Q JOSÉ RACETTE
P.S. Viens donc à Québec vendredi. :
Le maître d'école descendit à la Basse-ville, et donna au petit François Durand, qui demeurait à douze arpents de chez Asselin, la lettre soigneusement cachetée :
—Prends-garde de la perdre, mon garçon, recommanda-t-il au jeune homme.
—Ne craignez rien, Monsieur le maitre, je vais la mettre dans la poche de mon gilet, et je vais attacher la poche avec une épingle... Comme cela, il n’y a pas de danger.
Le petit Durand s’aquitta fidèlement de sa commission.
—Tenez, Monsieur Asselin, une lettre de M.
Racette—dit le jeune homme en tendant le billet au cultivateur. |
Asselin lut en épelant quelques mots par ci, par là, puis il se rendit à la maison : Caroline ! Caroline! crie-t-il en entrant. La chance nous court! Vois donc ! Il lui passe la lettre qu’elle lit à son tour... :
Ah! cela me soulage! dit-elle, J'avais
toujours un poids sur la conscience.…....cela k j me faisait de la peine de songer que la petite HF était morte de faim. Maintenant je me sens É légère.....Si personne ne peut découvrir ie pl lieu de sa retraite !...…, —Sois tranquille. José Racette ne fait pas ie
les choses à raoitié.
‘E —M'aintenant, on va faire une nouvelle it battue dans le bois du domaine, on va se L donner tout le trouble possible: on peut chercher, puisqu'on ne la trouvera pas. Les gens ul n'auront aucun soupçon, si l'on fouille bien |$
ni ! tous les coins et les recoins du bois.
.. —Déjà l'on a rodé en tous sens, soulevé | - tous les arrachis, regardé dans tous les | HN ruisseaux N'importe! C’est une idée. J:
| ï N vais atteler Carillon après la serrée, pour \ ï aller de place en place avertir le monde. Î N Demain nous passerons la journée dans le
FIL Domaine,
L: En effet, quand la serrée fut finie, Kusèbe : attela Carillon sur la petite charrette, et par- Le courat une partie de la paroisse, deman- ‘4 drut aux hommes et aux jeunes garcons de k
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soulevé us Les dée. Je e, pour
monde.
dans le
Eusèbe et pardemancons de
venir de nouveau, le lendemain dès l'aurore, battre la forêt.
(Ce pauvre Eusèbe, disait l’un, il a vérita.
blement du chagrin.
—]l se donne bien du trouble, et s'il ne retrouve pas l’orpheline, ce ne sera pas sa faute, reprenait un autre,
Le lendemain, dès que l'aube parut à l’horison, une troupe considérable se dispersa dans le bois, et fit, comme la première fois, des recherches minutieuses, mais vaines. De nouveau Asselin feignit de pleurer quand il était parmi ses amis, seul, il riait, Sa femme dit aux katteurs de bois: Pendant que vous chercherez, je prierai.
—Priez, avait répondu le père Baudet. La
prière vaut mieux que tout ce que nous pouons faire, Sans attendre le départ du dernier homme, l'hypociite créature s’agenouilla. Dès qu’elle fut seule, elle se mit à chanter en dansant dans la place,
Les chercheurs revinrent plus@hagrins en-
core que la première fois. e
—Renoncez à le trouver et faites-lui chanter
une messe de requiem, proposa le père Amable Boisvert.
Asselin pleurait. La messe fut chantée et teute la. paroisse y assista. En sortant de l’église Étienne Biron dit à ceux qui se trouvaient près de lui: Le marguillier doit être choisi dans notre concession, cette année, devrait élire Eusèbe. ne —Oui! oui! en effet, répondirent les autres pl c'est l'homme qu'il faut. de Asselin ne devait pas ètre marguillier, ce. pendant: ce n'était pas écrit ! l'o vie N sel | etr XXI gt sou à Se SAUVEZ-MOI ! SAUVEZ-MOI ! plié Mys
Geneviève dormait d’un sommeil agité sur
| son lit de paille, dans sa chambre de la rue St. ke LE Joseph, quand le maitre d'école arriva avec |: k N L i : cach [hu petite Maïie-Louise. J1 frappe. Les coups re bien que léBers, éveillent la malheureuse fille. a Elleeprêète l'oreille, entend la porte s'ouvrir et pays
4 quelqu'un parler. L'entretien prolongé excite
Amable
antée et tant de se trouloit être anée, {
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agité sur la rue St.
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sa curiosité. Elle se lève, Un faible rayon de lumière semblait perzer le plancher sans tapis, et jouer au plafond. Elle s'approche de ce rayon. C'était le reflet de la chandelle qui montait par le trou de tuyau mal bouché. La chambre de Geneviève se trouvait au-dessus de la salle où causaient le maître d'école et sa sœur. La fille curieuse colle son oreille au plancher et recneille avidement les paroles des deux monstres qui complotent le déshonneur et la perte de l'enfant. Elle ne voit pas l'er;2e ne, et ne sait qui elle est, ni d'où elle vient. Mais la petite s’approchant de mademoiselle Racette passe vis-à-vis le trou de tuyau, et reçoit la lumière de la chandelle sur sa jolie figure. Geneviève tressaille de douleur. Le souvenir de la femme qui l’a tant aimée revient à sa mémoire, comme un jonc que le canot a plié revient à la surface de l'onde; un trouble mystérieux s'empare de ses esprits, et elle part à pleurer. Elle entend quelqu'un monter.
Elle se remet au lit promptement, et, la tête cachée dans son drap de toile, elle feint de dormir. Elle s'endort en effet. Alors elle a un songe étonnant: Elle se trouve dans un pays étranger, loin du monde, au milieu d'une
duisante comme une fleur de cactus, vier
profonde solitude. Ses pieds égarés suivent le bord d’une côte immense, et le flanc de cette côte est formé d’un sable léger, fin et jaune comme une poussière d'or. Et au pied de cette côte, à une profondeur effrayante, gronde comme un tonnerre sourd, les flots d’un torrent. La pauvre fille a peur et marche vite pour s'éloigner de cette côte dangereuse. Et de temps en temps elle regarde l’abîme pour juger de la distance qu'elle a parcourue; mais la distance est toujours la même, et ses pas côtoient toujours le sombre ravin.
Elle entend une voix qui l'appelle. Surprise elle s'arrète. Cette voix monte du gouffre
Elle se penche pour mieux ouir ou voi mieux, et elle reconnaît l'homme qui l’a perdue l’infâme KRacette.
—Viens donc, dit:il, et sa bouche est sé
et les oiseaux gazouillent des hymnes de v lupté! Descends; tu vas glisser comme s le velcurs; tes pieds ne se heurteront pour aux pierres, tes maïn ne se déchireront pig aux épines. Un soutile d'amour caresse if,
rés suivent inc de cettek n et jaune au pied de inte, gronde ts d’un tormarche vite rereuse. Et 'abime pour courue ; Mais e, et ses pas le. Surprise
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imure sinistre. Greneviève regarde.
les plantes verdissantes et les fleurs épanouies ….. Viens, à ma bien-aimée ! L’autel est prêt: les liens de J’hymen sont ici. Je couronnerai ton front de marguerites et de boutons d’or !.…….
La jeune fille est captivée par cette voix Elle se sent entraînée vers cet homme qui lui tend les bras. Elle ferme les yeux et fait un pas vers le précipice. Le sable mouvant se met à descendre avec un mur- Elle voit, comme un flot infini qui s’abaisse jusqu’au fond
ides océans, le flanc de la côte descendre vers
l'ahbime. Elle a peur et veut remonter.
—Descends! descends! dit la voix de lamant.
Mais ce n’est plus l'accent de l’amour, c'est l'accent de l’orgueil triomphant. L'homme est devenu monstre, et ses yeux brillent comme eux tisons ardents dans sa tête noire et velue, + ses doigts sont armés de griffes acérées qui léchirent le sable pour le faire tomber plus lite. Greneviève essaie de crier: le son meurt ans son gosier aride.Elle fait un effort suprème our remonter : ses pieds pressent le sable plus pidement, le murmure grandit et la chûte Les hurlements du “torrent aug-
mentent et le monstre crie toujours: Viens!
viens !......Au dessous d'elle Geneviève voit un faible arbrisseau, que la vague sablonneuse essaie d'engloutir. C’est le seul qu'il y ait sur toute la surface mobile de la côte: Ni je pour vais me cramponner à cette tige! pense-t-elle! Une sueur froide mouille ses tempes; ses cheveux défaits tombent comme le feuillage après la pluie ; sa bouche est haletante, et ses yeux s'ouvrent secs et hagards. Le sable roule toujours. Geneviève se sent évanouir. Tout à coup sa main égarée saisit quelque chose:
c'est l’arbrisseau. Elle s’y cramponne avec l'énergie du désespoir. Un blasphème monte du pied de la côte. Peu à peu le rameau que tient la fille infortunée se change en une main; puis un bras. se forme, puis le tronc devient le corps d’une femme tonte belle, et la cime et le feuillage, une tête richement couronnée de cheveux. Geneviève reconnaît son amie la défunte femme de Letellier.
—Sauvez-moi, dit-elle, ah ! sauvez-moi !
—Tu veux que je te sanve, et tu vas laisser périr mon enfant...Mon enfant bien-aimée est entre les mains des méchants, et ils vont la
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souiller, la rendre infâme aux yeux de Dieu.
Ils vont lui arracher l'honneur et flétrir à jamais sa vertu! Ils vont la mettre dans le chemin de l'enfer et lui ravir le ciel! Tu peux empêcher tout ce mal.....tu peux sauver mon enfant et tu ne le fais point !...et tu veux que je te sauve ?
La mère infortunée verse des larmes abondantes......Le sable roule toujours..…....l'amant a repris sa voix caressante, et le torrent voile ses mugissements !
—Sauvez-moi! dit Geneviève.
—Sauveras-tu ma fille ?
— Oui.
— Le promets-tu ?
—Oui.
--Eh bien! emporte-la.
Et la mère inquiète lui met l'enfant dans les bras.
—Monte, dit-elle, va la déposer au pied de la croix.
Geneviève regarde alors et voit une croix noire au sommet de la côte. Elle part. Le sable roule et murmure de plus en plus, l'amant multiplie ses appels, et l’abime, ses
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mugissements... Geneviève marche avec courage ; ses pieds brüûlants glissent ; ses jambes s'affaissent sous elle; sa respiration soulève violemment sa poitrine, et son cœur bat d’une manière extraordinaire. Déjà ses regards se voilent, le ciel tourne sur sa tête, le soleil s'obscurcit, la nuit l'enveloppe, elle tombe !. elle tombe évanouie au pied de la croix.
:—Tu fais un rêve pénible, Geneviève!
éveille-toi, dit alors le maître d'école, touchant de la main l'épaule recouverte de la jeune fille.
—Mon Dieu ! s’écrie-t-elle en s’éveillant, où suis-je ? Est-ce un rêve ? est-ce vrai!
l'enfant! la croix!
— Es-tu folle? allons! tu rêves encore; tu as un cauchemar.
Geneviève s’éveilla tout à fait.
—Je suis malade, dit-elle.....je souffre.…ah! laisse-moi me reposer,
Le maître d'école, un peu contrarié, s’en alla dormir ailleurs.
C couambes oulève t d'une \rds se , soleil mhe |.
eviève !
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