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prière n’est pas bonne. Moi je vais vous prouver, clair comme deux et deux font quatre, qu'elle est bonne: Toute prière faite sans distraction est agrcable au Seigneur. C'est le curé de ma paroisse qui l’assure. Or la prière de Djos est faite sans distraction, donc elle est bonne.
— Pardon, monsieur Picounoc, mais prouvez donc qu'elle est faite sans distraction ! Et vous né le prouverez pas, puisque, d’après vos propres paroles, personne ne peut savoir ce qui se passe dans l'esprit de ses semblables.
— Bravo! Bravo! fait Tintaine.
Unfrappement de mains abasourdit l'orateur qui est sur le point de perdre contenance.
—Mon ami l’ex-élève n’a pas en vain laissé les bancs de la troisième, pour venir jouer de hache dans les forêts de l'Ottawa, riposte-t-il, en s'animant un peu; mais il trouvera son maitre dans les chantiers d'en Haut, comme sur les bancs du Séminaire de Québec. Je soutiens que Djos ne peut pas avoir de distractions pendant sa prière, parceque sa prière est trop courte: quand même il voudrait en avoir, il n’en taurait pésle temps.
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—C'est-vrai! c'est vrai! crie Tintaine.
—Ilrécite un Ave, Maria, dit Fourgon, et c'est vite fait !
— Le temps d'y penser ! ajoute Lefendu.
—Le temps de n'y pas penser! riposte Picounoc,
— Pourquoi un Ave, Muria, demande Sanschagrhi.
—Une promesse à sa défunte mère. C'est lui qui me l’a dit, répond Fourgon.
—L'imbécile.!
—N'ai-je pas raison ? reprend Picounoc.
—Oui! oui! Enfoncé l’ex-élève: ! enfoncé Paul Hamel.! Paie la traite pour: ta peine !
s'écrient plusieurs voix.
—Si je suis condamné, je paierai, répond l'ex-élève ; maisj'en appelle à votre conscience : Conscienciam invocabo !
—Paie ! paie ! c’est la conscience qui le dit.
L’ex-élève s'incline, profondément et, en se relevant, il tire de dessous un lit de sapin, nne cruche au ventre rebondi., Un éclat de rire égale la cabane. Versant le whisky dans une tasse de fer blanc, Paul Hamel défraie ses amis, mais il soutient que Picounoc n’est qu’un
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sophiste. Aucun de ses compagnons ne comprend ce terme savant ; c’est pourquoi tous le jugent bien approprié, et Picounoc passe pour un sophiste,
Le couque surveillait la chaudière de soupe au lard qui mitonnait en chantant sur le feu. Le parfum des bois résineux ne suffisait pas à faire oublier les senteurs moins agréables des lèvres avinées et des vareuses malpropres des bücherons. Il neigeait, et les rameaux, penchés sous les blancs flocons, ressemblaient à des vieillards chargés d'années, :
La porte du camp s'ouvre tout à coup et un robuste garçon entre, blanc de neige.
—Ha! Djos, beau temps, hein ? dit au nouveau venu l’un de ceux qui sont assis près du poêle.
— Massacre d’un nom ! va.t:il toujours neiger ainsi? repart Djos.
—Tu vas gagner ton argent.
—Oui, battant! mieux que vous autres, bande de paresseux !
—Prie donc le bon Dieu pour qu'il nous donne du beau temps.
—Priezle, vous autres !
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—Dis un Ave, Maria de plus.
—Je dirai ce que je voudrai! C’est mon affaire ! Fermez-vous !
— Tiens lil est de mauvaise 'hnmeur, pas de plaisir, c’est fini !
=Pati, donne-lni. donc: un coup pour le remettre, repart Picounoc.
L'ex-élève prend la cruche : Donne la tasse ! ditil à celui qui se trouve près du sean.
Les yeux de Djos jettent un vif rayon; sa face se déride. Il n’est pas laid ce Djos, mais il a l’air méchant. On voit qu'il est intelligent ; mais il y a beaucoup d’ombrès dans son esprit. Il est comme un tableau bien commencé et mal fini, comme une statue fièrement ébauchée et mise de côté par le sculpteur capricieux. Il prend la tasse et boit. Picounoc, d’un air sérieux : Tu ne dis pas ton Benedicite ?
Djos fait le signe de la croix. On applaudit.
—Tu sais qu'un bon chrétien doit offrir toutes ses actions au bon Dieu, continue Picounoc.
—Et ses omissions ? Demande Djos que le whisky dispose au badinage.
À propos, reprend le cynique Picounoc, as-tu fait ta prière ce matin ?
—Oui.
—Sans distraction ?
Djos se met une main sur les yeux. Picounoc répète : Sans distraction ?
— Hélas ! non !
Malheureux ! elle:cst si courte !et..... Mais à quoi as-tu pensé ?
—J'ai pensé à la cruche ici présente et aux ivrognes qui lui font la cour.
— Y a:t.il eu désir ?
Un désir ardent.
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—Long ?
— Bien plus long que ma prière.
— Pour ta pénitence tu boiras de l’eau froide le reste de l'hiver.
On applaudit avec enthousiasme.
—Ce n’est pas tout, reprend Jjos, j'ai aussi | pensé à la Louise. — De l'Oiseau de proie?
— De l'Oiseau:de proie | — L'aimes:tu ?
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. Mais
et aux
froide
aussi
—Je penserais !
— Et Poussedon ?
—Poussedon ? il aura la pelle !
—C'est mal, cela, bien mal, d'en faire passer ainsi à ton ami de chantier, continue la voix nasillarde, et pour ta seconde pénitence, va te rouler dans la neige.
Les bravos firent trembler le camp.
L'un des gaillards, Poussedon, était devenu rêveur. Son plus proche voisin le touche du coude: Eh bien! l'ami, attention! Djos est en train de te ravir ta bélle.
Les yeux se fixent sur Ponssedon.
—Ah! comme il est triste!" Voyez donc comme il est triste ! s’écrie Lefendu.
— Ï] a peur à ses...amours, riposte Fourgon.
— [1 peut bien avoir peur! dit Sanschagrin.
—Je n’ai peur de personne! et je me fiche de vous autres! répond Poussedon.
Un sourd murmure succède. Djos tourie sur ses talons; un éclair jaillit de ses yeux malinsi: Prends-garde! Poussedon !
—Nou, je n'ai pas peur !
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