il ne se lève,plus!.. Entassez les pierres !...... Îls étaient deux !.. Creusez un trou pour l’autre... un, trou jusqu'aux enfers !...…... Marie-Louise ! Marie-

Louise ! ne viens pas! l’autre n'est pas.

enterré |...

Elle disparut sous les rameaux majestneux, criant toujours : L'autre n’est pas enterré !..…., l’autre n’est pas enterré !......

Les travailleurs, un moment retardé : par l'apparition de la folle, reprirent leur tâche funébre. La fosse fut, remplie, et l'onde, du

egardait 6e. ‘Une bois, &’anée, elle té, Tout Mariela fosse pi l,,.:La ler sur la Vera, PAS - Louise ez-vous | oulez la e,plus !..

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ruisseau: s'étendit comme un voile sur le cadavre du vieux brigand.

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